Ketchup business : un livre-enquête sur la tomate industrielle

Dans “l’Empire de l’or rouge”, choisi pour la dotation lecture CCAS 2018, Jean-Baptiste Malet a enquêté sur la tomate industrielle. ©David Latour

Qui fabrique le concentré de tomate qu’on retrouve dans le ketchup et les pizzas ? Comment arrive-t-il jusqu’à nos hypermarchés ? Le journaliste Jean-Baptiste Malet a enquêté sur un secret industriel bien gardé. Une thématique en débat cet été dans vos centres de vacances, en présence de l’auteur.

Le livre. Durant deux ans, des confins de la Chine à l’Italie, de la Californie au Ghana, Jean-Baptiste Malet a remonté une filière opaque et très lucrative, qui attise les convoitises : les mafias s’intéressent aussi à la sauce tomate.

> Lire un extrait

Bio express. Journaliste, Jean-Baptiste Malet est l’auteur de plusieurs livres dont “En Amazonie”, une enquête sur le géant du commerce en ligne.

Qu’est-ce que la “tomate d’industrie”, ce fruit sur lequel vous avez enquêté pendant deux ans ?

C’est une tomate que tout le monde a déjà mangée mais que personne n’a jamais vue. C’est une tomate pensée pour être transformée en concentré dans une usine. On la retrouve dans nos pizzas surgelées, dans nos ketchups, dans beaucoup de produits industriels de l’agroalimentaire. Elle est très différente de la tomate ronde et gorgée d’eau qu’on a l’habitude de mettre dans nos salades.

Qu’a-t-elle de particulier ?

Elle a une peau beaucoup plus dure, plus épaisse que des tomates fraîches. Elle contient beaucoup de chair et peu d’eau. Le plus souvent, elle a été récoltée à l’autre bout du monde, en Chine, en Californie… Quand ils se versent du ketchup dans leur assiette, les Européens mangent sans le savoir des tomates qui ont parfois fait des milliers de kilomètres. C’est sur cette géopolitique internationale du concentré de tomate que j’ai enquêté.

Dans quelles conditions ce concentré est-il produit ?

Je me suis beaucoup intéressé au cas de la Chine. Là-bas, les tomates d’industrie sont cultivées et récoltées dans des conditions très éloignées des normes sociales et environnementales en vigueur dans l’Union européenne. J’ai vu des enfants ramasser des tomates avec leurs parents. Il y a aussi des prisonniers. Dans ces champs, il n’est pas possible d’organiser une traçabilité. En France ou en Italie, quand une tomate pose problème, parce qu’elle contient trop de pesticides par exemple, on arrive à savoir d’où elle vient. En Chine, c’est impossible. Avec le libre-échange, on accepte de faire venir des marchandises qui ne respectent pas nos normes.

Quel rapport y a-t-il entre la Chine et la coopérative Le Cabanon, ancien fleuron de l’industrie française de la tomate ?

À la fin des années 1990, les Italiens sont allés en Chine pour construire une filière de toutes pièces et récupérer du concentré de tomate à bas coût. Les Chinois se sont ensuite émancipés des Italiens en cherchant des débouchés, essentiellement en Afrique, dont ils détiennent aujourd’hui 90 % du marché du concentré. En 2004, Le Cabanon, fragilisé par la concurrence italienne, espagnole et chinoise, a été racheté par un investisseur appartenant à l’armée chinoise. Ainsi, pendant plus de dix ans, les Chinois ont produit à Camaret-sur-Aigues, dans le Vaucluse, des sauces tomate dites “provençales” pour les hypermarchés européens. Des sauces qui n’avaient de provençales que le nom, puisqu’elles étaient fabriquées à partir de tomates chinoises.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris en réalisant cette enquête ?

On ne soupçonne pas la complexité géopolitique qui se cache derrière des produits alimentaires de base comme la sauce tomate ou le ketchup. Dans mon livre, je raconte la démesure et les aspects les plus inquiétants de la globalisation. Quand on parle de mondialisation, on évoque souvent un monde idéal qui rapprocherait les peuples. En réalité, c’est aussi une forme de guerre économique entre les puissances, entre les groupes sociaux. Je montre comment certaines élites de l’économie mondiale ont organisé cette filière afin de servir leurs intérêts et non pas ceux des consommateurs.

Que faire pour protéger les consommateurs ?

Quand vous achetez du ketchup aujourd’hui, vous ne pouvez pas savoir d’où proviennent les tomates parce que la traçabilité n’est pas une obligation. Je plaide en faveur d’un durcissement des normes d’étiquetage. Même s’il n’y a pas de place sur l’étiquette pour mettre toutes les informations, on pourrait imaginer une plateforme obligatoire sur Internet, par exemple, où les associations et les citoyens pourraient avoir accès à des données élémentaires (résidus de pesticides, provenance des ingrédients…). C’est une question de démocratie.


A lire

“l’Empire de l’or rouge. Enquête mondiale sur la tomate d’industrie”, de Jean-Baptiste Malet
Fayard, 2017, 288 p., 19 euros (version numérique : 13,99 euros)

Cet été, Jean-Baptiste Malet viendra échanger sur son livre dans les centres de vacances de la CCAS : il sera du 20 au 24 août aux Sables-d’Olonne, à La-Tranche-sur-Mer, aux Mathes, à Saint-Georges-de-Didonne et à Domme, dans le cadre des rencontres culturelles de la CCAS.

Son livre fait également partie de la dotation lecture CCAS : retrouvez-le dans les bibliothèques de vos centres de vacances dès cet été.


Pendant vos vacances : cet été, 1200 rencontres culturelles vous attendent dans les centres de vacances et les colos de la CCAS

Programme complet à découvrir sur ccas.fr, rubrique Culture et Loisirs, et dans la brochure ci-dessous.

Rencontres culturelles 2018

0 Commentaires

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Le temps imparti est dépassé. Merci de recharger le CAPTCHA.

Mentions Légales    I    Vie privée    I    Informations sur les cookies   I    Qui sommes-nous ?    I    Plan du site    I    CCAS ©2018

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?