Escale corse pour les ex-Fralib

Omar Dahmani Cynthia Sanchez et Dominique Basset © Philippe Marini/ccas

Omar Dahmani Cynthia Sanchez et Dominique Basset. © Philippe Marini/ccas

Les vacanciers du centre CCAS de Marinca, près d’Ajaccio, ont rencontré, le 5 août, une petite délégation d’ex-Fralib, ces salariés qui ont créé leur coopérative de thés et d’infusions et fait plier le géant Unilever après 1336 jours de lutte.

Camomille ? Menthe douce ? Pomme cannelle ? Il est 14h30 sur la terrasse du bar, au centre CCAS de Marinca, l’heure choisie par Dominique Basset, Omar Dahmani et Cynthia Sanchez, de passage en Corse, pour aller à la rencontre des vacanciers et leur faire déguster les infusions de « 1336 » , la première marque produite par la coopérative Scop TI (1). 1336, comme le nombre de jours de lutte qu’ont menée, de 2010 à 2014, les ex-salariés de Fralib contre leur employeur, le géant de l’agroalimentaire Unilever, alors propriétaire de l’usine de Gémenos. Sur les boîtes de thé et d’infusion, un petit message à l’adresse du consommateur : « 1336. Eveille les consciences, réveille les papilles ».

Dominique Basset et Cynthia Sanchez © Phillipe Marini/ccas

A gauche, Laurent et Aude Tessier © Phillipe Marini/ccas

« Pourquoi vous ont-ils licenciés », s’enquiert un père de famille. Dominique Basset, aujourd’hui coopérateur de Scop TI, la nouvelle entreprise issue de ce long combat, raconte alors une partie de l’incroyable aventure. « A Gémenos, Unilever faisait plus de 9 millions d’euros de bénéfices. Ils sont partis en Pologne avec la marque Eléphant. Ils nous ont proposé 500 euros bruts par mois pour aller travailler là-bas ». « Et vos épices, poursuit le père de famille, vous les faites venir d’où ? » « Pour les infusions, on n’utilise que des produits nationaux, répond Dominique. On travaille avec un pôle arôme à Grasse et avec des agriculteurs locaux. Avant, on pulvérisait le thé avec des produits chimiques, des arômes artificiels ». « Aujourd’hui, on est en train de relancer toute la filière tilleul dans les Baronnies (Drôme provençale), filière qui avait été abandonnée par Unilever », renchérit Cynthia Sanchez, secrétaire de l’union locale CGT d’Aubagne, auprès des Fralibs depuis le début de leur aventure.

Gobelet d’infusion à la main, Laurent Tessier, responsable d’un centre de relations clients (CMCAS Lorraine-Sud Haute-Marne), et Aude, sa compagne, découvrent cette année les centres CCAS. Ils profitent de cette dégustation pour discuter avec les ex-Fralibs. « C’est beau, cette histoire, ce combat collectif », reconnaît Aude. Pourtant, admet-elle, « au départ, je ne suis pas fan des syndicats. Pour moi, le dialogue syndical n’est pas très constructif. Mais quand il s’agit de transformer les idées en actes… » Selon elle, « ces entreprises (comme Scop-TI) qui ont des valeurs, c’est l’avenir. » « On a besoin de ces valeurs d’authenticité : qualité des produits, produits régionaux, circuits courts », enchaîne Laurent qui ne comprend pas « qu’on puisse fermer une entreprise qui dégage 9 millions d’euros de bénéfices. »

A quelques mètres des bouilloires et des sachets de thé, Christine et Guy Lamaison (CMCAS Melun) ont passé un long moment devant les panneaux de l’exposition relatant l’histoire du combat des Fralibs. Un combat riche d’enseignement, estime Christine. « En 2010, on a vu que les patrons profitaient de la crise pour anticiper les baisses de salaires et les renégociations de contrats. Unilever a été l’un des premiers à profiter de la crise pour gagner encore plus. » Et d’en conclure : « Il faut se détourner des multinationales et se tourner vers le local. » Ce que font déjà Christine et Guy. « On achète nos légumes dans une Amap (2), notre poisson au marché et la viande chez le boucher. Maintenant, on achètera aussi le thé et les infusions en local ! »

Omar Dahmani et Dominique Basset © Phillippe Marini/ ccas

Omar Dahmani et Dominique Basset © Phillippe Marini/ ccas

Après la dégustation-rencontre, place au cinéma-débat. En avant-première, le documentaire de Claude Hirsch, « 1336 jours, des hauts, débats, mais debout. » L’histoire d’une incroyable aventure collective : une usine occupée par des salariés licenciés, quatre plans sociaux rejetés par les tribunaux, la création d’une coopérative et de la marques « 1336 ». De quoi impressionner la quarantaine de vacanciers qui ont pris place devant l’écran. Et susciter encore bien des questions. « La création de Scop TI est-elle répliquable dans d’autres entreprises ? » « Comment éviter un nouveau Lejaby (3) ? » « Qu’est devenue la marque Eléphant ? » Les ex-Fralib étaient venus en Corse faire connaître leur histoire et leur projet. Mission accomplie, manifestement. « On ne doit pas accepter cette fatalité de fermer les entreprises rentables. Ce que nous voulons, c’est que nos enfants puissent venir travailler sur ce site de Gémenos », martèle en guise de conclusion Omar Dahmani, ex-Fralib et coopérateur de Scop TI. Pour cela, ils devront trouver leur clientèle. « On compte sur vous pour acheter et faire connaître nos produits ! », insiste Omar. Prochaine étape CCAS après Marinca : Porto-Vecchio et Borgo. Puis viendra le moment du grand rendez-vous de la rentrée sociale : la Fête de l’Humanité, à La Courneuve (Seine-Saint-Denis), du 11 au 13 septembre.

(1) Société coopérative ouvrière provençale de thés et infusions
(2) Association pour le maintien d’une agriculture paysanne
(3) En février dernier, Les Atelières , coopérative créée par d’anciens salariés de la marque de lingerie Lejaby, a dû mettre la clé sous la porte.

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