Fatiha Bouikannaoui (CNPE du Blayais) : « C’est aussi dans l’adversité qu’on se construit »

Sortie major de sa promo à l’école des métiers EDF de Gurcy, aujourd’hui ingénieure au CNPE du Blayais, Fatiha Bouikannaoui a toujours été attirée par les métiers du technique et de la mécanique, où les femmes étaient alors peu présentes. ©Eric Raz/CCAS

Ingénieure au CNPE du Blayais (Gironde), Fatiha Bouikannaoui a construit sa carrière professionnelle à force de détermination, en s’appuyant autant sur ses convictions profondes que sur ses capacités. Tout au long de son parcours, cette mère de deux enfants a su franchir les écueils et relever les défis.

C’est en octobre dernier, sur ses « terres familiales » au Maroc, que Fatiha Bouikannaoui a relevé son dernier défi. Cette ingénieure sûreté au CNPE du Blayais a concrétisé en effet un rêve : participer en binôme au rallye Trophée roses des sables, une aventure humaine, solidaire et exclusivement féminine.

Pour cette femme singulière, boulimique de challenges et de partage, c’est l’aboutissement d’un an d’attente et de démarches diverses, qui s’est soldé par une brillante 49e place, même si l’essentiel était ailleurs : « Le but de ma participation était de récolter des fonds afin d’aider les différentes associations partenaires. Et le pari est réussi ! Là-bas, j’ai également vécu des émotions à la hauteur de mes attentes. Non seulement, le rallye m’a permis de vivre des sensations fortes, notamment grâce à la solidarité féminine, mais aussi de sortir d’un milieu masculin assez… prégnant (rires) ! »

 

 

« Jamais rien n’est impossible »

Avec ce sens de la dérision et une propension à balayer tout ce qui est « toxique » ou futile, cette mère de deux enfants, qu’elle élève seule, a tracé sa route. Forte de la conviction que « jamais rien n’est impossible », comme une ode à la vie et à l’émancipation, malgré les périodes « creuses », les moments de doute et de galère, qui ont jalonné son parcours, que ce soit professionnellement ou sur le plan privé. Des expériences plus ou moins réussies, dont Fatiha Bouikannaoui a toujours tiré profit pour apprécier d’autant plus les instants de grâce. « C’est aussi dans l’adversité qu’on se construit. Et la confrontation et l’échange te permettent de t’enrichir. »

Elle n’a que 18 ans lorsqu’elle entreprend, dans le Périgord, un chemin professionnel aussi sinueux qu’audacieux. Armée d’une volonté farouche de travailler dans le technique et la mécanique, la jeune femme se heurte très vite aux mœurs de l’époque et aux difficultés faites aux femmes dans ces domaines. Bien qu’elle ait réussi le concours de monteur électricien, Fatiha ne sera pas recrutée. « Sur place, on a cependant fait preuve de bienveillance à mon égard. Et on m’a conseillé de postuler en centrale. Ce que j’ai fait. En attendant, j’ai passé un BEP MSMA [maintenance des systèmes mécaniques automatisés, ndlr] dans une entreprise qui m’a proposé un CDI. Je venais d’avoir mon premier enfant, mais j’ai pris le risque de refuser ! »

©Eric Raz/CCAS

Ou quand oser dire non ouvre paradoxalement le champ des possibilités. Celle d’être finalement recrutée au CNPE du Blayais en tant qu’apprentie. Ce sera pour Fatiha et son fils deux ans d’allers et retours entre la Gironde et Montereau-Fault-Yonne, près de l’école des métiers EDF de Gurcy (Seine-et-Marne) – là où la jeune mère doit faire ses classes – et dont elle sortira major de promo.

Ce début de carrière se révèle aussi cocasse que difficile pour la jeune apprentie. Sur la fiche de contact, à Gurcy, il est marqué… « Monsieur » Bouikannaoui ! Une risible méprise qui ne va cependant pas décourager l’élève, dont le courage et la force de conviction vont aimanter les meilleures intentions en retour. Celle qui conçoit depuis toujours la solidarité et la justice « non comme un combat, mais comme une évidence » va bénéficier de la solidarité et de l’altruisme de ses pairs, pour pouvoir finir sa scolarité « plus sereine ».

Ne jamais subir sa condition

Elle débute enfin au Blayais en 1999 une carrière brillante (« sans vouloir être carriériste »), oscillant entre détermination et contre-pieds, pour imposer son style, sa personnalité. De l’automatisation à la conduite – des services essentiellement masculins où « il était difficile d’être une femme, au début des années 2000 » – jusqu’à aujourd’hui, Fatiha n’a jamais subi sa condition.

En réponse à toute injustice, elle argumente, défend ses droits, parfois « sans mettre de gants » mais avec une sincérité qui force le respect. Avec toujours autant d’énergie que de reconnaissance envers un passé pourtant pas si simple. « Quels qu’ils soient, les défis relevés et les expériences de vie diverses nous enrichissent toujours plus. » Des principes et des certitudes qu’elle a dernièrement propagés, avec humilité et respect, jusque dans le désert marocain.

 

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