[Vidéo] Plan pauvreté : “Ce qui nous préoccupe, c’est ce que les gamins ont dans l’assiette”

Les étudiants, particulièrement précarisés pendant les périodes de confinement, bénéficient de la distribution de fournitures scolaires et de nourriture par le Secours Populaire français. Ici, en septembre 2020. ©Christophe Da Silva/SPF

Henriette Steinberg accueille avec beaucoup de réserve le plan d’urgence contre la pauvreté annoncé le 24 octobre par le Premier ministre. À travers la voix de sa présidente, que nous avons rencontrée à la veille du confinement, le Secours populaire français, partenaire de longue date des Activités Sociales, en appelle à “une mobilisation populaire de toute première importance”.



Comment réagissez-vous au plan d’urgence contre la pauvreté annoncé samedi 24 octobre par le Premier ministre ?

Henriette Steinberg – Le Secours populaire est une association de terrain, et nous étudions de façon précise comment ces mesures vont concerner concrètement les populations que nous soutenons.

Par exemple, il est indiqué dans ce plan que des moyens importants vont être mis en œuvre pour le soutien au numérique. Cette question est, pour nous, extrêmement importante. Alors qu’on nous annonce la digitalisation de l’action publique en 2022, nous pensons qu’il est urgent de faire en sorte que les familles, les enfants, les adolescents et les étudiants disposent des moyens numériques qui leur permettent de construire non seulement leurs connaissances mais aussi leur avenir.

On nous a expliqué que les services publics allaient être fermés parce qu’on allait trouver des solutions digitales. Or, nous avons vu les conséquences de ces décisions pour les populations. Il est temps de s’en préoccuper.

Que pensez-vous des mesures en faveur du logement et de l’alimentation contenues dans le plan du gouvernement ?

Henriette Steinberg – Il y a des choses intéressantes, mais ce plan soulève beaucoup d’interrogations, notamment en ce qui concerne l’alimentation. Nous sommes sérieusement intrigués par le fait qu’en ce moment, la grande distribution semble être en train de refaire du stock alors que nous n’avons toujours par reçu les produits de la part du Fonds d’aide aux plus démunis. Ce fonds nous avait permis de constituer un stock et de passer la première période de confinement.

Avec la deuxième vague de l’épidémie, si les produits sont accaparés par la grande distribution, comment allons-nous disposer des moyens dont nous avons besoin ? Autrement dit, sur le plan théorique, beaucoup de choses sont intéressantes, mais nous attendons de voir les résultats concrets sur le terrain, dans les départements. Dit de façon tout à fait brutale : la preuve du pudding, c’est qu’on le mange !

Distribution d’ordinateurs par les bénévoles du Secours populaire français, septembre 2020. ©Pascal Montary/SPF

Le gouvernement n’a pas accordé le RSA aux moins de 25 ans, contrairement à ce que demandaient plusieurs associations. Quelle est votre position ?

Henriette Steinberg – La puissance publique prend ses décisions et nous ne lui disputons pas ses prérogatives : elle est là pour ça. Le Secours populaire ne s’est jamais positionné pour une mesure ou pour une autre. Les seuils des aides sociales sont extrêmement bas et ne permettent pas aux gens de se nourrir correctement. Nous, ce que nous regardons, c’est ce que les gamins ont dans l’assiette. Qu’est-ce qui fait que, depuis les années 1970, le Secours populaire se bagarre pour disposer de produits alimentaires ? D’un seul coup, on s’aperçoit que les jeunes n’ont rien. Avec ou sans le RSA, cette situation reste inacceptable !

Pour nous, la solution ne se limite jamais à de l’assistance. La démarche du Secours populaire, c’est la solidarité. Nous aidons les personnes à prendre en main leur destin, à ne pas avoir honte, à se sentir comme les autres. Nous souhaitons surtout qu’elles sortent de la situation dans laquelle elles se trouvent. Et cela ne peut se faire que par une mobilisation populaire de toute première importance.

Depuis le début de la crise sanitaire, beaucoup de jeunes sont venus frapper à la porte du Secours populaire…

Henriette Steinberg – Oui, et c’est de plus en plus le cas. En particulier les étudiants, ceux qui travaillaient quelques heures dans les magasins, dans les restos, qui faisaient du baby-sitting… Tous ces petits boulots ont disparu, tout comme bon nombre d’emplois saisonniers, de missions d’intérim et de CDD. Les étudiants se sont donc retrouvés tout à fait démunis.

