Violences, homosexualité, inégalités : le théâtre-forum pour aborder les questions de société

Les jeunes de la colo de Gèdre (Hautes-Pyrénées) ont fait l’expérience du théâtre-forum grâce au réseau Arc-en-Ciel Théâtre, le 18 juillet 2022. ©Stéphane Sisco/CCAS

Les jeunes de la colo de Gèdre (Hautes-Pyrénées) ont fait l’expérience du théâtre-forum grâce au réseau Arc-en-Ciel Théâtre, le 18 juillet 2022. ©Stéphane Sisco/CCAS

Julie Cap et Bruno Bourgarel, artistes intervenant pour le réseau Arc-en-Ciel Théâtre, ont proposé du théâtre participatif aux 66 jeunes de la colo CCAS de Gèdre (Hautes-Pyrénées) le 18 juillet dernier. Les ados se sont exprimés sur l’égalité des genres, les violences à l’école, le mariage gay et la place de la femme dans la société.

Ils étaient venus discuter, mettre en scène et participer à des saynètes autour des enjeux de la nourriture. Au cours des quelques minutes qu’il leur a fallu pour présenter brièvement leur intervention, Julie Cap et Bruno Bourgarel, artistes intervenant pour le réseau Arc-en-Ciel Théâtre, ont saisi que les préoccupations des jeunes du centre de vacances de Gèdre étaient tout autres.
Les ados s’inquiètent davantage de la violence à l’école, du sexisme, des inégalités, de la pollution, du racisme ou du handicap, que de savoir de quoi sera remplie leur assiette dans cinq ou dix ans. Face aux jeunes, en majorité des 12-15 ans, Bruno Bourgarel a pris la parole : « Nous allons faire avec vous du théâtre sous forme de débat et fabriquer des scènes pour parler de choses qui peuvent vous gêner dans la vie. »

« L’art peut contribuer à véhiculer les bons messages »

Certains jeunes ont déjà fait du théâtre. D’autres jamais. Tous sont là pour parler d’un sujet qui les interpelle. Des groupes de trois ou quatre se forment. Julie et Bruno passent d’une table à l’autre pour discuter, imaginer avec les ados un scénario, des personnages, des dialogues.

Les jeunes de la colo de Gèdre ont travaillé par petits groupes pour créer leurs saynètes. Divers sujets ont été traités : mariage gay, violence à l’école, place de la femme dans la société, égalité des genres. ©Stéphane Sisco/CCAS

Les jeunes de la colo de Gèdre ont travaillé par petits groupes pour créer leurs saynètes. Divers sujets ont été traités : mariage gay, violence à l’école, place de la femme dans la société, égalité des genres. ©Stéphane Sisco/CCAS

Zoé Seibel, 13 ans, originaire de la Loire et déjà d’une grande assurance, fait du théâtre au collège : « C’est vraiment génial comme expérience, on est plutôt contentes de la répétition avec les copines, même si on sait que, dans la ‘vraie vie’, les choses sont bien plus complexes. » Les trois amies ont choisi de parler du mariage gay.

À quelques mètres, Titouan Faux, 15 ans, originaire de l’Aveyron, Victor Ginet et Antoine Lopez, 12 ans et originaires de l’Isère, ont les pieds sur la table et jouent un père et ses deux fils très macho. « On montre une femme dans sa cuisine alors que les hommes regardent un match de foot, explique Titouan, slameur dans l’âme, qui écrit par ailleurs une chanson sur l’égalité homme-femme. Cette manière de penser ne me plaît pas et je veux en parler. Si j’ai le trac ? Un peu, mais l’important est de faire passer le message. »

À l’autre bout du réfectoire, transformé en salle de spectacles, Dorian Jolly, 12 ans et originaire du Rhône, joue un commerçant qui ne veut pas vendre ses fruits aux femmes. « On est pourtant tous les mêmes », regrette-t-il, persuadé toutefois que « l’art peut contribuer à véhiculer les bons messages ».

Trouver les clefs pour avancer

21 heures, la représentation lance la veillée. Les 66 enfants et leurs animateurs sont tous là. Les quatre scènes se déroulent en une dizaine de minutes. Bruno se lève : « On reprend la première scène sur le mariage gay. D’après vous, y aurait-il quelque chose à faire pour changer cette situation ? » Des doigts se lèvent immédiatement. « Oui, toi ! Tu as une idée ? Eh bien, au lieu de nous la dire, viens sur scène ! Tu vas nous jouer ce qu’il faut faire pour changer ça. »

Après avoir assisté aux quatre saynètes, le jeune public a pu s’exprimer sur ce qu’il venait de voir. Temps précieux d’échange et de confrontation des points de vue. ©Stéphane Sisco/CCAS

Après avoir assisté aux quatre saynètes, le jeune public a pu s’exprimer sur ce qu’il venait de voir. Temps précieux d’échange et de confrontation des points de vue. ©Stéphane Sisco/CCAS

Le trac s’est enfui de la salle. Il n’y a que des échanges qui fusent, des points de vue qui surprennent, des avis qui s’entrechoquent. On joue, on surjoue, on rigole, on s’interroge, on confronte ses idées. On tente de trouver les clefs pour avancer. Une première heure a déjà filé. Certains baillent, d’autres, et ils sont nombreux, prolongent l’expérience. Maintenant il est plus de 23 heures. Julie et Bruno baissent le rideau.

Les artistes expliquent avoir « cherché à pousser le bouchon plus loin chaque fois », tenté d’ »ouvrir des portes », et « amené du terreau » même s’ils ne savent pas « quelle plante cela va donner ». Julie s’enthousiasme d’avoir vu des enfants bondir sur scène pour défendre leurs idées « alors que, dans la vraie vie, ils n’oseraient sans doute pas intervenir ».

Bruno, lui, a remarqué les timides restés sur leur siège, qui bouillaient de dire des choses : « Ils ressortent souvent plus chargés que ceux qui sont venus sur scène car ils se sont alimentés de tout ce qu’ils ont vu et senti. Je suis certain qu’ils s’en serviront. » Julie et Bruno ont-ils répondu à toutes les questions ? « On l’aurait fait si on était des magiciens… »


Raphaël : « J’aimerais que la violence cesse »

Raphaël Planes, 12 ans, au théâtre forum de la colo de Gèdre (Haute-Pyrénées), le 18 juillet dernier. Il a souhaité parler de la violence à l’école, à laquelle il est parfois confronté en tant que délégué de classe. ©Stéphane Sisco/CCAS

Raphaël Planes a 12 ans, il venu en voisin de Soumoulou, petite ville distante d’une petite centaine de kilomètres. La colo l’a surnommé « Ratatouille » et lui se promène toujours avec son ballon ovale. Avec son ami Wilfried, et accompagné de Julie Cap, il a souhaité parler de la violence à l’école. « Moi le premier, je vais répondre et me battre si on vient me frapper, regrette-t-il. J’aimerais bien que ça s’arrête. On voit [de la violence] tous les jours au collège et, même si c’est pour rigoler, ça dégénère trop souvent. » Délégué de classe, l’élève de sixième assure « essayer d’aider les copains, discuter avec ceux qui se battent pour trouver des solutions ».

« Heureux » de participer à cette journée, celui qui fait aussi du théâtre d’improvisation à l’école se dit « à l’aise devant les autres ». La soirée se termine, Raphaël estime être parvenu à « sensibiliser les copains » et raconte son plaisir d’en avoir vu dans le public « prendre nos places et dire des choses différentes ». Son monde idéal ? « Le rugby, ça sert à bien se défouler. »

Tiziana : « Je l’ai fait pour mon oncle »

Tiziana Fiore, 12 ans (au centre aux côtés de ses camarades), au théâtre forum de la colo de Gèdre (Haute-Pyrénées), le 18 juillet dernier, a joué la demande en mariage d’une femme à la mère de sa compagne. ©Stéphane Sisco/CCAS

Avec ses deux amies, Zoé et Flora, Tiziana Fiore, 12 ans, a voulu parler du mariage gay. Originaire de Nice, la jeune fille s’est inspirée d’une situation personnelle qu’elle vit mal. « Mon tonton est homosexuel et, dans ma famille, certains ne lui parlent pas. Ça me fait de la peine.  » Elle confie que le sujet est encore tabou mais que « c’est bien de montrer que ça nous touche et qu’on a envie que ça change ».

Elle n’a jamais fait de théâtre mais va pourtant répéter et jouer une saynète où elle fait face à une mère inflexible, à laquelle elle demande la main de sa fille, qu’elle aime en secret. L’amour, l’homosexualité, la religion, tout s’emmêle mais un cœur bat fort. Trop fort. « J’ai trop le trac pour jouer devant toute la colo », souffle celle qui a pourtant écrit les textes. Finalement, seule Zoé se lance pendant la soirée. Vite rejointe par d’autres ados aux caractères bien trempés, qui font et refont les situations. Tiziana est satisfaite : « J’espère qu’on a touché les autres, que ça les a interpellés. Je dirai à mon tonton qu’on a joué une pièce pour lui. »

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