Une démarche solidaire et efficiente

Famille de réfugiés albanais dans un bungalow CCAS © Eric Raze/CCAS

Florida, Ymer et leur fille Dajana, famille de réfugiés albanais dans un bungalow CCAS à Pont-de-Claix © Éric Raz/CCAS

En place depuis 2004, le dispositif d’accueil pour les plus démunis, fruit d’une convention signée entre la préfecture de l’Isère, la CCAS, la CMCAS Dauphiné pays de Rhône et l’AREPI (association régionale pour l’insertion) permet à une soixantaine de personnes de « passer l’hiver à l’abri » sur l’institution CCAS de Pont-de-Claix (Isère). Le tout dans le cadre du plan grand froid (du 1er novembre au 31 mars).  

Ce matin de décembre, dans la salle d’activité, ils sont là à échanger, discuter, en anglais, français et en gestuelle… ce fameux langage universel des baroudeurs. Mais pour eux, le voyage n’a rien d’initiatique. Pour ces marocains, camerounais, albanais etc. la rue, leur quotidien a plutôt un côté sordide, tragique. Alors, pour un petit moment, ils l’ont « laissée entre parenthèse », au début du mois de novembre. Un intermède qui se refermera le 31 mars. Le temps de retrouver une dignité, jouir d’un toit provisoire, et se reconstruire tout en effectuant les démarches pour espérer obtenir le sésame…

Depuis cinq ans maintenant, l’association AREPI « accueille », grâce à la CCAS, sur le centre de vacances de Pont-de-Claix (Isère), une soixantaine de personnes, dont la précarité est un fardeau quotidien. Pour autant alors que de la cuisine émanent des parfums « exotiques », et malgré l’attente de décisions administratives tellement aléatoires et arbitraires, leurs visages ne laissent apparaître aucune lueur d’amertume, même si chez certains les stigmates d’une rude vie ont du mal à exhiber cette joie, celle d’un bonheur simple, concret, immédiat.

« Ce sont en majorité des demandeurs d’asile qui sont affectés sur ce centre, explique Pascal Caluori, directeur général de l’association AREPI. Cette mise à disposition par la CCAS, offre “une parenthèse enchantée” pour nous tous. Cette qualité de prestations en termes d’hébergement nous permet de travailler dans la sérénité et d’offrir à ces gens, dont la plupart vient de la rue, un répit ainsi qu’une certaine dignité. Cette démarche citoyenne et solidaire de la part de la CCAS est plus que louable ». Élogieux et reconnaissant, le directeur, à tel point qu’il évoque même « un partenariat unique avec un comité d’entreprise en France. Grace à ces installations optimales, ces gens peuvent se « réparer » soigner leur blessure… Et nous, travailleurs sociaux, on peut actionner les leviers de l’insertion en toute sérénité. »

Famille de réfugiés albanais logés dans un bungalow CCAS © Éric Raz/CCAS

La famille devant le bungalow CCAS qui les accueillera cet hiver © Éric Raz/CCAS

A côté, en pleine discussion avec une famille de réfugiés, Patrick Reboullet, président de la CMCAS Dauphiné Pays de Rhône, approuve. Mais comment nier l’évidence ? La solidarité n’a jamais été un vain mot pour les organismes sociaux. Aussi, au-delà de cette visite de courtoisie, l’élu est arrivé avec des cadeaux dans sa hotte : des places pour le spectacle de noël de la CMCAS. « On essaie de créer des interactions entre eux et nous. Notre rôle ne doit pas se limiter à la simple convention de mise à disposition du centre. Il y a cinq ans, par exemple, nous avions organisé une soirée avec des bénéficiaires. Et ce sont les demandeurs d’asile qui avaient préparé le repas… En tant qu’organisme social, on a ce sentiment d’utilité surtout envers les enfants. Si ces familles peuvent se reconstruire, ne serait-ce qu’un laps de temps, c’est bénéfique. »

Effectivement ! Leur repas du soir en main, préparé en début d’après-midi « le soir il y a trop de monde en cuisine »… Ymer et Florida nous invitent dans leur antre… Chez eux, dans leur mobil-home. Réfugiés albanais, en France depuis 2013, les parents de la petite Dajana ont déjà un lourd passé. Ils connaissent très bien certains coins de l’hexagone et surtout les rues… De Lyon à Grenoble en passant par Bourgoin-Jallieu, leur trajet s’est arrêté ici, à Pont-de-Claix, à la mi-novembre.

Un salut, une pause que ces deux trentenaires savourent : « Avant d’arriver ici, nous étions hébergés chez des gens très serviables. Mais cela a fini par nous gêner, alors on a composé le 115… »  Dans un français plus qu’honorable « appris, en partie, dans la rue », ils dégagent une joie de vivre qui contraste singulièrement avec deux années de galère.

La Famille Florida, immigrée d'Albanie, se détend dans un bungalow CCAS © Eric Raze/CCAS

Florida, Ymer et leur fille Dajana, originaires d’Albanie, se détendent dans le bungalow CCAS où ils passeront l’hiver © Éric Raz/CCAS

Mais est-ce ce vécu qui incite au pessimisme, le couple n’a que très peu d’espoir sur son avenir. « En plus la situation (en attente de décision de la préfecture) ne nous permet pas de faire des projets… » Ceci-dit, aujourd’hui et depuis quinze jours, ils sourient à la vie en Isère. Loin de la misère. « Ici, on est comme dans une vraie maison, il y a l’eau chaude, le chauffage,… Pendant quatre mois ça va nous permettre de respirer, de souffler et après on verra. » Dans leurs propos, cette halte avantageuse prend alors tout son sens. Elle devient toute relative. Comme une parenthèse enchantée. En attendant le printemps.

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