Angelo Rinaldi : “Plus on lit, plus on devient libre”

Angelo Rinaldi, écrivain et académicien, à la CCAS à Montreuil. ©B.deCamaret/CCAS

L’écrivain et académicien Angelo Rinaldi était invité au siège de la CCAS de Montreuil, le jeudi 9 mars. L’occasion pour lui d’évoquer et partager sa passion de toujours : la littérature.

Costume gris, écharpe et cravate de couleur rose, Angelo Rinaldi a l’élégance que l’on peut attendre d’un académicien. Souriant, du haut de ses 76 ans, l’écrivain ne se lasse pas d’évoquer sa passion des mots.

Angelo Rinaldi naît sous le soleil de Bastia, en 1940. Enfant d’une famille de paysans, les livres sont loin du foyer natal. Mais cela n’empêchera pas l’homme aux dix-sept romans de devenir une figure majeure de la littérature française contemporaine.

Des origines modestes

Son histoire d’amour avec la littérature débute tôt. “J’ai toujours été émerveillé par la lecture. Pourtant, il n’y avait rien chez moi. Le calendrier des postes, pas plus. Je dois tout à l’école républicaine.” La passion littéraire d’Angelo Rinaldi n’est pas une transmission héréditaire. Mais qu’est-ce qui lui a, alors, donné le goût des mots ? “Je ne sais pas quelle idée j’ai eue de commencer à écrire à 15 ans… Je ne me l’explique pas. C’était pour moi une sorte d’amusement. J’ai eu l’envie de continuer, à mes risques et périls.”

Il fera finalement de l’écriture son métier. Il devient d’abord chroniqueur judiciaire au quotidien régional “Nice-Matin”. Mais cela ne le passionne pas vraiment. Il publie son premier roman, “la Loge du gouverneur”, en 1969. Sa première reconnaissance, il la doit à “la Maison des Atlantes” qui obtient le prix Femina en 1971. C’est à cette époque que l’homme de lettres se lance dans la critique littéraire. Il passera par “le Nouvel Obs”, “l’Express” puis finira directeur du “Figaro littéraire”. Angelo Rinaldi deviendra l’une des plumes les plus redoutées de ses pairs.
En 2001, l’écrivain intègre l’Académie française. Il le vit simplement comme une reconnaissance sociale. “Je ne me lève pas tous les matins en pensant à l’Académie française, vous l’imaginez bien, s’amuse-t-il. Quand j’ai été reçu, j’ai été très enfantin étant donné l’origine sociale de mes parents… Je regrette un peu qu’ils ne soient pas là.”

Son dernier roman, “Torrent”, sort en 2016. Mais, même pour un académicien, écrire n’est pas un exercice facile. L’auteur cherche, doute, se sacrifie. “On souffre beaucoup en écrivant un roman. Le dernier m’a demandé quatre ans de travail, quatre ans de nuits sans nuits.” Pourquoi une telle difficulté ? L’écrivain laisse un peu de lui à chaque livre. Jusqu’à l’épuisement. “Un roman est commencé par l’enthousiasme et terminé par la fatigue. Je me demande toujours si je vais arriver au bout du livre que je suis en train d’écrire.” Angelo Rinaldi souhaite se laisser un peu de temps. Il ne travaille pas, pour l’instant, sur un nouveau projet.

Angelo Rinaldi et Vincent Roy échangent sur la littérature devant le personnel de la CCAS. ©B.deCamaret/CCAS

La littérature pour la liberté

“Il n’y a rien dans la vie qui me procure un sentiment de liberté aussi fort que la littérature, confie l’écrivain. Plus on lit, plus on devient libre.” Pourtant, il y a eu aussi le cinéma dans la vie d’Angelo Rinaldi. Pendant des années, il préfère se rendre à la séance de 11 heures plutôt que de déjeuner. “Le jour où Fellini est mort, j’ai eu le sentiment que quelqu’un ne me comprendrait plus.” Mais l’académicien explique qu’il n’a plus de temps à consacrer au septième art. “Je suis entièrement dévoué à la littérature.”

Mais pourquoi le livre délivre-t-il ? “La littérature vous ouvre des champs, des réflexions, vous révèle des mondes, vous apporte une sensibilité que vous ne connaissiez pas, une autre manière de réagir.” Et Angelo Rinaldi parle de son vécu. Élevé dans un contexte très modeste, ses premiers voyages, il les a faits à travers la bibliothèque de son lycée.

Pour l’écrivain, la littérature permet aussi d’analyser et de comprendre la société. Mieux que n’importe quelle science. “Pas la peine de lire Bourdieu. Lisez les “Illusions perdues” de Balzac et vous verrez que rien n’a changé ; ni sur l’argent, ni sur la férocité de Paris, ni sur le journalisme.”

Angelo Rinaldi est assez optimiste. Même à l’ère du numérique, la littérature conserve sa place. “À chaque progrès que la société a pu faire, on a toujours eu l’impression que c’était au détriment de la littérature. Qui aime lire, lit, malgré les tentations du numérique, des écrans, des consoles de jeux…” L’académicien ne se fait pas moralisateur. Bien sûr, il s’interroge sur les moyens d’inciter à la lecture. Mais pour lui, il n’y a pas de recette miracle. “Lire exige un petit effort.” L’effort nécessaire pour être libre.

La mémoire, thème de prédilection de Rinaldi
Publié en 2016, “Torrent” raconte le retour en Corse, quarante après les faits, de François Piétri, en quête de celui qui a tué son père lors d’une partie de chasse. Semblable à un torrent, sa mémoire se libère au fil du roman.
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