Des ados hyperdéconnectés

Lever de soleil aux Estables ©E.Rebiffé/CCAS

Du 19 au 25 février dernier, des jeunes de 15 à 17 ans ont pu profiter de l’activité chiens de traîneaux dans le centre CCAS des Estables, en Auvergne. Mais une difficulté s’est posée à eux. Ces ados hyperconnectés dans leur vie de tous les jours, n’avaient, ni réseau, ni couverture en 3G. Comment ont-ils géré la situation ?

“Ça fait tellement du bien d’avoir de la 3G !” s’exclame Maxime. Cet ado de 17 ans est soulagé de pouvoir enfin utiliser l’un des objets phares de sa vie courante. C’est à 1600 mètres d’altitude sur le col de la Croix-de-Boutières (Ardèche) qu’il parvient à capter de la 3G. Cela fait trois jours qu’il n’a pas pu utiliser son smartphone. Le centre CCAS des Estables (Auvergne) ne dispose pas de connexion wi-fi, ni d’une couverture 3G.

Et en effet, le lever du soleil sur les montagnes ardéchoises et les croissants chauds n’auront pas fait oublier à Maxime, ni à ses camarades, la 3G enfin retrouvée. “Moi je n’ai pas fait attention à mon téléphone, j’ai préféré profiter de la vue”, nuance Caroline, 16 ans.

Douze ados, âgés de 15 à 17 ans, se sont retrouvés dans le centre de colo des Estables pour une semaine. Ils ne le savaient pas avant de venir, mais leur séjour va en fait se transformer en Digital Detox.

Voir aussi le portfolio : En route vers la colo des Estables

Des ados addicts à leur smartphone ?

“La première chose que les ados demandent quand ils arrivent ici, c’est la connexion wi-fi”, explique Marc Attémis, directeur de la colo. Marc et Yann, l’animateur, font le même constat : les ados seraient dépendants de leur téléphone. Dans les mains ou dans les poches, “il n’est jamais très loin d’eux”, rapporte Yann.

Contemplation d’un lever de soleil en montagne auquel tous n’auront pas pleinement participé… ©E.Rebiffé/CCAS

“Moi, ce n’est pas vraiment mon téléphone qui me manque, c’est surtout Internet”, précise Maxime. Ce dernier passerait entre 2 à 3 heures par jour sur son smartphone. Axelle, 16 ans, avoue que son rapport au téléphone constitue un sujet de discorde avec ses parents. “Ils veulent me le confisquer car ils pensent que j’ai de mauvais résultats à cause de ça.” Et l’adolescente concède que le temps passé sur cet objet peut la “déconcentrer”. C’est pour cette raison que Jérémy, 16 ans, préfère s’en séparer lorsqu’il veut réviser.

Des ados qui ne s’estiment pas accros

“Si on était vraiment accros, on ne serait pas ici”, indique Caroline. Lorsque l’on demande aux ados d’évaluer leur degré d’addiction au téléphone, ils répondent tous, sans hésitation, qu’ils ne sont pas dépendants. Certains estiment bien maîtriser l’usage de cet objet du quotidien.

Élisa, 17 ans, fait partie de ceux qui s’autolimitent. La jeune fille est la seule du groupe qui n’est pas sur Facebook. Depuis qu’elle est arrivée en colo, elle n’a pas du tout de réseau : “Si je suis embêtée, c’est surtout pour mes parents avec qui je ne peux pas communiquer. Alors Caroline me prête son téléphone.”

“Je pense que le smartphone est une façon de se recroqueviller quand on s’ennuie ou qu’on ne se sent pas à l’aise”, analyse Caroline. Et c’est le constat que fait l’ensemble du groupe. Ils vivent finalement “assez bien” sans leur téléphone car ils sont “occupés”. Et en effet, entre les parties de ping-pong, le baby-foot, le ski de fond ou l’activité chiens de traîneau, les ados n’ont pas le temps de s’ennuyer.

Sans les smartphones, les discussions fusent à table. ©E.Rebiffé/CCAS

Ilinka, 16 ans, va plus loin. Elle juge l’usage du téléphone et des réseaux sociaux “futile”. Elle confie qu’elle pourrait même vivre sans, “si les autres s’en passaient. Mais si je n’avais pas de portable et que je n’étais pas sur les réseaux, j’aurais un peu l’impression d’être marginalisée”. Caroline confirme. L’équipe pédagogique au sein de son internat conseillerait même aux élèves de s’inscrire sur Facebook pour leur future vie professionnelle.

