“Dans les Activités Sociales, l’agent n’est pas un simple facteur de production”

Les Activités Sociales des électriciens et gaziers, dernier espace de rencontre et de délibération collective de la branche.

Les Activités Sociales des électriciens et gaziers, dernier espace de rencontre et de délibération collective de la branche. ©Julien Millet/CCAS

Nouvelles aspirations des salarié·es, concurrence avec le secteur privé des vacances et du loisir… On fait le point avec défis à relever pour les Activités Sociales d’aujourd’hui avec Michel Vakaloulis, docteur en philosophie et maître de conférences en science politique à l’université Paris-VIII. 

Les Activités Sociales mettent en avant la rencontre, le partage et la solidarité, des notions dont on parle beaucoup en ce moment. Comment comprendre leur actualité ?

Depuis leur création, les Activités Sociales de l’énergie contribuent à démocratiser l’accès à certaines pratiques en matière de vacances, de loisirs, de culture au sens large du terme. C’est une façon de rééquilibrer humainement l’univers contraignant de l’entreprise et de s’ouvrir à la diversité du monde. L’agent n’est pas considéré comme un simple “facteur de production”, il est aussi un être intégral qui aspire à se divertir et à s’épanouir.

Les Activités Sociales constituent une liberté fondamentale qui permet aux bénéficiaires de créer des liens solidaires et de nouer de nouveaux rapports de sens. Cet aspect acquiert une signification particulière au moment où les espaces de convivialité et de communication ne cessent de se rétrécir au sein de l’entreprise. Face aux dislocations qui traversent les lieux de travail, les Activités Sociales représentent le dernier endroit où les agents de différentes unités des Industries électriques et gazières (IEG) peuvent se rencontrer, où il est encore possible de fédérer, ne serait-ce que symboliquement, le “peuple de l’énergie”.

Quelles sont les limites de ce modèle social où s’exprime une volonté créatrice de liens solidaires ?

Les limites sont de plusieurs ordres. D’abord, les Activités Sociales de l’énergie ne sont plus en position de “monopole”, mais directement en concurrence avec une offre diversifiée et facilement accessible du secteur marchand à des prix souvent alléchants. Ensuite, même si la légitimité de ces activités reste forte, il est nécessaire de redéployer l’offre pour élargir le champ des bénéficiaires et pour mettre en oeuvre des projets qui sont en adéquation avec les nouvelles aspirations sociales.

Cela oblige sans doute à revoir certaines priorités, à redéfinir la répartition budgétaire des ressources disponibles, à reconsidérer certains choix et arbitrages collectifs. Enfin, la compréhension des enjeux et des problématiques de la nouvelle étape des Activités Sociales de l’énergie exige une réflexion collective au-delà du strict périmètre des “gestionnaires”. Cette démarche collaborative et délibérative est indispensable pour approfondir la démocratie dans les Activités Sociales.

Débattre dans le cadre des rencontres culturelles de la CCAS, c’est certainement instructif, est-ce pour autant attractif ?

Dans une société de zapping où la vie est en permanence fragmentée, faciliter les rencontres, les échanges de proximité, les débats sur les questions sociales est un véritable remède pour absorber les multiples inquiétudes et restaurer un climat de confiance et de respect d’autrui. Comme le montre la crise de la représentation politique actuelle, le pays souffre d’un rétrécissement de l’espace public, d’un assèchement des lieux de dialogue démocratique où peuvent grandir les capacités de réflexion des citoyens et se confronter les idées sur les conditions du vivre ensemble.

Le rôle des Activités Sociales est d’impulser cette action délibérative sur les réalités sociales que vivent les bénéficiaires en tant que préoccupation incarnée, concrète. C’est renouer avec l’ambition stratégique des Activités Sociales de produire des conquêtes de civilisation en matière de culture, de temps libre, de citoyenneté. Conjuguer la réflexion avec le plaisir n’est pas une affaire simple, mais cela constitue un pari d’avenir.


À lire

“Du pouvoir vertical aux pouvoirs partagés”
Avec Hervé Sérieyx

Éd. de l’Atelier, 2018, 208 p., 18 euros.

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