D’autant plus qu’avec le confinement, les restaurants universitaires ont été fermés. Du coup, certains ne pouvaient plus manger du tout. Nous avons donc déployé plus largement les “Solidaribus”, mis en place bien avant le Covid, afin d’apporter des produits alimentaires à la porte des universités. Mais nous avons aussi vu arriver beaucoup de jeunes venus chez nous pour aider les autres ! Plus de 25 % de nos nouveaux bénévoles sont des jeunes.

Distribution alimentaire aux étudiant·es à Saint-Denis par le Secours populaire français, avril 2020. ©Pascal Montary/SPF

Quelles autres actions avez-vous mises en place face aux conséquences sociales du Covid-19 ?

Henriette Steinberg – Sur la période du premier confinement (de mars à mai), le nombre de personnes que nous avons soutenues a augmenté de 45 %. Les difficultés des nouveaux bénéficiaires sont accentuées par le fait qu’ils n’auraient jamais imaginé se retrouver un jour dans une telle situation. Depuis le début de cette crise, nous nous sommes beaucoup déplacés au domicile des mamans qui vivent seules avec leurs enfants.

Avec l’école à distance, il a aussi fallu renforcer le soutien scolaire. Les devoirs ont été imprimés, scannés et envoyés aux enseignants depuis nos locaux. Nous avons utilisé de grandes quantités de cartouches et de papier ! Cela a permis de faire en sorte que les gamins ne décrochent pas.

Nous avons également acheté beaucoup plus de produits d’hygiène et d’articles pour bébés qu’auparavant. Et puis nous avons apporté aux familles des jeux et des livres. Car ce n’est pas parce qu’on est enfermé chez soi qu’on doit en plus s’ennuyer et rester derrière son écran.

Enfin, dès que le confinement a pris fin, nous avons inventé ce que nous avons appelé les “Journées bonheur” pour faire en sorte que les gamins, à proximité de leur domicile, puissent découvrir de nouveaux lieux, sortir, rire, jouer au ballon et avoir de l’espace. C’est important d’offrir des moments plus souriants aux enfants. Avec l’expérience du premier confinement, nous espérons être encore plus efficaces face à la deuxième vague de Covid que nous vivons.

L’accès aux vacances pour tous est l’un des fondements du partenariat entre les Activités Sociales et le Secours populaire français. ©Christophe Da Silva/SPF

Craignez-vous une hausse de la précarité énergétique dans les prochains mois ?

Henriette Steinberg – Il n’y a pas de mystère : si les gens n’ont pas d’argent, soit ils coupent le chauffage (quand ils ont la possibilité de le faire), soit ils sont en très grande difficulté pour régler leurs quittances. C’est un sujet qui nous préoccupe beaucoup. Il existe un Secours populaire des électriciens et gaziers depuis fort longtemps. De nombreuses personnes font appel à nous parce qu’elles ont des difficultés pour régler leur facture d’énergie. Ça nous arrive très souvent d’intervenir auprès des créanciers pour demander qu’on ne coupe pas le courant.

Certes, il existe des dispositifs, des chèques énergie, mais au regard de l’augmentation du nombre de personnes en difficulté, les outils utilisés jusque-là vont vraisemblablement devoir être sérieusement renforcés.

Que peuvent faire les électriciens et gaziers pour soutenir le Secours populaire ?

Henriette Steinberg – Les électriciens et gaziers soutiennent depuis des décennies le Secours populaire. Notamment la CCAS, quand elle accueille dans ses centres de vacances des gamins qui, sinon, ne partiraient pas. Donc nous savons à quel point ils sont généreux et très liés au Secours populaire.

La vérité, c’est que nous avons besoin de plus d’argent, de plus d’accueil, de plus de possibilités pour aider les personnes en difficulté. Dans d’autres pays du monde, les gaziers et électriciens soutiennent aussi des programmes d’accès à l’eau, d’installations photovoltaïques pour que les gamins aient de la lumière le soir dans des villages où il n’y a pas d’électricité. Nous espérons qu’ils vont non seulement rester généreux, mais aussi convaincre d’autres personnes de se joindre à cet effort de solidarité.


Donner, devenir bénévole : comment agir

La Fédération nationale des électriciens et gaziers (Fneg) du SPF compte environ 5 550 donateurs réguliers et 270 bénévoles, répartis dans huit comités régionaux.

Vous pouvez aider financièrement la Fneg en la sélectionnant dans la liste déroulante “Je destine mon don”, dans le formulaire de don du site du Secours populaire :

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Fédération nationale des électriciens et gaziers du SPF
40, rue Gaston-Lauriau, 93100 Montreuil
Site Internet : secourspopulaire.fr/fneg

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