Marion Brunet ou le western pour ados façon “girl power”

Marion Brunet, ancienne animatrice de colo et auteure d’ouvrages jeunesse, ira à la rencontre des ados de la CCAS cet été. ©Joseph Marando/CCAS

Son roman-western, “Sans foi ni loi”, destiné aux 13 ans et plus, a obtenu la pépite d’or du meilleur ouvrage de littérature jeunesse au dernier Salon du livre de Montreuil. Marion Brunet, ancienne animatrice et éducatrice spécialisée, rencontrera son public préféré dans les colos CCAS l’été prochain.

Quelle est l’intrigue de votre dernier livre, “Sans foi ni loi” ?

Le roman s’ouvre sur l’enlèvement de Garrett, un jeune fermier qui vit avec ses frères et sœurs sous la coupe de leur père, un pasteur violent et abusif. Un jour, Abigail Stenson, une hors-la-loi recherchée pour braquage de banque, débarque dans la ferme familiale, prend en otage l’adolescent et s’enfuit avec lui pour échapper au shérif et à ses hommes. Durant leur cavale, il va peu à peu sympathiser avec sa ravisseuse, découvrir le monde et, paradoxalement, la liberté. C’est pour lui une sorte de parcours initiatique.

“Je me suis rendu compte qu’il y avait peu de femmes dans les westerns et qu’elles y étaient la plupart du temps cantonnées à des rôles subalternes.”

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire un western “au féminin” ?

Quand j’étais enfant, j’avais l’habitude de regarder avec mon père les westerns qui passaient le mardi ou le dimanche soir à la télé. Je me souviens avoir vu “Rivière sans retour”, avec Marilyn Monroe, et “L’homme qui tua Liberty Valance”, mon western préféré. J’aimais beaucoup ces films mais, un jour, je me suis rendu compte qu’il y avait peu de femmes dans les westerns et qu’elles y étaient la plupart du temps cantonnées à des rôles subalternes, ce qui m’a beaucoup agacée.

Idem pour la littérature. La plupart des grands classiques que j’ai pu lire à cet âge-là, comme les romans de Stevenson et de Mark Twain par exemple, manquaient cruellement de figures féminines fortes. Une de mes envies, quand j’ai écrit ce roman, était de bousculer les codes et de créer des protagonistes féminins qui ne soient pas juste des appendices de personnages masculins ou des faire-valoir. Si j’ai choisi le western, c’est aussi parce que je voulais explorer un nouvel univers et travailler à partir de souvenirs d’enfance.

Vos romans mettent souvent en scène des adolescents en conflit avec leurs aînés. Pourquoi ce choix ?

C’est le propre de l’adolescence de découvrir le monde par soi-même, ce qui occasionne du même coup une distanciation, et parfois même un conflit avec la cellule familiale. Si j’aime autant travailler sur des personnages d’adolescents, c’est parce que je trouve que c’est l’âge qui offre la meilleure illustration de ce qu’est l’émancipation, un autre de mes thèmes de prédilection.

“Ne voir dans la littérature jeunesse qu’une littérature de seconde zone traduit une forme de dédain à l’égard des enfants et des adolescents.”

Marion Brunet a reçu plusieurs prix pour ses quatre derniers romans jeunesse. Ici, avec la pépite d’or du Salon du livre jeunesse de Montreuil, en novembre 2019. ©Joseph Marando/CCAS

Vous avez écrit pour toutes les tranches d’âge. Trouvez-vous que la littérature jeunesse souffre d’un manque de considération ?

Oui, bien sûr, mais je trouve que la situation va en s’arrangeant. Plus globalement, ce manque de reconnaissance pose la question du regard que porte la société sur la jeunesse. Ne voir dans la littérature jeunesse qu’une littérature de seconde zone traduit une forme de dédain à l’égard des enfants et des adolescents, qu’on se borne à considérer comme quantité négligeable.

Heureusement, il y a en parallèle de plus en plus de personnes, que ce soit chez les libraires ou parmi les lecteurs, qui prennent conscience que la littérature jeunesse compte elle aussi des pépites, souvent avec des formes de narration plus détonantes que ce qu’on peut habituellement trouver dans la littérature classique.

Cet été, vous irez dans des colos CCAS pour parler littérature aux ados. Qu’est-ce qui vous intéresse dans ces rencontres culturelles ?

Des colos, j’en ai fait plein quand j’étais enfant. J’adorais ça, au point même de devenir animatrice par la suite. J’ai aussi été éducatrice spécialisée durant quinze ans avant de me consacrer exclusivement à l’écriture. Travailler avec des enfants et des ados, c’est l’occasion d’avoir des retours directs sur ce que notre travail a pu provoquer, je trouve ça très enrichissant. Quant aux rencontres culturelles, elles me permettent de retrouver cette ambiance que j’ai tant aimée, mais aussi de découvrir de nouvelles régions. Ça donne à tout cela une dimension “aventure” qui n’est pas pour me déplaire.



À lire

“Sans foi ni loi”
éd. Pocket Junior, 2019, 220 p., 16,90 euros.

► Ce livre sera également disponible dans la médiathèque sous forme numérique sur ccas.mediatheques.fr


“L’Été circulaire”
Albin Michel, 2018, 272 p., 18 euros.
Jo et Céline, deux sœurs de 15 et 16 ans, errent entre fêtes foraines, centres commerciaux et descentes nocturnes dans les piscines des villas cossues du Midi. Jusqu’à ce qu’un été tout bascule.
Grand prix de littérature policière 2018. Et lauréate du Choix des libraires 2019 polar (prix des lecteurs du Livre de poche).


“Dans le désordre”
Sarbacane, 2016, 256 p., 15,50 euros.
Ils sont sept. Sept qui se rencontrent en manif, dans la révolte, dans le désordre, et se lient d’amitié, refusant la vie calibrée et matérialiste que le monde leur impose.
Prix Libr’à nous du roman ado 2017.


“Frangine”
Sarbacane, 2013, 264 p., 14,90 euros.
Joachim, 17 ans : “Dans ma famille, c’est pas l’amour qui manque, c’est sûr, mais pendant la période que je vais raconter, on a eu chacun nos épreuves – et quatre façons différentes de les affronter.”
Prix Ados en colère 2015 et prix Unicef de littérature jeunesse 2017.

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