“Il y a pour moi un conflit générationnel sur le téléphone”

Yann, animateur depuis 2000 pour la CCAS, explique que la présence d’Internet dans une colo peut entraîner des difficultés. “Notre action est beaucoup plus compliquée en tant qu’animateur quand il y a un accès à Internet”. Il donne l’exemple d’une colo où les ados préféraient profiter du wi-fi plutôt que des activités. “Des fois, on a l’impression que le seul ami qui compte pour eux, c’est le téléphone portable.”

Mais l’animateur considère qu’il ne faut pas être trop dur avec les jeunes. “Si on avait eu le même outil à leur âge, on aurait sûrement eu le même comportement”. Il poursuit : “Il relève de notre rôle d’adulte de s’adapter à ce nouveau fait de société. Comment les amener à se déconnecter davantage sans pour autant les frustrer ? Voilà notre défi.” Et en effet, la présence des téléphones portables dans les centres de colo est déjà une question qui a été largement discutée.

Les ados seraient “dépendants affectifs”

Céline Metton-Gayon est docteure en sociologie. Elle publie un livre, “Les adolescents, leur téléphone et Internet”, dans lequel elle analyse les relations des ados et des nouvelles technologies. Pour elle, parler d’addiction est trop fort. “L’addiction est un terme médical. Il implique des conséquences physiques.” Pour la sociologue, il s’agit plutôt d’une “dépendance affective”. “Le terme de dépendance fait référence à une liaison intime entre quelque chose et ce qui le conditionne.”

Êtes-vous nomophobe ? Faites le test !

La nomophobie (contraction des expressions “no mobile phone” et “phobia”) se définit comme la peur excessive d’être séparé de son téléphone portable. Des scientifiques de l’université de l’Iowa, aux Etats-Unis, ont mis au point un questionnaire. Le principe est simple : pour chaque affirmation, vous devez évaluer à quel niveau vous vous sentez concerné sur une échelle de 1 à 7.

  1. Je me sens mal à l’aise si je ne peux pas accéder constamment à de l’information sur mon smartphone.
  2. Je me sentirais agacé(e) si je ne pouvais pas consulter de l’information sur mon téléphone quand j’en ai envie.
  3. Ne pas pouvoir m’informer (actualité, météo, etc.) sur mon téléphone me rend nerveux(se).
  4. Ne pas pouvoir utiliser mon téléphone ou ses fonctionnalités quand je le désire m’agace.
  5. J’ai peur de manquer de batterie.
  6. Atteindre la limite de consommation de mes données mobiles me fait paniquer.
  7. Quand je n’ai pas de signal ou de connexion wi-fi, je vérifie constamment sur mon téléphone si cela revient.
  8. Sans smartphone, j’ai peur de me perdre lorsque je cherche mon chemin.
  9. Si je n’ai pas mon téléphone avec moi pendant un moment, je ressens le besoin de le consulter.

Si je n’avais pas mon téléphone avec moi :

  1. Je serais inquiet(e) de ne pas pouvoir communiquer avec mes amis ou ma famille instantanément.
  2. Je serais inquiet(e) de ne pas pouvoir être joint(e) par mes amis ou ma famille.
  3. Je serais inquiet(e) de ne pas pouvoir recevoir de textos ni d’appels.
  4. Je me sentirais anxieux(se) de ne pas pouvoir garder le contact avec ma famille ou mes amis.
  5. Je serais inquiet(e) parce que je ne pourrais pas savoir si quelqu’un a essayé de me joindre.
  6. Je me sentirais anxieux(se) parce que mon lien avec ma famille ou mes amis serait rompu.
  7. Je serais inquiet(e) d’être déconnecté(e) de mon identité en ligne.
  8. Je serais mal à l’aise de ne pas pouvoir rester à jour dans l’actualité de mes réseaux sociaux.
  9. Je serais gêné(e) sans les notifications de mes réseaux en ligne.
  10. Je me sentirais anxieux(se) de ne pas pouvoir vérifier ma messagerie électronique.
  11. Je me sentirais bizarre parce que je ne saurais pas quoi faire.

Résultats
Entre 21 à 59 points : votre nomophobie est légère.
Entre 66 et 99 points : vous êtes un nomophobe modéré.
A partir de 100 points : vous avez de quoi vous faire du souci.

1 Commentaire
  1. RAYNAUD 10 mois Il y a

    Bonjour

    J’ai apprécié votre article sur les vacances pour ados sans téléphone…
    Je serai favorable tout comme d’autres parents à ce que des organismes animent des ”colos” accès principalement sur les activités, la communication le partage. Les jeunes doivent comprendre qu’il y a d’autres moyens de communication que le téléphone, internet, des activités qui procurent des plaisirs comme découvrir la nature, ou tout simplement échanger avec les copains copines sans téléphone.

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