Réforme des retraites : une nécessaire mobilisation

Réforme des retraites : une nécessaire mobilisation | Journal des Activités Sociales de l'énergie | 88886

L’interfédérale des Industries électriques et gazières entre dans la lutte contre la réforme des retraites le 19 janvier. ©Frédéric Guyot/CCAS

Passer du choc à l’engagement individuel et à l’action collective : c’est tout l’enjeu de la journée du jeudi 19 janvier, premier temps fort d’opposition à la réforme des retraites annoncée par le gouvernement.

Le constat est indéniable : le gouvernement d’Élisabeth Borne a échoué dans son travail de concertation avec les organisations syndicales. Les huit confédérations du pays appellent l’ensemble des travailleurs à prendre la parole et à passer à l’action pour s’opposer à l’adoption et à la mise en œuvre du projet de réforme des retraites : dire non au report à 64 ans de l’âge de départ à la retraite et à l’augmentation du nombre de trimestres travaillés. Dans les Industries électriques et gazières (IEG), c’est la suppression pure et simple du régime spécial qui est au menu.



Autre constat sans équivoque : la bataille de l’opinion est, elle aussi, perdue pour le gouvernement. Un sondage publié dans « Le Journal du dimanche » le 15 janvier confirme la tendance enregistrée après les annonces de la Première ministre Elisabeth Borne : 68 % des personnes interrogées par l’Ifop sont opposés à l’allongement de la durée du travail et de cotisation.

Dos au mur, les pouvoirs publics ont d’ores et déjà calibré les débats parlementaires : le projet de loi de financement rectificatif de la Sécurité sociale sera présenté au Conseil des ministres du 23 janvier, pour arriver à l’Assemblée nationale le 6 février. Le gouvernement ne renonce pas à l’idée d’utiliser, pour la onzième fois depuis l’ouverture de cette nouvelle législature, le 49.3. Après passage au Sénat, l’objectif est que la « loi rectificative » entre en application au 1er septembre prochain.

Au sortir de trois ans de bataille contre le projet Hercule et son dessein de démantèlement du service public de l’énergie, puis en faveur d’une revalorisation des salaires, les salariés des IEG doivent défendre, cette fois, leur régime de retraite, un des éléments capitaux de leur contrat de travail.

L’intersyndicale unie contre la réforme

Les syndicats des IEG, réunis en interfédérale lundi 16 janvier, dénoncent d’une seule voix une réforme qui concerne « tous les salariés actuels et futurs de nos industries » : « contrairement à ce que dit le gouvernement, elle n’est pas juste, et sa brutalité n’est pas justifiée. Le report de l’âge légal de départ à la retraite, à lui seul, est inacceptable. », indiquent les fédérations dans un communiqué publié le 17 janvier.

« Notre régime ne coûte rien aux usagers : je pense ici à la Contribution tarifaire d’acheminement (CTA), qui est compensée par une baisse des tarifs, explique Claude Martin, secrétaire fédéral FNME-CGT et délégué syndical de la branche des IEG. Il ne coûte rien non plus au régime général, auquel nous contribuons. Inversement, la fermeture de notre régime ne rapportera rien. » Claude Martin alerte : « Nous entrons dans un moment historique. Notre régime est adossé au régime général depuis 2005. Tout ce que contient cette réforme nous impactera. On le voit depuis dix ans, avec le report de l’âge de départ des collègues actifs ou sédentaires confrontés à l’allongement des cotisations ».



Quant à la « clause du grand-père », censée épargner les salariés actuellement en poste, « il n’y a pas de quoi rassurer, souligne Claude Martin. Que deviendront les dispositions statutaires, faute des ressources financières nécessaires à leur application ? » En effet, les nouveaux embauchés ne cotiseront plus au régime spécial des IEG, mais les pensionnés de demain y auront encore droit, il y aura donc potentiellement plus de pensionnés que de cotisants. Mais l’angle mort de cette réforme du financement des retraites, c’est celui de la contribution du capital : que deviennent les « 80 milliards de dividendes versés aux actionnaires en 2022 par les entreprises du CAC 40 – du jamais vu selon les experts, depuis 2003 » ? « Pour nous, continue Claude Martin, il n’y a pas d’alternative : le combat va s’engager jusqu’au retrait de la réforme ».

