Il est des lieux où l’on vient passer des vacances. Et ceux où l’on revient parce qu’ils ont compté dans une vie. Samedi 27 juin, à « La Colomine de las Monges », le village vacances CCAS de Saint-Cyprien, près de 300 personnes ont célébré quatre décennies de séjours, de travail, d’amitié et d’engagement. Et cette idée sociale : les vacances ne sont pas un luxe, mais un droit.
À Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales), dès les premières heures des retrouvailles, pour les 40 ans du village vacances, tout dit la force du lien. Sur les photos exposées, des noms reviennent, un visage retrouve sa place, une décennie répond à une autre. Dans le « confessionnal », chacun raconte face à la caméra un souvenir, une anecdote, une rencontre. Et partout, dans les couloirs, sur la Plaza, dans l’amphithéâtre, la même impression : ici, la mémoire ne dort pas dans les archives. Elle circule encore.
L’aventure de Saint-Cyprien a commencé au début des années 1980, quand la CCAS a imaginé un ambitieux projet de tourisme social sur le littoral méditerranéen. En 1983, un concours d’architectes était organisé et c’est Lionel Bleuset qui l’a remporté avec un projet de « gîte industrialisé Hexa 87 », pensé autour d’un noyau commun.
L’ambition était claire : permettre aux agents des Industries électriques et gazières et à leur famille d’accéder à des vacances de qualité, dans un lieu conçu pour accueillir, rassembler et émerveiller. Sur plus de 12 hectares, l’architecte a imaginé un village ancré dans son territoire catalan, où chaque perspective porte une intention.
Un livre anniversaire de 80 pages rassemble de magnifiques photos et des témoignages précieux sur l’histoire et la vie de ce centre historique des Activités Sociales. À retrouver sur le village vacances et auprès de la CMCAS Aude Pyrénées Orientales.
Un village né pour ouvrir les vacances
C’est ce patrimoine que Julie Picamal, animatrice de la visite historique des lieux depuis 2010, a remis en lumière. Elle a conçu une nouvelle présentation du village vacances, nourrie d’images du chantier et de souvenirs collectés, et l’a prolongée par un livret photo réalisé pour les 40 ans du centre. Car Saint-Cyprien est « bien plus qu’un lieu de vacances », souligne-t-elle : une œuvre pensée pour « éveiller l’imaginaire et susciter l’émerveillement ».
Cette singularité, Pascal Fernandez, directeur du centre depuis 2026, la ressent chaque jour. « Ce que j’aime le plus dans ce village, c’est son architecture folle », confie-t-il. Il évoque un lieu « complètement atypique », que l’on ne voit « nulle part ailleurs ». Piscine, amphithéâtre, Plaza : le décor sert une idée et donne corps à une manière d’être ensemble.
Des souvenirs qui traversent les générations
Les pionniers de Saint-Cyprien prennent la parole. Roger Brusi, premier animateur en 1985-1986 puis directeur adjoint, se souvient des débuts du centre, ouvert avec une équipe réduite : elle était composée d’ »une animatrice et [de] trois personnes en cuisine ». Il raconte les premiers séjours, les retraités qui étaient accueillis en hiver, et cet événement improbable : « Il est tombé de la neige sur Saint-Cyprien en 1986 et 1987 ! » Guy Auger, directeur de 1988 à 1990, garde, lui, le souvenir d’un lieu vivant, jamais figé.
Puis les habitués témoignent. Alain et Chantal Derveaux, vacanciers depuis 1986, incarnent ce lien durable avec Saint-Cyprien. « Quand on arrive ici, on retrouve toujours des amis », disent-ils. Marie-France Wurtz, hôtesse d’accueil de 1986 à 1991, parle d’ »une grande famille ». Certaines rencontres ont changé des vies. Louis « Loulou » Bouisset, ancien directeur adjoint, a rencontré à Saint-Cyprien la personne qui partage toujours son existence. « Quand elle est descendue du train, j’ai eu le coup de foudre », raconte-t-il. Mathieu Tremolet, animateur dans les années 2000, se souvient d’un biathlon avec des personnes polyhandicapées ou polytraumatisées : « une grande fête […] particulièrement émouvante ».
Saint-Cyprien, c’est aussi le lieu de l’enfance pour certains membres du personnel. Pascal Wurtz, Cyril Favier et Yannick Germa y ont grandi avant d’y travailler à leur tour. Leurs souvenirs disent ce que produit un tel site : l’attachement, la transmission, des parcours qui se prolongent d’une génération à l’autre.
« Ici, les vacances ont du fond »
Au fil de la journée, Nathalie Buffet, présidente de la CMCAS Aude-Pyrénées Orientales, donne le sens politique et humain de cette mémoire. Le village vacances incarne une certaine idée des Activités Sociales. « Ici, depuis toujours, on ne parle pas seulement de vacances. On parle de justice », affirme-t-elle. Justice, dignité, solidarité : trois mots pour rappeler que chacun doit pouvoir accéder à une parenthèse de bonheur et être accueilli « avec respect et bienveillance ».
Ces mots ont un écho particulier en 2026, année des 80 ans des Activités Sociales de l’énergie et des 90 ans des congés payés. Laurent Salançon, directeur opérationnel, le rappelle : les Activités Sociales restent « toujours aussi modernes et toujours aussi utiles aux électriciens et gaziers ». Il évoque les investissements engagés et les efforts menés pour la labellisation Clef Verte, référence du tourisme social. Pascal Fernandez, lui, parle des difficultés et des remises en cause. « Notre devoir, c’est de vous rendre heureux », lance-t-il aux bénéficiaires. Pour lui, les Activités Sociales restent un ciment : « Les seules choses qui nous lient tous encore. » Et il martèle avec émotion : « Il y a du fond dans nos vacances ! »
Reste maintenant à écrire un nouveau chapitre. Nathalie Buffet l’esquisse : « Redynamiser le village avec les bénéficiaires de proximité, l’ouvrir à des partenaires sportifs, créer des sections, relancer des activités locales, faire vivre Saint-Cyprien au-delà des seules périodes de vacances. » Autrement dit : ne pas enfermer le village vacances dans la nostalgie, mais le mettre en mouvement.
La journée s’achève en musique avec le groupe Legacy. « Héritage », en anglais. Le symbole était trop beau pour passer inaperçu. Mais, à Saint-Cyprien, ce n’est pas une formule : c’est un fil qui relie les premiers animateurs aux équipes d’aujourd’hui, les souvenirs d’hier aux projets de demain. Durant l’événement, une capsule temporelle, contenant une centaine de messages, a été enterrée. Elle sera rouverte dans dix ans. D’ici là, le village va continuer de faire ce pour quoi il a été imaginé : ouvrir des vacances, fabriquer du lien et donner à chacun le droit de respirer, de rêver et de se sentir chez soi.
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