
Plus d’un Français sur cinq n’est pas parti en vacances au cours des trois dernières années, le plus souvent par manque de moyens financiers, révèle une enquête récente d’Ipsos bva et du Secours Populaire. ©Secours populaire français
Pourquoi un acquis de 90 ans reste-t-il fragile encore aujourd’hui ? Les congés payés témoignent de notre façon de nous approprier cet espace de liberté et d’ouverture aux autres, mais il met aussi en évidence de nombreuses inégalités. À travers son partenariat avec le Secours populaire français (SPF) et la Fédération des électriciens et gaziers du SPF, la CCAS s’engage pour le droit aux vacances pour tous.
Article co-écrit par Alice Betton et Sophie Guichard
Un enfant sur trois ne partira pas en vacances cet été s’alarmait le Secours Populaire français le 12 juin dernier lors de son séminaire. Le sujet de cette rencontre, « 1936-2026, des vacances pour tous ? », est en ce mois de juillet plus que jamais d’actualité… Si le 21 juin 1936 reste marqué d’une pierre blanche – il correspond à l’instauration de deux semaines de congés payés pour tous les salariés et d’un mois de vacances pour les électriciens et gaziers (voir encadré) – cet été 2026, 27% d’entre eux ne prévoient pas de partir en vacances (38 % parmi les ouvriers).
À l’heure où les congés payés célèbrent leur 90e anniversaire, ce chiffre rappelle qu’avoir le droit de partir reste dans les faits hors de portée pour des millions de personnes.
Dans les IEG, un mois de vacances avec un quart de siècle d’avance
Au moment de la nationalisation de 1946, quelque 800 statuts, prévoyant tous des régimes différents de congés payés, coexistent dans les entreprises du secteur électrique et gazier. L’équipe du ministre Marcel Paul se fait fort de les unifier autour de l’idée simple du mieux-disant. C’est ainsi que le Statut national du 22 juin 1946 prévoit un mois de vacances avec près d’un quart de siècle d’avance sur le régime général de congés payés des salariés. Ce n’est qu’en 1956 que l’ensemble des salariés obtiendra la troisième semaine de congés payés, en 1969 la quatrième et en 1982 la cinquième.
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Un acquis à défendre… surtout pour les jeunes !
Plus d’un Français sur cinq n’est pas parti au cours des trois dernières années, le plus souvent par manque de moyens financiers, révèle une enquête récente. Sans surprise, le taux de non-départ est ainsi particulièrement élevé chez les ménages les plus pauvres (69 %) et faible chez les plus aisés (12 %).
Après l’assurance maladie, les congés payés restent la loi sociale à laquelle les Français sont le plus attachés : 92 % d’entre eux pensent ainsi qu’ils sont un acquis solide à préserver. Pour 55 % des jeunes de moins de 35 ans, ils constituent même un acquis menacé à défendre. Et pour cause, de nombreuses familles économisent pour pouvoir partir : 51 % ont déjà renoncé à partir afin de subvenir à des dépenses essentielles.
Avec la baisse continue du pouvoir d’achat ces trente dernières années, le temps de vacances diminue comme peau de chagrin. Parmi celles et ceux qui prévoient de partir cet été, près de la moitié partiront moins de deux semaines. En définitive, partir est en 2026 plutôt perçu comme une chance qu’un droit, mais représente aussi davantage un besoin essentiel qu’un luxe.
« Les vacances, cela veut dire que j’existe ! »
Cet été, un enfant sur trois restera à la maison. Pour Émilie Schaf, membre du bureau national du Secours populaire, chargée des vacances, priver les enfants de congés, c’est presque les priver d’enfance.
Chaque année, depuis 1979, l’association organise la Journée des oubliés des vacances (JOV). Elle se souvient ainsi de l’édition 2025 d’Île-de-France sur l’esplanade des Invalides. « Lorsque la Patrouille de France a survolé la fête, un enfant, persuadé que celle-ci passait pour lui, s’est exclamé : « Cela veut dire que j’existe ! » Cette année, lors de la JOV d’Île-de-France, 5000 Franciliens sont ainsi conviés à Deauville, le 19 août.

Chaque année depuis 1979, le Secours populaire organise la Journée des oubliés des vacances pour les enfants privés de vacances. ©Secours populaire français
Partir en vacances, c’est trouver une place dans la société, mais aussi un équilibre dans sa vie. 86 % de Français estiment ainsi que les vacances leur sont essentielles pour avoir la force morale d’affronter le reste de l’année. Plus de la moitié estiment que ce temps de répit est indispensable pour leur santé mentale… et physique (43 %).