« Notre opposition est totale à l’allongement des cotisations et l’augmentation de l’âge légal de départ, souligne pour sa part Alain Colly, secrétaire syndical central CFDT d’EDF SA. Concernant notre régime, il est à l’équilibre, et même excédentaire, depuis qu’il a été adossé au régime général. Le supprimer est un non-sens, et ce n’est pas la ‘clause du grand-père’ qui va nous rassurer ! Les jeunes recrutés à partir de septembre 2023 n’auraient hélas plus le même contrat social que les agents actuels. Les plus anciens ne devraient pas être rassurés non plus, puisque le régime sera privé peu à peu de cotisants, donc de ressources pour assurer le versement des retraites. » Pour Alain Colly, « cette réforme est le contraire de ce que nous défendons à la CFDT en matière de retraite depuis vingt ans : elle est brutale, injuste, et exclut les nécessaires débats de fond sur l’emploi des séniors, la pénibilité, les carrières longues, la correction des inégalités ». Et d’ajouter que la situation financière du régime général, présentée par le gouvernement comme raison d’être de la réforme, ne justifie aucune urgence « à mener la pire des réformes qu’on pouvait imaginer ». L’élu sent une colère froide dans la population et les salariés. « Nous souhaitons qu’elle s’exprime, et que la mobilisation à laquelle l’interfédérale des IEG les appelle à participer, notamment jeudi 19 janvier, soit au plus haut niveau. »

Du côté de la FNEM-FO, on est aussi catégorique : « le gouvernement doit retirer son projet archaïque d’allongement de la durée de travail et de cotisation ». Et la fédération d’affirmer que la France a besoin au contraire d’un grand projet collectif « permettant de relancer son économie pour reconquérir sa souveraineté alimentaire, industrielle, énergétique ! » Un projet qui, selon la FNEM-FO, doit s’appuyer sur l’augmentation des salaires des agents. Ainsi exige-t-elle « l’arrêt des politiques de filialisation et d’externalisation ; l’application du statut à tous les salariés des filières Énergies renouvelables (EnR) ou des commercialisateurs alternatifs, et le développement de l’emploi statutaire en s’engageant dans la transition écologique par la relance de la filière nucléaire, du potentiel hydraulique, une filière EnR française, hydrogène, biogaz et gaz renouvelables ».

« Le gouvernement veut faire croire aux Français que le système actuel est déséquilibré et va à sa perte en laissant une dette abyssale aux générations futures. Il ment ! s’insurge Amélie Henri, déléguée centrale de la CFE-Énergies à EDF. Il y a en France 180 milliards de réserves accumulées dans les différents régimes de retraite ! ». Ainsi, « rien que ce postulat suffit à la CFE-Énergies pour dire : non ». Pour la CFE-Énergies, le régime spécial des IEG est un « véritable outil de fidélisation des compétences dans la durée, et d’attractivité vis-à-vis des nouveaux embauchés, au moment où les défis que doit relever la filière nucléaire, en particulier, sont immenses ». Amélie Henri rappelle que « la Cnieg a dégagé un excédent de 210 millions d’euros, et ne coûte donc absolument rien à la collectivité ». Et de prévenir : « Si on laisse se dessiner la fin du régime spécial des IEG au travers de la ‘clause du grand-père’, c’est, au final, tout le statut des IEG qui sera en danger […] c’est donc une ligne infranchissable ! » Jeudi 19 janvier, « au sein d’une intersyndicale aussi unie que lors du combat contre Hercule » souligne Amélie Henri, « la CFE-Énergies sera dans la rue, pour faire reculer cette réforme dans toutes ses composantes ».


Pétition Retraites : non à cette réforme injuste et brutale !

L’intersyndicale mobilisée contre la réforme :
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