Internationaliser la solidarité

Rencontre dans le cadre de la Journée internationale de solidarité © Philippe Marini/ccas

Rencontre dans le cadre de la Journée internationale de solidarité © Philippe Marini/ccas

Au Nord, au Sud, en Méditerranée. En Tunisie et en Grèce, deux peuples qui se lèvent pour leur dignité. En Corse, une rencontre pour échanger, dire et faire vivre la solidarité des Activités Sociales.

Marinca, fin juillet. Le soleil s’éclipse sur la Mare Nostrum. En face, on s’installe sur la terrasse ; le temps des vacances est propice aux discussions de fonds. Sous l’égide de son président Pierre Guidicelli, l’Union territoriale Corse CMCAS-CCAS propose une rencontre, dans le cadre de la Journée internationale de solidarité, autour de Philippe Signorino-Gelo, chargé de mission à la Commission de Solidarité internationale de la CCAS, et Daniel Cirera, secrétaire général du Conseil scientifique de la Fondation Gabriel Péri. La situation en Tunisie et en Grèce est au cœur des préoccupations. L’actualité brûle de ce besoin de « liberté, d’égalité, de fraternité » avec les peuples en lutte, sujet du débat nocturne.

En témoigne la fresque réalisée par les jeunes du Club enfants : un bateau traverse la mer d’un pays à l’autre, éclairé d’un arc-en-ciel en forme de « pont entre les deux rives de la Méditerranée ». Des petits brandissent leurs masques drapés des couleurs des nations alentours et fabriqués en matériaux recyclés. Ils déclament les vers de Tahar Bekri, Je te nomme Tunisie ; Yannis Ritsos, lui, Ne pleure pas sur la Grèce.

« La solidarité est un marqueur des Activités Sociales, rappelle Pierre Guidicelli. Elle est plus que jamais nécessaire. Être solidaire des Tunisiens, des Grecs, proposer et mettre en œuvre avec vous des solutions alternatives, c’est agir pour soi et pour l’intérêt populaire commun ». Philippe Signorino-Gelo égrène les actions emmenées par la CCAS à l’international : voyages solidaires bien sûr, mais aussi aide au développement portée sur trois continents, et convergence des moyens et compétences avec la conclusion de partenariats avec des comités d’entreprise frères en Europe, au Maghreb, au Québec et la signature prochaine d’une charte. « Nos destins sont liés. Ce qui se passe au Sud de la Méditerranée a des conséquences chez nous. Les difficultés et avancées des uns sont les difficultés et avancées de tous ».

Invitées à cette soirée, Amel Bejoui, membre fondatrice du premier syndicat de journalistes en Tunisie et de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) et Athanasia Anagnostopoulou, historienne et députée du parti d’Alexis Tsipras Syriza, n’ont pu être présentes. La première parce que la France lui a refusé son visa. La seconde parce que fraîchement nommée ministre déléguée aux Affaires européennes.

Une interview exclusive de la future ministre réalisée le 8 juillet pour la CCAS après le « Non » grec au référendum a pu néanmoins être diffusée :

Comment, à seulement quelques dizaines, centaines de kilomètres à peine, ignorer les événements graves qui se déroulent tout près de nous ? Daniel Cirera appelle à « remettre l’homme, la femme qui luttent, qui souffrent au centre ». « Tunisie et Grèce ont en commun de voir des peuples qui se lèvent au nom de la dignité, qui refusent l’austérité, le manque de démocratie, que d’autres décident pour eux ».

La Grèce, « petit pays de 11 millions d’habitants, représentant entre 2 et 3 % du PIB de l’Union européenne, a ébranlé l’édifice » en votant majoritairement « non » au référendum du 5 juillet. Malgré cela, le chantage exercé par la troïka – FMI, BCE et UE – et la « menace de ne pas rouvrir les banques, d’une sortie de la zone euro voire de l’Union » a plongé le gouvernement Tsipras dans un tourbillon de contradictions, l’obligeant à la signature d’un accord comportant « des mesures d’une violence absolue » pour son peuple. Ce déni de démocratie, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker l’a clairement revendiqué suite aux résultats de la consultation citoyenne, comme le souligne Jacques Casamarta, président de l’association solidaire Per a Pace qui était à Thessalonique le jour du référendum. « N’a-t-il pas dit : “Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens” ? »

De la dette grecque

La crise hellénique ne date pas d’hier. Dès 2007-2008, la crise bancaire – avec la faillite notamment de la banque d’investissement Lehman Brothers – fait exploser la dette du pays, toujours plus abreuvé de prêts : transfert d’une partie de la dette privée à la dette publique, taux d’intérêt qui s’envolent, train d’aides contre-productives. Un ensemble de facteurs qui met la Grèce en situation – prévisible – de défaut de paiement. Des experts indépendants déclarent de ce fait cette dette « illégitime et illégale »*. Et les bénéficiaires n’entendent pas se laisser bercer par les discours en vigueur. Ainsi, Peggy, conseillère dans une banque française et femme d’agent : « Il y a eu un précédent, lorsque les Français ont exprimé leur refus du traité constitutionnel européen lors du référendum de 2005 : nous avions voté contre cette Europe et ils nous l’ont « fait à l’envers ». Concernant la Grèce, il y a un torpillage, un matraquage des médias : les Grecs ne seraient que des feignants ne payant pas d’impôts, chaque contribuable français porterait l’annulation de la dette grecque à hauteur de 500, 600, 700 euros… Or ce sont de fausses vérités. Les impôts des salariés sont prélevés à la source ! Et une étude a montré que l’impact d’une annulation de la dette grecque ne représenterait que 15 euros par Français. Seulement, ce n’est que maintenant que l’on se pose les bonnes questions. Des collègues de mon entreprise me servent encore ces pseudos arguments. Et puis nous parlons de la Grèce, mais également de nous : la moitié de la dette française est illégitime ! »

Le débat, technique, se poursuit. Pour se conclure, après le temps de la réflexion, sur l’impératif de l’ouverture et de l’action. La nuit est tombée sur le centre de Marinca. L’heure de rêver à des lendemains solidaires.

Lire aussi : notre l’interview de Michel Husson, chercheur à l’institut de recherches économiques et sociales et membre de la Commission pour la vérité sur la dette grecque, auteur d’un rapport rendu public en juin 2015
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