« Quand les États recourent à la force, les liens entre les peuples son le dernier rempart contre la déshumanisation du monde »

Voyage solidaire au Kenya. @ Lou Baron

Dans un contexte international hypertendu, les projets de coopération internationale pour le développement humain, nouveau nom des projets d’aide au développement portés par les Activités Sociales, sont un acte politique, insiste Valérie Thuderoz, présidente de la Commission activités internationales et solidarités des Activités Sociales. 

L’appellation « aide au développement » portée par la CCAS est devenue « coopération internationale« , pourquoi ?

Valérie Thuderoz – Ce changement d’appellation révèle quelque chose d’essentiel sur notre façon de concevoir la solidarité. « Aide au développement » sous-entend une relation asymétrique : d’un côté ceux qui savent, qui ont, qui donnent — et de l’autre ceux qui reçoivent. Ce n’est pas du tout notre vision, et ce n’est pas ce que font les agents IEG sur le terrain. 

Utiliser le terme « Coopération internationale », c’est reconnaître que la relation est réciproque. Les agents qui partent ne vont pas « aider » des populations démunies. Ils vont travailler avec des communautés qui ont leurs propres savoirs, leurs propres priorités, leurs propres dynamiques. Ils reviennent transformés par cette rencontre, souvent autant que les projets qu’ils ont contribué à faire avancer. 

Ce glissement terminologique, c’est donc aussi une évolution politique : nous refusons la posture condescendante du bienfaiteur. Nous choisissons celle de la solidarité entre égaux, entre travailleurs et travailleuses, entre citoyens et citoyennes du monde.



Depuis combien de temps la CCAS examine-t-elle des demandes de projets de coopération internationale ?

Depuis 1994, soit plus de trente ans. À cette époque, des agents des Industries électriques et gazières (IEG), portés par leur engagement citoyen et par les grandes questions qui agitaient le monde, ont commencé à exprimer le souhait de mettre leurs valeurs en actes au-delà de nos frontières. La CCAS a répondu à cette aspiration parce qu’elle est cohérente avec ce qu’elle est profondément. 

Les Activités Sociales ne sont pas un simple distributeur de prestations. Elles s’appuient sur une conviction : les travailleurs et les travailleuses ne sont pas seulement des consommateur·ices de services. Ils sont des citoyens et des citoyennes capables d’agir sur le monde, de construire des solidarités durables, d’être acteurs et actrices de leur propre émancipation et de celle des autres. 

Soutenir des agents qui veulent porter concrètement cette conviction à l’autre bout du monde, c’est exactement ce que les Activités Sociales ont vocation à faire. En trente ans, ce sont plus de 750 projets dans près de 50 pays qui ont été examinés et soutenus. C’est une histoire collective dont nous sommes fiers.

Comment fonctionne ce dispositif de coopération internationale ?

Il repose sur l’initiative des agents eux-mêmes. Tout commence par un agent – ou un groupe d’agents – qui identifie un besoin réel dans un territoire, en lien avec une communauté locale, et qui construit un projet avec elle. Ce projet est présenté à sa CMCAS, qui rend un avis consultatif et joue un rôle d’accompagnement essentiel : elle connaît les agents, elle ancre le projet dans la réalité du terrain local, elle garantit que la démarche est sérieuse et respectueuse des principes que nous défendons. 

Le projet remonte ensuite à la Commission Activités Internationales de la CCAS, qui en examine la recevabilité, la pertinence et le cofinancement, car à minima la moitié du financement doit être assurée par d’autres partenaires qui partagent nos valeurs.

Les Voyages Solidaires constituent la dimension proprement éducative du dispositif. Ils permettent à d’autres agents de rejoindre un projet en cours, de le découvrir de l’intérieur, de rencontrer les populations concernées, de comprendre les enjeux géopolitiques et humains en jeu. Ce ne sont pas des voyages de spectateur : les participant·es s’engagent, contribuent, apprennent. C’est de l’éducation populaire au sens le plus fort et le plus beau du terme : une démarche qui forme des citoyens et des citoyennes conscient·es du monde dans lequel ils et elles vivent et du rôle qu’ils et elles peuvent y jouer.

« Nous ne cherchons pas à couvrir le monde entier ni à multiplier les projets pour le principe. Nous cherchons des projets qui ont du sens, qui durent, et qui respectent les populations concernées. »

Comment priorisez-vous les projets ? 

Nous ne cherchons pas à couvrir le monde entier ni à multiplier les projets pour le principe. Nous cherchons des projets qui ont du sens, qui durent, et qui respectent les populations concernées. Plusieurs critères guident nos choix.

Le projet doit d’abord répondre à un besoin réel, identifié avec la communauté locale et non pour elle. Il doit être pensé dans la durée : nous n’encourageons pas les interventions ponctuelles qui créent une dépendance puis disparaissent. Il doit avoir une dimension sociale, éducative, sanitaire, environnementale ou culturelle des domaines qui rejoignent directement les finalités des Activités Sociales. Il doit être porté par un ou des agents IEG véritablement engagés, qui en sont les chevilles ouvrières et pas seulement les signatures. Enfin, il doit démontrer qu’il a su mobiliser d’autres soutiens : notre participation financière est un levier, pas un chèque en blanc.

Ce qui nous importe en définitive, c’est que chaque projet financé soit une histoire vraie : celle d’un agent qui a décidé de mettre son énergie, ses valeurs et parfois une partie de son temps libre au service d’une solidarité concrète.

