Francofolies de La Rochelle : des chansons et des discours

Jean Thévenin alias Jaune, découverte du Chantier des Francofolies de La Rochelle 2019, lors de la soirée d’ouverture CCAS-CMCAS. ©Julien Millet/ CCAS

Les chantiers des Francofolies de La Rochelle fêtent leurs 30 ans cette année ! Aperçu de la soirée d’ouverture du festival, organisée par la CCAS et la CMCAS La Rochelle, et entretien avec Jaune, alias Jean Thévenin, artiste baroque et ancien intervenant musique dans les colos CCAS, qui a illuminé les vacanciers du camping Le Soleil.

Dans la chaude lumière de cette fin d’après-midi, les équipes du camping Le Soleil s’activent. Vêtus du tee-shirt bleu Caraïbes des Activités Sociales, Jean-Claude Daudin, responsable principal du centre de vacances, et Luc Vedie, son adjoint, peaufinent les derniers préparatifs. Dans un coin, la machine à barbe à papa exhale son parfum sucré de fête foraine.

À 18 heures, l’espace est rempli d’une foule bigarrée et souriante. Jean-Claude et Luc ouvrent le bal des discours. Le temps d’une pause musicale, la voix suave de Chine Laroche, artiste découverte par les Chantiers des Francos, enveloppe des spectateurs visiblement sous le charme.

Puis c’est au tour de Sandrine Rebuttini, présidente de la CMCAS La Rochelle, de prendre le micro :

“Fondé sur une démarche de découverte, notre partenariat avec le festival des Francofolies permet à de jeunes artistes d’être repérés et soutenus à travers le chantier des Francos, mais aussi d’initier les plus jeunes à la pratique de la chanson à travers les Francos Éduc. Car c’est bien l’avenir de notre société qui se dessine avec [eux].”

Lucien Blanchet, 69 ans, retraité de RTE, et sa femme Michèle, 77 ans, retraitée des magasins Printemps, approuvent. Ils sont venus en voisins, de Saintes. C’est leur troisième édition des Francos.

Le discours de Nicolas Cano, président de la CCAS, prend une tournure plus politique :

“Le projet Hercule (…) qui prévoit une scission d’EDF (…) menace directement l’avenir du statut des agents mais aussi des Activités Sociales.”

Le président prêche des convaincus : Gilbert Dupuy, 50 ans, technicien Enedis à Bayonne, est soucieux. “Demain, avec ce projet du gouvernement, il sera beaucoup plus compliqué de maintenir notre politique culturelle et le lien social apporté par nos institutions, peste-t-il. Sans parler du retentissement économique sur les régions [si la CCAS réduit son activité].”

Malgré les inquiétudes, le groupe Jaune saura redonner du baume au cœur des spectateurs. Les jeunes de la colo Francos voile improvisent une chorégraphie sur les rythmes électroniques chaloupés de Jean Thévenin, batteur et chanteur virtuose. Pour eux, les vacances ne font que commencer.


Jaune : “Les gens en vacances sont plus ouverts qu’à Paris”

©Julien Millet/ CCAS

Qu’avez-vous appris sur les Chantiers des Francos ?

J’avais déjà fait les Chantiers des Francos, mais en tant que batteur de François and The Atlas Mountains et avec Robin Leduc (artiste invité des rencontres culturelles de la CCAS en 2012 et 2013, ndlr). Quand j’ai envoyé un dossier pour Jaune, j’ai eu la chance d’être sélectionné. Les Chantiers sont un sacré bel endroit pour pouvoir réfléchir à son projet, travailler la voix, le chant, le rapport au corps… Choses dont j’avais besoin car tout cela était encore à l’état d’ébauche chez moi. Ils m’ont aidé à prendre confiance et à assumer.

Vous partez bientôt sur les routes à la rencontre des agents et de leurs familles dans les centres de vacances CCAS. C’est votre première expérience du genre ?

C’est ma première expérience du genre, mais j’ai déjà été en contact avec la CCAS : en 2013, un copain m’a proposé d’être intervenant en musique dans des colos CCAS à Paris. Jouer dans les centres de vacances est très stimulant, car les gens sont dans un autre état d’esprit. Ils sont en vacances, et plus ouverts qu’à Paris. Le public n’est pas acquis, comme ceux qui paient leur place de concert. Mais j’aime que les gens ne s’attendent à rien et pouvoir les surprendre. Comme les paroles de mes chansons sont un peu mystérieuses, il faut aller chercher les gens en faisant le pitre ou par la danse, le mouvement. De cette façon, j’essaie de les emmener avec moi pour qu’on passe un moment suspendu, ensemble.

Concert de Jaune au camping Le Soleil. ©Julien Millet/ CCAS

Vous vous rêviez enseignant chercheur, paraît-il. Aujourd’hui vous êtes batteur, chanteur et compositeur… Comment passe-t-on de la recherche à la scène musicale ?

