Marcel Paul, une vie | Ne jamais oublier la déportation

Marcel Paul en 1974 dans une manifestation réclamant l’extradition de Bolivie du criminel nazi Klaus Barbie. ©FNDIRP

Suite de notre chronique sur l’artisan du statut des agents de la branche des Industries électriques et gazières : figure centrale du mouvement des anciens déportés, Marcel Paul a mobilisé la mémoire de la déportation au service du désarmement, de la défense de la paix, et de la lutte contre les résurgences du fascisme.


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Marcel Paul, une vie | Guerre froide chez les électriciens et gaziers


Les 10 et 11 janvier 1946, se réunit à l’hôtel Lutetia, où avaient été accueillis nombre de déportés de retour des camps, le congrès fondateur de la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes (FNDIRP). Revendiquant 100 000 adhérents, cette nouvelle organisation se dote d’un organe de presse, “le Patriote résistant”. Le colonel Manhès en est élu président, et Marcel Paul un des quatre vice-présidents.

Accaparé par ses activités au ministère, puis à la fédération CGT et à la présidence du Conseil central des œuvres sociales (CCOS, ancêtre de la CCAS), Marcel Paul ne participe cependant guère au lancement de la FNDIRP dont les activités mêlent aide sociale et revendication de droits au service des anciens déportés. En revanche, il met à la disposition de la FNDIRP certains moyens du CCOS, en faisant accéder les anciens déportés aux dispensaires et cliniques des électriciens et gaziers.

La FNDIRP réclame la création d’un statut unique des anciens déportés, ouvrant droit à pensions et indemnisations. Les lois du 6 août et 9 septembre 1948 accèdent partiellement à cette revendication, en créant une carte nationale de l’ancien déporté. Cependant, ce statut n’est pas unique.

Les déportés résistants (qui peuvent attester de leur participation à la Résistance) obtiennent davantage de droits que les déportés politiques (arrêtés en raison des lois antisémites, ou de leurs opinions politiques). Un épais dossier (298 pages !) conservé au Service historique de la défense à Caen témoigne des difficultés rencontrées par Marcel Paul pour se faire reconnaître sa qualité de déporté résistant, dans le contexte du début des années 1950 marquées par le retour au pouvoir d’une droite violemment anticommuniste.

Ce n’est qu’en 1955 que “Marcel Paul a obtenu sa carte de déporté résistant”, comme l’annonce en gros titre Le Patriote résistant. Son exemple va servir de point d’appui à près de 15 000 anciens résistants pour obtenir la précieuse carte qui leur était jusque-là refusée.

“À égalité de préjudice, égalité de réparation”

Les années 1960 voient la FNDIRP, dont Marcel Paul a été élu président après le décès du colonel Manhès, enchaîner les succès revendicatifs. Elle obtient du gouvernement de la République fédérale d’Allemagne les premières indemnisations des victimes du nazisme. Les centres de santé créés par la fédération accueillent des milliers d’anciens déportés.

Le général De Gaulle reçoit son ancien ministre le 18 mars 1968, qui lui apporte le livre La déportation. Marcel Paul écrit à nouveau à de Gaulle en juillet de même année pour attirer son attention sur la nécessaire égalité de droits et de pensions entre déportés politiques et déportés résistants en application de son mot d’ordre “à égalité de préjudice, égalité de réparation”. Cette vieille revendication de la FNDIRP est enfin satisfaite par une loi votée le 24 juin 1970.

La FNDIRP s’investit également dans la lutte pour le châtiment des criminels de guerre nazis en multipliant les liens européens. En décembre 1963, Marcel Paul est élu à la présidence du Comité international Buchenwald, dont il ne manquera aucune réunion.

Les années 1970 sont pour lui une décennie d’intenses voyages. Il se rend à plusieurs reprises dans les deux Allemagne, mais aussi à Varsovie en 1973 pour la commémoration de l’insurrection du ghetto, à Tel Aviv en 1977 pour le congrès des résistants, combattants et déportés juifs ou encore à Auschwitz en 1980. Chacune de ces réunions sont l’occasion d’appels à la paix et au désarmement, à la poursuite des criminels nazis (notamment pour l’extradition de Klaus Barbie, qui a été repéré en Bolivie), et à la vigilance face aux résurgences du fascisme et au négationnisme.

Comme l’écrit l’historien Serge Wolikow dans “Les combats de la mémoire” (Le Cherche-midi, 2006), “jusqu’à son décès, subit, en 1982, Marcel Paul incarne la FNDIRP ; s’il laisse tous les adhérents tels des orphelins c’est qu’il a toujours su allier considérations pour les problèmes pratiques et quotidiens avec la hauteur de vue qui lui permettait périodiquement de resituer l’action de la Fédération dans toute sa courbe historique”.


À suivre…
La mémoire du siècle


Pour aller plus loin

“Marcel Paul, un ouvrier au Conseil des ministres”, de Nicolas Chevassus-au-Louis et Alexandre Courban
L’Atelier, 224 p., 18 euros.

Commander le livre :
Chez un libraire ou auprès de l’Institut d’histoire sociale Mines-Énergie : ishme@fnme-cgt.fr


 

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