« J’ai mesuré l’impact de la solidarité »

Suite à un voyage solidaire, il monte un projet de coopération internationale au Cambodge Paul Gibot, 20 ans, en alternance, chargé de projets postes sources, à Enedis Bureau régional ingénierie postes sources (BRIPS), à Grenoble, bénéficiaire de la CMCAS Dauphiné-Pays de Rhône.

À l’été 2025, Paul Gibot, étudiant en génie électrique et informatique industrielle et embauché comme alternant à Enedis, est parti au Cambodge dans le cadre d’un voyage solidaire de la CCAS. « Mon désir de partager le quotidien des habitants a été comblé, confie ce jeune agent. Là-bas, j’ai aussi découvert des actions de reforestation et l’installation de pompes à eau financées grâce à la CCAS. J’ai mesuré l’impact de la solidarité : dans ce pays où les infrastructures manquent, cela a réellement amélioré la vie des villageois. » 

Convaincu par le travail accompli par l’association Cod’Eau Khmer, partenaire du voyage, il en est devenu membre. Et en découvrant le dispositif des Projets de Coopération Internationale pour le Développement Humain mis en place par la CCAS, il a décidé de monter une demande d’aide. « C’est ce voyage solidaire qui m’a donné envie de m’engager et de participer à quelque chose d’utile », souligne-t-il. 

Son objectif est de compléter le financement d’un chantier de rénovation d’une école située au sud-ouest de Phnom Penh : le toit du bâtiment fuit et n’abrite plus suffisamment les élèves pendant la saison des pluies. Concrètement, le jeune homme a d’abord préparé un budget prévisionnel à partir des devis des artisans cambodgiens, puis il a présenté son dossier devant la CMCAS Dauphiné-Pays de Rhône qui l’a validé. Enfin, il a rencontré la Commission Activités Internationales de la CCAS, qui a validé son projet. 

Dans un contexte géopolitique très tendu, en quoi ce dispositif de coopération internationale est essentiel ?

Justement parce que le contexte est tendu, ce dispositif est plus nécessaire que jamais. Quand les États recourent à la force, quand les institutions internationales sont fragilisées, quand le multilatéralisme vacille, ce sont les liens tissés entre les peuples, entre les travailleurs et travailleuses, entre les citoyens et citoyennes ordinaires, qui constituent le dernier rempart contre la déshumanisation du monde.

Nous, travailleurs et travailleuses de l’énergie, avons une conscience aiguë de ce que signifie vivre sans accès à l’électricité, sans eau chaude, sans chauffage. Nous savons que l’accès à l’énergie n’est pas un luxe : c’est la condition première de la dignité humaine, de l’accès aux soins, de l’éducation des enfants, de l’activité économique. Aujourd’hui, des millions de personnes en sont privées parce que les choix politiques et économiques mondiaux ont organisé cette inégalité.

Dans ce contexte, chaque projet de coopération internationale que nous soutenons est un acte politique. Il dit que nous refusons de regarder les inégalités mondiales comme une fatalité. Il dit que la solidarité n’attend pas la paix pour s’exercer, elle contribue à la construire. Et il dit, avec les faits et pas seulement avec les mots, que l’énergie est un droit fondamental, pas une marchandise réservée à ceux qui peuvent se l’offrir.

Quelques exemples de projets en cours ?

Nous avons des projets principalement en Afrique, Asie et en Amérique latine sur des sujets très variés. Nous menons en ce moment par exemple un projet de réparation et d’amélioration de l’électrification d’un centre de soin en Palestine. C’est très significatif, puisque le projet est actuellement mené à distance étant donné le contexte. 

Nous avons aussi un projet d’alimentation en eau au Laos, celui de l’électrification d’une école en Guinée, ou encore la création d’une épicerie solidaire en Côte d’Ivoire, un projet exclusivement monté par des femmes. C’est pour nous une façon de contribuer à leur émancipation. 

Un projet récent qui me tient aussi beaucoup à cœur : un projet autour de la musique, qui allie culture et inclusion au Chili, destiné à de jeunes enfants en situation de handicap.

« Quand un agent des IEG porte un projet d’électrification rurale ou d’installation de panneaux solaires, il met son expertise professionnelle au service d’une cause qui est aussi la nôtre : l’énergie est un droit fondamental, pas une marchandise. »

Quel message souhaitez-vous passer aux bénéficiaires qui souhaiteraient porter de tels projets ?

Lancez-vous, les Activités Sociales sont là pour vous aider ! Vous êtes des travailleurs et des travailleuses de l’énergie. Ce n’est pas un détail : c’est ce qui donne à votre engagement une cohérence que peu d’autres peuvent revendiquer. Quand un agent des IEG porte un projet d’électrification rurale ou d’installation de panneaux solaires, il met son expertise professionnelle au service d’une cause qui est aussi la nôtre : l’énergie est un droit fondamental, pas une marchandise. Le 7e objectif de développement durable des Nations Unies qui porte sur l’accès universel à une énergie propre et abordable n’est pas un texte lointain. C’est votre réalité quotidienne, transposée à l’échelle du monde.

Et voici ce que les agents qui ont vécu cette expérience disent tous : « En portant ce projet, vous n’êtes pas seulement au service des populations que vous accompagnez, vous êtes vous-mêmes transformés par ce que vous construisez ». Les échanges, la confrontation avec d’autres réalités, la démarche collective avec des communautés qui ont leurs propres savoirs : c’est de l’éducation populaire au sens le plus profond, qui émancipe autant ceux qui la reçoivent que ceux qui la portent. Ce double statut porteur et bénéficiaire à la fois est au cœur même du projet des Activités Sociales IEG.

Tags:

Qui sommes-nous ?    I    Nous contacter   I   Mentions Légales    I    Cookies    I    Données personnelles    I    CCAS ©2026

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?