Quand j’étais à la fac, j’ai commencé une thèse intitulée “Esthétique et science de l’art”. J’adorais ça et je voulais y passer ma vie ! Mais je n’avais pas de bourse, et j’ai commencé à me faire payer pour jouer de la musique (Jean est un “acharné” de la batterie depuis son adolescence, ndlr), alors que j’ignorais qu’on pouvait gagner sa vie comme ça ! Puis j’ai obtenu mon statut d’intermittent du spectacle, et comme cette vie me plaisait…

Lorsqu’on vous écoute pour la première fois, vos mélodies synthétiques rappellent celles d’Étienne Daho. Or, François and the Atlas Mountains et Melody’s Echo Chamber, deux autres groupes dont vous faites partie, ont été cités dans l’exposition “Daho l’aime pop” à la Philharmonie de Paris en 2018. Fait-il partie de vos influences musicales et sinon quelles sont-elles ?

J’aime bien Étienne Daho, mais je ne le citerais pas directement dans mes influences musicales. Je me sens plus proche de Christophe, dans le domaine de la chanson électronique, pour le côté recherche musicale. Il a déclaré un jour : “Je n’aime pas chanter, ce qui m’intéresse, c’est la réverb et les chambres d’écho” (effets ajoutés sur un enregistrement pour donner une impression d’écho, ndlr). Ça, ça me parle. Parmi les artistes étrangers, je citerai les groupes américains The Notwist et Animal collective ; la musique brésilienne d’Antonio Carlos Jobim.

Vous commencez déjà à avoir une petite notoriété internationale…

Oui ! J’ai eu la chance d’être cité sur le blog belge High Clouds, le blog allemand We love that, ou sur un site japonais…

Et donc, avec quels artistes étrangers aimeriez-vous collaborer ?

Bonne question ! Je dirais un artiste américain d’origine chilienne, Helado Negro. J’adore les rythmes latinos. J’ai composé une chanson sur Buenos Aires après avoir passé un mois là-bas. J’y ai beaucoup aimé le rythme de vie, les gens, l’architecture, c’était très inspirant.

Vous déclarez dans le portrait vidéo réalisé par votre label La Souterraine : “Avant je trouvais que la chanson française c’était de la musique de vieux.” Qu’est-ce qui vous a fait basculer du “côté obscur” ?

C’était la musique de mes parents ! Ma mère chantait beaucoup du Barbara, et écoutait Brel, Brassens et Ferré. Ado en rébellion, je les écoutais malgré moi, en quelque sorte… J’aime la langue française – Flaubert, Hugo – mais je l’ai rejetée pendant longtemps parce qu’elle était liée à l’école. Aujourd’hui, je considère qu’ils m’ont influencé. Parmi les contemporains, j’apprécie Dominique A, JP Nataf ou Mathieu Bogaerts

Dans cette même vidéo, vous dites également : “La difficulté avec la création, c’est que parfois je ne fais rien.” C’est un problème de ne rien faire parfois ?

Non, ce n’est pas un problème en soi. Je peux passer une journée entière en studio, expérimenter des choses, brancher des machines sur d’autres machines, jouer avec la matière du son. Mais parfois le soir, je jette tout à la poubelle et j’ai l’impression de n’avoir rien produit. J’aimerais parfois pouvoir fabriquer quelque chose de concret – une chaise, une table ! (rires) – et la musique reste quelque chose d’évanescent.

Pour composer votre dernier EP, vous avez choisi de travailler sur un piano Klein pour enfants, désaccordé qui plus est. Pourquoi ce choix, plutôt qu’un piano classique ?

J’ai monté un studio d’enregistrement à Paris avec des copains, qui ont ramené des instruments électroniques et un seul acoustique : ce piano Klein. Je ne suis pas vraiment pianiste, et ce petit piano d’étude était moins intimidant qu’un modèle à queue. Il me donnait très envie de jouer, de bricoler dessus…

Dans votre album précédent, dans une chanson aérienne et très romantique, “le Plancton”, vous parlez… d’amour.  Une fascination pour la biologie sous-marine ?

Ah, ça ! Cela fait référence à un souvenir : on s’est baignés de nuit à l’île d’Oléron avec les autres membres de François and the Atlas Mountains. Et lorsque mes copains nageaient sous l’eau, je voyais un liseré de lumière qui cernait leur corps. Quand j’ai voulu écrire une chanson d’amour, cette image magnifique m’est revenue en tête. Cette masse lumineuse et mouvante m’a évoqué ce que l’on peut ressentir physiquement, dans son ventre, lorsqu’on est amoureux.


Retrouvez Jaune dans vos centres de vacances

Jaune sera le 12 juillet à Carcans-Maubuisson, le 13 juillet à Arès, le 15 juillet à Biscarrosse-Le Vivier, le 16 juillet à Sanguinet, le 17 juillet à Moliets, le 18 juillet à Port d’Albret, le 19 juillet à Seignosse.

Retrouvez Jaune sur facebook.com/jaunemusic


Pendant vos vacances : cet été, 1200 rencontres culturelles sont programmées
dans les centres de vacances et les colos de la CCAS

Programme complet à découvrir sur ccas.fr > rubrique Culture et Loisirs, et dans la brochure ci-dessous.

 Rencontres culturelles 2019

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