Aujourd’hui encore, au-delà des aspects financiers, de nombreux freins demeurent : isolement social, raisons professionnelles, résistances psychologiques… Partir en vacances demande un certain savoir-faire, pour anticiper, avoir le choix, mais aussi passer le pas et recourir à certaines aides.
Des guinguettes solidaires pour les 90 ans des congés payés
Pour le 90e anniversaire des congés payés, le Secours populaire organise cet été des « Guinguettes solidaires », des rendez-vous festifs pour célébrer le droit aux vacances et alerter sur le non-départ de milliers de personnes.
« Utilité maximale versus rentabilité maximale »
Partenaire du Secours populaire et de Fédération nationale des électriciens et gaziers du Secours populaire français (Fneg), la CCAS a réservé cet été, à la demande des CMCAS, 323 places dans ses villages vacances à l’intention d’enfants de 6 à 11 ans, vivant parfois en grande précarité (voir plus l’interview de Rémi Soler, administrateur CCAS en charge des vacances des jeunes).
Ils partageront leurs jeux avec des bénéficiaires, mais aussi d’autres enfants du monde dans le cadre du dispositif « Copains du monde » du Secours populaire. Avec son modèle solidaire, où chacun contribue selon ses moyens grâce au coefficient social, la CCAS contribue à élargir le droit aux vacances pour tous. En ouverture de son colloque annuel, Martine Pinville, présidente de VVF, a rappelé que « là où certains recherchent la rentabilité maximale, le tourisme social recherche l’utilité maximale pour permettre au plus grand nombre de partir en vacances et faire vivre les territoires toute l’année ». Espérons que cette action commune puisse inverser la tendance…
« Les colos, un déclencheur pour toute une vie »
Rémi Soler, président de la Commission vacances jeunes de la CCAS
Pourquoi les vacances demeurent-elles selon vous un enjeu de société ?
L’enjeu n’a pas bougé. Que ce soit au temps du Front populaire ou aujourd’hui, pour nous, Activités Sociales de l’énergie, l’objectif est resté celui de faire partir tout le monde. Cet objectif n’a jamais perdu son sens. En effet, la société de consommation aidant et le recul de nos droits faisant, cet enjeu de société est de plus en plus prégnant, notamment pour les familles. Le droit aux vacances des enfants est remis en jeu bien trop souvent !
En quoi le partenariat avec le Secours populaire est-il important pour les Activités Sociales ?
Ce partenariat permet de faire partir chaque année en moyenne XXX enfants du Secours populaire dans nos colos. Sans ce dispositif, ils ne partiraient pas en vacances. Cela permet aussi à nos enfants de rencontrer des copains venant d’autres horizons et de pouvoir avoir un regard ouvert et concret sur le monde dans lequel on vit, qui est loin d’être tout rose.
Grâce au dispositif du Secours populaire « Village Copains du monde », ils ont aussi la possibilité de rencontrer des enfants venant d’autres pays et qui ont encore moins de chances de partir en vacances. C’est une façon très concrète de favoriser la rencontre et la mixité et nous en sommes fiers. Nous voyons des enfants qui apprennent à nager dans nos centres, d’autres qui habitent à côté de la mer mais la voient pour la première fois en France.
L’enjeu pour la CCAS est aussi de faire essaimer ce partenariat au niveau local. En effet, ce sont les CMCAS qui attribuent des places de colos aux jeunes du Secours populaire. Cette approche en proximité est essentielle. Le développement de ce type de partenariat permet de développer d’autres actions qui profiteront aux enfants. Je pense par exemple aux participations aux arbres de noël. C’est une occasion pour les CMCAS de créer du lien et de tendre la main à des enfants parfois en grande précarité.
Selon vous, le tourisme social peut-il inverser la tendance ?
J’espère ! Et c’est notre objectif depuis le début ! Le rôle des Activités Sociales, et des acteurs du tourisme social aujourd’hui, c’est l’émancipation et l’accès aux vacances de toutes et de tous. Pourvu que les colos puissent donner l’envie de partir ! Je reste en effet persuadé que, quand on est parti dans sa jeunesse, c’est un déclencheur pour toute la vie.
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