‘Artes’ crée du lien

Randonnée aux environs de Gérardmer. ©Joseph Marando/CCAS

Laissez tomber “le Routard”, “Lonely Planet” et autres guides. Au centre de vacances Le Herbau à Gérardmer (Vosges), le meilleur guide s’appelle Bertrand Huguenin.


Natif de la région, directeur du centre depuis son ouverture il y a onze ans, Bertrand connaît tous les bons coins, les meilleurs artisans, les activités à ne pas manquer et négociées aux meilleurs tarifs… Toujours disponible, il prend le temps de discuter avec chacun, et ne peut s’empêcher de glisser au passage un ou deux bons mots dans un grand éclat de rire. À l’accueil, un couple de randonneurs amiénois pioche quelques brochures. “Vous pouvez y aller les yeux fermés, lance-t-il. On les connaît tous et on les a tous testés.” On le croit sur parole. Quand il ne s’occupe pas du planning ou de la réception des livraisons, Bertrand accompagne des groupes lors des journées de découverte qu’il organise à la carte.

Très pédagogue, cet amoureux de la nature, brevet d’animation environnement et milieu montagnard en poche, est intarissable sur la formation géologique du massif des Vosges, la drosera, “seule plante carnivore de la région”, ou la composition du repas marcaire au menu long comme le bras : soupe, collet fumé, tofailles, tourte à la viande, fromage frais au kirsch… Un repas typique que Bertrand fait découvrir chez son vieux copain André à la ferme-auberge Huss, perchée dans les alpages sur la route des Crêtes. Un lieu et une ambiance magiques.

Centre de vacance résidence “le Herbau” à Gérardmer. ©Joseph Marando/CCAS

Mixité sociale

Depuis 1989, Artes (Association régionale tourisme éducatif et social) Découverte et Vacances gère une dizaine de centres dont celui du Herbau, 36 gîtes de 4 à 7 personnes pouvant accueillir 160 vacanciers. Propriétaire des murs, la CCAS a signé un bail commercial avec cet opérateur du tourisme social, membre de l’association Parcours, qui a échafaudé un modèle économique hybride.

“Nous ne touchons plus aucune subvention depuis 1992”, indique Brice Liénard, directeur général adjoint. “Pour continuer à faire partir le plus grand nombre à des tarifs très abordables, poursuivre nos actions en faveur des familles en difficulté ou d’enfants atteints de lourdes maladies, on a fait le choix de développer une partie de notre activité dans le secteur marchand. L’idée est simple : les revenus ainsi générés financent nos actions sociales.” En proposant des tarifs différenciés en fonction des ressources, Artes favorise la mixité sociale, le brassage de populations qui, sans cela, n’auraient jamais l’occasion de se rencontrer. “Notre but, c’est de créer des liens entre les vacanciers et les acteurs locaux, sortir de l’entre-soi et favoriser le vivre ensemble”, résume Brice Liénard.

Un état d’esprit que partage entièrement le maire socialiste de Gérardmer, très attaché, par conviction politique, aux valeurs du tourisme social. “Lorsque j’étais élu à la Région, nous avons monté en 2008 un dispositif pour aider financièrement les familles modestes et plus de 2 000 jeunes à partir en vacances dans les structures du tourisme social”, indique Stessy Speissmann. Une aide que le conseil régional Grand Est, aujourd’hui passé à droite, vient tout juste de supprimer d’un trait de plume… La municipalité soutient également l’ODCVL, une coopérative qui accueille chaque année plusieurs centaines de jeunes en classes découverte. Du tourisme social et solidaire à l’hôtellerie 3 étoiles, toute la gamme d’offres touristiques cohabite sur la commune. “Et ça, j’y tiens dur comme fer”, insiste le maire.

Bertrand Huguenin, responsable du centre de vacances “Le Herbau” (à droite) discute avec André Schickel (à gauche), aubergiste de la ferme Huss située sur la route des crêtes des Vosges à 1170 m d’altitude. ©Joseph Marando/CCAS

Esprit montagnard

Il est 17 heures. En cuisine, Emanuelle Pinkele est sur le pied de guerre. Dans deux heures, 160 adolescents vont débarquer au centre, l’estomac dans les talons après une journée de compétitions sportives d’aviron organisées sur le lac. “Tout est préparé sur place, indique la responsable de cuisine. Une partie de nos approvisionnements vient de petits producteurs locaux : fruits, légumes, viande, yaourts, fromages, jus de fruits…” Une démarche entreprise depuis plusieurs mois.

“D’ici peu, 25 % de nos achats seront issus de circuits courts, chaque directeur de centre sélectionnant les producteurs locaux”, souligne Brice Linéard. “Au Herbau, on va atteindre les 50 %”, se félicite Bertrand Huguenin. “Par exemple, toute notre charcuterie est fournie par la maison Pierrat, un artisan installé à 5 kilomètres qui s’approvisionne lui aussi uniquement en local. C’est le top du top ! On essaie de faire travailler tout le monde, on se serre les coudes. C’est ça l’esprit montagnard !” Une solidarité à toute épreuve, un sens de l’accueil et du partage qui n’ont rien de superficiel. Des valeurs humaines qu’on emporte précieusement avec soi à la fin du séjour.

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