Hura Mirshekari, artiste en exil : « Lorsque nous créons ensemble, nous nous sentons vivants »

Hura Mirsherkhari, artiste plasticienne d’origine iranienne, en résidence au village vacances de Savines-le-Lac, du 13 au 19 février 2022. ©Stéphanie Boillon/CCAS

Menacée par le régime iranien, la plasticienne Hura Mirshekari est une « artiste en exil ». Accompagnée en France par l’Atelier des artistes en exil (AA-E), partenaire de la CCAS, elle est venue dans ce cadre en résidence artistique au village vacances de Savines-le-Lac (Hautes-Alpes) durant les vacances de février, pour y réaliser une fresque collective avec les vacanciers.



Pourquoi avez-vous quitté l’Iran ?

Hura Mirshekari : L’Iran est un pays dangereux pour les artistes. Mon mari et moi risquions la peine de mort. Je suis peintre, et mon travail porte en particulier sur les « limitations », les restrictions qui sont imposées aux femmes, sujet ô combien délicat ! Mon mari [le sculpteur Mehdi Yarmohammadi, ndlr] est lui aussi artiste, et il réalise des sculptures très modernes, abstraites, dont on ne saisit pas le sens immédiatement, ce qui dérange les autorités.

En Iran, tout est politique, l’art comme le reste : le gouvernement pense donc que l’art véhicule des messages politiques. Et s’il n’apprécie pas l’œuvre, il peut y trouver n’importe quel sens politique pour la condamner. Or, un artiste a besoin de liberté pour créer. Lors de ma première année en France, j’avais tellement intériorisé cette censure que je ne parvenais pas à travailler.

Comment avez-vous été accueillie par l’Atelier des artistes en exil ?

Je suis arrivée le 4 mars 2016, en compagnie de mon mari. Les premiers mois n’ont pas été faciles. Puis nous avons été contactés par Judith Depaule et Myriam Gherbi (respectivement directrice et responsable du pôle Action culturelle de l’Atelier des artistes en exil-AA-E, ndlr). Grâce à elles, le ministère de la Culture nous a accordé une bourse pour travailler à la Cité internationale des arts (Paris) pendant deux ans. J’ai ainsi pu poursuivre le travail que j’avais commencé en Iran, sur le thème du féminin. J’y ai consacré des tableaux et des installations artistiques. J’ai également réalisé des performances, avec d’autres artistes de la Cité internationale des arts ou de l’AA-E, qui pratiquent des disciplines différentes de la mienne, la danse notamment. Cette forme d’art est interdite en Iran car elle s’exprime directement à travers le corps.

Les ados de la colo et les familles du centre de vacances de Savines-le-Lac sont invités à compléter les fresques conçues par Hura Mirshekari, l’une sur le thème de la mère, l’autre sur le thème de la nature. ©Stéphanie Boillon/CCAS

Vous avez composé une fresque murale avec les résidents du village vacances de Savines-le-Lac. Comment avez-vous procédé ?

J’ai proposé au public de s’exprimer sur le thème suivant : « Protéger la nature. » Les gens choisissent en effet la région pour la beauté de ses paysages, et le plaisir d’y découvrir un environnement préservé. J’ai imaginé une fresque conçue sur le principe du « cadavre exquis » : chaque jour, j’ai invité les bénéficiaires à venir peindre sur le thème de la nature et écrire leurs vœux pour l’avenir de la planète. Je masquais ensuite chaque partie peinte de la fresque afin que les participants à l’atelier du lendemain ne puissent pas voir ce qu’avaient fait leurs prédécesseurs. L’intégralité de la fresque n’a été dévoilée que le dernier jour.

Vous sollicitez souvent la participation du public dans vos créations. Pourquoi ce choix ?

Je cherche avant tout à communiquer avec les gens. Ce travail collectif crée un lien puissant, une sorte de connexion entre nous, qui me transmet une énergie folle. Mais cette énergie ne m’appartient pas : je la partage avec eux. À Savines, j’ai peint un autre tableau sur le thème de la mère. Et j’ai demandé aux vacanciers, aux enfants et aux adolescents présents dans les colos sur place d’y inscrire leurs réflexions, leurs émotions, tout ce que leur inspirait cette figure. Leurs textes ont apporté à l’œuvre sa touche finale. Pour faire primer le « nous » sur le « je ».

Je vis un peu la même expérience lorsque je travaille avec les autres artistes de l’AA-E : les échanges culturels entre nous sont extrêmement riches. Nous formons une sorte de grande famille, dont les membres viennent du monde entier. Lorsque nous créons ensemble, nous nous sentons vivants. Simplement vivants.


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L’Atelier des artistes en exil (AA-E)

L’Atelier des artistes en exil se propose d’identifier des artistes en exil de toutes origines, toutes disciplines confondues, de les accompagner en fonction de leur situation et de leurs besoins, de leur offrir des espaces de travail et de les mettre en relation avec des professionnels (réseaux français et européen), afin de leur donner les moyens d’éprouver leur pratique et de se restructurer.

Site internet : aa-e.org

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