
A l’occasion de la campagne de sensibilisation à la lutte contre le cancer du sein, octobre rose, la SLVie de la Somme organise dans les locaux d’Enedis d’Amiens, un moment artistique, de découvertes et de rencontres autour de l’exposition des photos d’Anthony Hautcoeur, Directeur Inter-Territorial Nord Pas de Calais Picardie et d’une pièce de Théâtre. Sophie Clodion, Autrice et interprète du spectacle « Journal d’un colocataire », partage sa vie avec son cancer du sein. © Marine Poron / CCAS
Le 15 novembre dernier, la CMCAS Picardie conviait ses bénéficiaires à une représentation théâtrale dans les locaux de l’agence Enedis à Amiens, dans le cadre de la campagne Octobre Rose. « Journal d’un colocataire », écrit par Sophie Clodion, relate le quotidien d’une femme avec son étrange colocataire, le cancer du sein, de l’annonce de la maladie à sa rémission. Géraldine Désardillier, présidente de la CMCAS Picardie, souhaitait célébrer Octobre Rose par un événement auquel les salariés puissent participer. C’est pourquoi la pièce de théâtre a été jouée sur le site et pendant le temps de travail.
Interview de Géraldine Désardillier, présidente de la CMCAS Picardie
Comment est née l’idée de proposer une pièce de théâtre pour soutenir Octobre Rose ?
Géraldine Désardillier : Nous souhaitions, pour la première fois, construire quelque chose autour d’Octobre Rose. Parallèlement, j’ai été contactée par la metteuse en scène Sophie Clodion, qui m’a proposé son nouveau spectacle, intitulé « