Alexandre MBappé (Codegaz) : “La solidarité doit être organisée”

Depuis 2010, Codegaz mène des projets d’assainissement et d’alimentation en eau de la province de Boulkiemdé, à l’ouest de la capitale du Burkina Faso, co-financés par la CCAS. Ici, la préparation d’un forage neuf dan la cour d’une école, en octobre 2017. ©Codegaz

Chargé d’affaires à GRTgaz Compiègne, Alexandre MBappé est administrateur à Codegaz, association d’aide au développement partenaire des Activités Sociales de l’énergie. Foreur de métier, il œuvre depuis près de quinze ans, particulièrement en Afrique, avec une certaine idée de ce que doit être la solidarité.


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Comment avez-vous intégré Codegaz ?

Alexandre MBappé – Cela remonte à environ quinze ans : je souhaitais m’engager auprès des personnes démunies, précaires, et qui vivent un quotidien difficile, que ce soit ici en France ou ailleurs dans le monde. Alors que j’étais en poste à Nanterre, j’ai entendu parler d’une mission à Maisons-Alfort qui consistait à charger du matériel provenant des hôpitaux d’Ile-de-France dans des containers à destination de l’Afrique. Et j’y suis allé !

Sur place, j’ai développé des relations avec des personnes qui œuvraient à Codegaz, et en particulier Jean-Pierre Clément, alors vice-président. C’est de là qu’est parti mon engagement. Les missions d’aide au développement au Mali, en Haïti et au Burkina Faso ont rapidement suivi.

La solidarité, l’entraide : c’est dans vos gènes ?

Alexandre MBappé – Pas du tout ! On peut très bien “naître quelqu’un” et “être un autre” au fil du temps. Je pense qu’il ne suffit pas d’avoir une fibre solidaire ou une âme d’aidant. C’est surtout ce que l’on voit, ce que l’on ressent qui nous fait évoluer dans la vie. Cela dit, avant d’intégrer Codegaz, je faisais déjà des maraudes avec les Restos du cœur et je distribuais des repas en hiver.

Le Mali plusieurs fois, mais surtout le Burkina Faso, avec une vingtaine de missions : l’Afrique semble être une destination privilégiée pour vous ?

Alexandre MBappé – Étant d’origine camerounaise, j’ai quand même une connaissance de la situation économique et géopolitique de certains pays d’Afrique… Et je connais les besoins qui sont présents dans les régions pauvres du continent. Ensuite, en dehors de mes autres compétences, je suis spécialisé dans le forage, une activité forcément plébiscitée dans le Sahel.

Pourtant, vos missions vont bien au-delà de ça ?

Alexandre MBappé – L’important n’est pas le forage en lui-même, ou la construction d’écoles : car finalement, ces actions sont réalisables par beaucoup d’associations. À Codegaz, nous privilégions la sensibilisation des populations locales à la maintenance de ces ouvrages. Ainsi, nous devons également former les autochtones, tout en retournant sur place plus tard pour des missions de suivi et d’entretien des installations. Notre rôle n’est pas de bâtir sans garantie de pérennité, à l’instar de ce que peuvent faire les grosses ONG.


Des écoles au Burkina

En 2017, nous avons rencontré les habitants de Ramong’Yiri, village de brousse burkinabé, où Codegaz inaugurait un collège après y avoir réhabilité l’école.

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Existe-t-il, en plus de l’apport matériel et humain, un aspect pédagogique et même un enjeu d’éducation ?

Alexandre MBappé – Dans ces régions, il faut faire preuve de pédagogie. Certes, cela demande du temps. Nous demandons par exemple aux bénéficiaires de se cotiser pour entretenir les réalisations, et nous les accompagnons pour cela. Si vous ne formez pas les populations, et au-delà, si vous n’enseignez pas aux enfants les rudiments (lecture, écriture…), votre action n’est pas viable, tout comme vos constructions !

À mon sens, le manque de formation et d’éducation favorise aussi le terreau de la pauvreté. Et dans le monde, quel que soit le pays, certaines personnes s’enrichissent sur cette indigence. C’est sans doute le cas en France. Mais, chez nous, il existe un minimum imposé de répartition économique, de formation et d’éducation. Même si ça ne suffit pas. Or, dans les pays pauvres, ce n’est pas le cas. En Afrique, il y a par exemple une solidarité familiale, certes réelle et au sein de laquelle se forme la solidarité, mais elle a des limites.

Selon moi, il y a plus de solidarité en France, grâce à un système qui impose à tout le monde de cotiser pour se soigner, pour aider les autres, etc. Là-bas, si vous n’avez pas d’argent, vous ne vous soignez pas ! Aussi, je pense que la solidarité n’est pas innée chez l’être humain, elle doit être organisée.

Quel regard alors portez-vous sur l’utilité de l’engagement de Codegaz, face à tous ces obstacles culturels, politiques entre deux visions opposées ?

Alexandre MBappé – On constate tout simplement des avancées concrètes sur le terrain ! Les enfants vont à l’école grâce à nos constructions, les populations ont accès à l’eau potable grâce à nos forages. On sauve des vies !

Justement, comment êtes-vous perçus, à la fois par la population et par les autorités ?

Alexandre MBappé – Pour les habitants, nous sommes peut-être perçus comme des “aidants”. Mais aussi comme des pédagogues, des formateurs, qui ont des convictions et ne se limitent pas à cette simple contribution. Nous savons exactement pourquoi nous voulons les aider. Et c’est le plus important !

Quant aux autorités, je pense qu’elles apprécient notre expertise et nos compétences, que d’autres n’ont pas. Et nos méthodes, différentes de celles pratiquées par certains fonds d’aide internationaux, qui versent directement de l’argent au gouvernement. Or, si leur savoir-faire est indéniable, la tentation est grande pour les pouvoirs en place de ne pas réaliser la totalité de ce qu’ils doivent en faire… Mais nous sommes aussi acceptés, car on les soulage, quelque part, d’un fardeau.


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Fondée en 1989 par des salariés de Gaz de France, Codegaz est une association apolitique et aconfessionnelle d’aide au développement sans but lucratif, reconnue d’utilité publique. L’action de Codegaz est multidomaine (accès à l’énergie, à l’eau et à l’assainissement, accès à la santé et à l’enseignement, lutte contre la malnutrition…) et s’attache à rendre les bénéficiaires autonomes dans le temps.

Vous pouvez contribuer à l’action de Codegaz à divers niveaux : faire un don, mais aussi adhérer et/ou vous engager bénévolement auprès de l’association.

Contacter l’association : contact@codegaz.org / 06 61 65 95 50
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Site Internet : www.codegaz.org

 

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