Marcel Paul, une vie | La mémoire du siècle

Carte commémorative de l’émission du timbre à l’effigie de Marcel Paul en 1992. ©DR

Suite et fin de notre chronique sur le fondateur du CCOS et artisan du statut des électriciens et gaziers. Le 11 novembre 1982 au matin, Marcel Paul assiste sous l’Arc de triomphe à la cérémonie de commémoration de l’Armistice de 1918, en présence du président de la République François Mitterrand qui le salue. Il rentre ensuite chez lui, dans son appartement de L’Île-Saint-Denis. C’est là qu’il est terrassé par une attaque et décède soudainement à l’âge de 82 ans.


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Marcel Paul, une vie | Ne jamais oublier la déportation


Le décès de Marcel Paul en 1982 suscite une grande émotion populaire. Son corps est exposé à la bourse du Travail. Un masque mortuaire est moulé. Son enterrement le 17 novembre au cimetière du Père Lachaise est suivi par plus de 15 000 personnes. Parmi les personnalités, figurent, outre des personnalités de la CGT et de la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes (FNDIRP, dont il était président), les ministres socialistes de l’Industrie et de l’Énergie Jean-Pierre Chevènement et Louis Mermaz, les anciens dirigeants d’EDF Marcel Boiteux et Paul Delouvrier, sans oublier l’industriel de l’aviation Marcel Dassault.

Marcel Paul est inhumé dans le caveau de la FNDIRP aux côtés de Frédéric Manhès, son fondateur, tout en haut de cette allée en pente, adjacente au mur des Fédérés, où reposent les principaux dirigeants communistes français qu’il a si bien connus.

Le temps des hommages

Commence alors le temps des hommages, en particulier de la part des communes. À ce jour, 228 noms de voirie portent aujourd’hui son nom, ce chiffre n’incluant pas les bâtiments publics (écoles, gymnases, salles municipales, etc.) nommés “Marcel Paul”.

Une cartographie de ces 228 noms montre une double géographie. D’une part celle des grands fleuves (en particulier le Rhône et la Seine) le long desquels sont installées nombre de centrales électriques, lieux importants de syndicalisation CGT, dont la fédération de l’énergie a toujours attaché une grande importance au souvenir de l’homme de la création d’EDF.

D’autre part, les lieux de vieille implantation communiste, en particulier en banlieue parisienne, dans le Nord Pas-de-Calais (15 communes y comptent des rues Marcel Paul) ou les Bouches-du-Rhône (9 communes, dont Marseille qui donne à une rue proche du vieux port le joli nom de “rue de la Paix Marcel Paul”).

Place Marcel Paul dans le 14e arrondissement de Paris. Wikimedia Commons/Mu, CC BY 3.0

À ces deux pôles de la mémoire de Marcel Paul – le ministre électricien et le militant communiste – se superposent ici où là des volontés plus consensuelles d’honorer le déporté. C’est ainsi que l’ancien ministre de centre-droit et rescapé de Buchenwald Pierre Sudreau propose au conseil municipal de la ville de Blois, dont il est maire, de donner le nom de Marcel Paul à une rue en 1983. La proposition est acceptée à l’unanimité par le conseil municipal. Si elles existent, ces solidarités trans-partisanes d’anciens déportés sont pourtant rares.

La mémoire de Marcel Paul s’exprime aussi par l’érection de stèles, comme dans les communes de Gerzart (Puy-de-Dôme) ou de Niort ; par l’attribution du prix qui porte son nom entre 1988 et 2012, à l’initiative de la FNDIRP, à un mémoire universitaire d’histoire portant sur la résistance ou la déportation ; ou encore par la philatélie.

Cette dernière est souvent une subtile révélatrice des enjeux mémoriels. Et le cas de Marcel Paul en est une nouvelle illustration. Si la carte commémorative de l’émission du timbre à son effigie le représente en dirigeant de la Brigade française de libération de Buchenwald, le timbre lui-même, imprimé en 1992 pour le dixième anniversaire de sa disparition, a pour arrière-plan des lignes à haute-tension.

Le ministre de la reconstruction est passé devant l’ancien résistant déporté.


Dossier | Marcel Paul, un électricien au conseil des ministres

Cette année, Marcel Paul aurait eu 120 ans. L’occasion de revisiter l’itinéraire d’un homme hors du commun, qui a durablement marqué la mémoire des électriciens et gaziers.

Relire notre dossier


Pour aller plus loin

“Marcel Paul, un ouvrier au Conseil des ministres”, de Nicolas Chevassus-au-Louis et Alexandre Courban
L’Atelier, 224 p., 18 euros.

Commander le livre :
Chez un libraire ou auprès de l’Institut d’histoire sociale Mines-Énergie : ishme@fnme-cgt.fr


 

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1 Commentaire
  1. Marchitto 6 mois Il y a

    C est avec beaucoup d émotions que je viens de lire la biographie de M Marcel Paul .Mon père ancien ouvrier électricien militant CGT me parler souvent du statut EDF créé par M Marcel Paul après la guerre avec d énorme avancée pour la classe ouvrière il en était énormément reconnaissant .j ai étais moi même agent EDF maintenant retraité est je sais toute l importance de l action d M Marcel Paul merci de tout cœur

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