Amiante, pesticides, perturbateurs endocriniens : le combat des “Sentinelles”

Jean-Marie Desdions parlant aux journalistes avant l’audience du procès en appel de Paul François contre Monsanto. ©Destiny films distribution

Dans le Douaisis, Festi Planète et Ciné Planète, dont la CMCAS Nord-Pas-de-Calais est partenaire, proposent une série d’événements sur le thème de l’écologie et du développement durable. Ciné Planète a démarré le 11 avril avec une projection-débat du film “les Sentinelles”.

“Il faut arrêter d’empoisonner les ouvriers.” Ces propos sont ceux de Josette Roudaire, ancienne salariée de l’usine d’amiante Amisol, à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), fermée en 1974. Elle s’est investie corps et âme dans la défense de ses anciens collègues, victimes de l’amiante. “Au nom du profit, on est capable de tuer”, confie Paul François, agriculteur en Charente, intoxiqué par l’utilisation d’un pesticide de la marque Monsanto. Il a réussi à faire condamner la multinationale.

Josette et Paul ont tous deux croisé la route d’Henri Pézerat, créateur du Comité anti-amiante de l’université de Jussieu, à qui on doit l’interdiction de l’utilisation de l’amiante en France, en 1997. Ces histoires de luttes acharnées – ainsi que celle des victimes de l’usine Eternit d’Albi, des chantiers navals de Saint-Nazaire ou de la coopérative agricole bretonne Nutréa-Triskalia –, Pierre Pézerat, fils d’Henri, les raconte dans son documentaire “les Sentinelles”.

C’est la projection de ce film qui a ouvert, le 11 avril, le festival Ciné Planète, à Douai (Nord), dont la CMCAS Nord-Pas-de-Calais est partenaire (lire l’encadré). C’est “pour continuer à porter le flambeau de [son] père” que Pierre Pézerat a tourné ce film, confie-t-il lors du débat qui suit la projection. “Ma première envie est de porter la parole de ces personnages extraordinaires que personne ne connaît. Ils ont un besoin de justice et veulent transformer leur colère en un combat pour l’humanité.”

Le coût de l’inaction

Autre voix de ce débat, le docteur Brigitte Simonot, membre du Réseau Environnement Santé, évoque le combat contre les perturbateurs endocriniens. “Comme pour l’amiante avant son interdiction, la problématique des perturbateurs endocriniens est connue depuis plus de trente ans”, commente-t-elle. L’interdiction du bisphénol A n’arrivera pourtant en France qu’en 2015. “On prend actuellement conscience du coût de l’inaction mais il ne suffit pas de prendre conscience, il faut agir. Aujourd’hui, les enfants naissent déjà imprégnés, pollués”, insiste-t-elle.

Des collectivités ont réagi, comme la ville de Grande-Synthe (Nord), près de Dunkerque, qui a signé la charte “Villes et territoires sans perturbateurs endocriniens”. “C’est notre responsabilité d’élus”, explique son maire, Damien Carême (EELV), dont l’initiative s’inscrit dans une démarche plus large : abandon des pesticides par les jardiniers de la ville, suppression des produits d’entretien chimiques dans les écoles, crèches et garderies, alimentation 100 % bio dans les cantines scolaires… Dans le Douaisis, la communauté de communes Cœur d’Ostrevent (75 000 habitants) est également signataire de la charte. Son président, Frédéric Delannoy (PS), explique qu’une telle décision suppose de “trouver des produits de substitution et d’introduire des clauses particulières dans les marchés publics”.

“La population n’est pas encore suffisamment sensibilisée à ces questions pour mettre véritablement la pression sur les élus”, estime pour sa part Jean-Luc Hallé, maire (non inscrit) de la petite commune de Hamel et vice-président de la communauté d’agglomération du Douaisis. Il insiste également sur “le rôle des consommateurs” dans les choix qu’ils effectuent. Frédéric Chéreau, maire de Douai (PS), pointe, lui aussi, la nécessité de “convaincre les habitants” de l’intérêt de certains changements d’habitudes. Ainsi, la ville de Douai n’utilise plus de pesticides pour désherber les trottoirs. “L’herbe n’est pas sale, on a complètement oublié de vivre avec le monde végétal en ville”, estime-t-il. Il ajoute que toutes ces politiques ne porteront qu’à long terme. Exemple : la présence de sels de perchlorate dans l’eau du robinet proviendrait, selon une étude de l’Agence régionale de santé, de munitions tirées lors de la Première Guerre mondiale


Ciné Planète : un festival dans le festival

Festi Planète, qui se définit comme le “festival de l’écologie et du développement durable du Douaisis”, en est à sa 5e édition. Commencé le 31 mars, il s’achèvera dimanche 22 avril. “L’objectif est de sensibiliser un maximum de personnes à l’urgence de faire quelque chose pour la planète. Il s’agit aussi de valoriser le travail accompli sur notre territoire”, résume Jean-Luc Ducoin, président de l’association organisatrice.

Festi Planète a pour partenaires de nombreuses villes et associations du Douaisis, ainsi que la CMCAS Nord-Pas-de-Calais. Au programme, randonnées, conférences, expositions, démonstrations, avec une attention particulière pour le public scolaire.

Au sein de Festi Planète, Ciné Planète propose une série de projections-débats sur les problématiques environnementales : agroécologie, démocratie alimentaire, étude du climat… À noter que samedi 21 avril, une après-midi comprenant cinq projections de films sera réservée aux bénéficiaires de la CMCAS du Nord-Pas-de-Calais et aux locataires du bailleur social SIA. Des démonstrations de tri et de recyclage sont également prévues, avec une famille qui pratique le “zéro déchet”. Et l’association La ficelle présentera des échantillons de produits ménagers et cosmétiques naturels faits maison.


Infos pratiques

Festi Planète, jusqu’au 22 avril 2018, dans le Douaisis.
Journée CMCAS : samedi 21 avril (3,50 euros).

Programme complet sur www.festi-planete.fr

Bon à savoir : les projections du festival sont accessibles à tous les bénéficiaires des Activités sociales à tarif réduit (3,50 euros) sur présentation de l’attestation Activ’.

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