Grandes grèves de 1919 : une syndicalisation croissante

©Frédéric Guyot/ CCAS

Au printemps 1919, plusieurs revendications du mouvement social sont adoptées, notamment pour les gaziers et les électriciens. La syndicalisation du pays en ressort galvanisée. C’est le deuxième épisode de notre chronique sur les grandes grèves de 1919.

Le drame du 1er mai 1919 à Paris, marqué par l’assassinat par la police de l’ouvrier électricien Charles Lorne, ne met pas fin au mouvement revendicatif qui saisit le pays (lire le premier épisode de la chronique). Le 25 mai, une puissante manifestation ouvrière parcourt Paris pour commémorer l’écrasement de la Commune par les versaillais. L’événement n’est alors distant que de moins d’un demi-siècle et d’anciens communards sont du rassemblement. Dans un contexte européen où renaît l’espoir révolutionnaire, leur présence galvanise le cortège.

Le syndicalisme connaît alors une croissance spectaculaire. La CGT comptait 360 000 adhérents en 1913. La guerre et l’Union sacrée mettent fin à la vie syndicale, mais cette dernière redémarre de plus belle dès les hostilités conclues. La confédération compte 600 000 adhérents en 1918, et deux fois plus l’année suivante.

Les gaziers et les électriciens se réorganisent

Électriciens et gaziers sont nombreux parmi les nouveaux membres du syndicat, encouragés qu’ils sont par leurs victoires. Les ouvriers du gaz de Paris gagnent par exemple, à la suite de leurs luttes de février 1919, douze jours de congés payés annuel.

En juillet de la même année, ce sont les électriciens de la Compagnie de production et de distribution de l’électricité de Paris qui gagnent dix jours de congés annuels, qu’obtiendront à leur tour quelques semaines plus tard leurs collègues de banlieue. Le même mois, ce sont les électriciens de Bordeaux qui obtiennent que leur compagnie passe en régie municipale, ce qui leur permet de bénéficier de douze jours de congés annuels.

Ces victoires se traduisent aussi en termes d’organisation. En mai 1919, la fédération CGT de l’éclairage tient son congrès, le premier depuis la déclaration de guerre de 1914. Signe des temps, et de l’évolution des techniques, les électriciens prennent une place croissante dans la direction d’une fédération jusque-là tenue principalement par les gaziers.

La fédération change à l’occasion de ce congrès de nom pour devenir la Fédération de l’éclairage et des forces motrices (son premier journal paraîtra au mois d’août), forte de 69 syndicats. Selon les décomptes de l’historien René Gaudy, les plus importants sont, de très loin, le Gaz de Paris (9 473 syndiqués) et de banlieue (2 500 syndiqués), suivis de la Production Électrique Seine (1 260 syndiqués) et de Lyon Gaz (“les Porteurs d’énergie”, Le Temps des cerises, 2006).

Ce congrès syndical est aussi le premier à mettre en avant la revendication d’une nationalisation de l’énergie.

Réformistes contre révolutionnaires

Les discussions sont cependant très vives au sein du mouvement syndical entre tenants du réformisme et partisans d’une ligne révolutionnaire que semblent renforcer les événements européens, dont la révolution russe.

Symbole de ces contradictions, le gazier Raphaël Ruhl est élu secrétaire général de la fédération. Mais ce dernier sera candidat aux législatives de novembre sur une liste “bleu horizon”, patriotique et de droite, ce qui lui vaudra d’être révoqué de son mandat par ses camarades.

L’intense mouvement de syndicalisation qui marque le printemps 1919 conduit aussi à de belles luttes. “Le risque d’envoi au front n’existant plus, la mobilisation peut s’étendre librement”, note l’historien Julien Chuzeville (“Un court moment révolutionnaire”, Libertalia, 2017).

La centrale électrique de Valenciennes se met en grève pour demander des augmentations de salaires en juin. Le mois suivant, c’est celle de de Brest qui débraye pour protester contre des révocations de salariés temporaires. À Nîmes et Sète, les ouvriers du gaz cessent aussi le travail pour obtenir du patronat l’application effective de la journée de 8 heures. Partout en France, les ouvriers se mobilisent pour obtenir de meilleures conditions de travail et de vie.

Et pourtant le mouvement fit pschitt. Les grandes grèves du printemps 1919 ne débouchèrent sur aucun acquis social majeur. Mais sont à l’origine de belles améliorations des conditions de travail, notamment dans le secteur du gaz, de l’électricité et de l’éclairage public, et ont formé une nouvelle génération de cadres syndicaux qui furent à la manœuvre des grandes grèves du Front populaire.

Chronique : les grandes grèves de 1919

Oubliées de la mémoire collective, les grandes grèves du printemps 1919 furent les plus puissantes jamais organisées jusqu’alors par le mouvement ouvrier, avec 2 000 grèves mobilisant 1,4 million de grévistes, quatre fois plus que lors du mouvement de 1906.

Et si elles ne furent pas victorieuses, elles contribuèrent à former une génération de militants qui donnera sa pleine mesure durant le Front populaire.

Prochain épisode
Grandes grèves de 1919 : une nouvelle génération militante

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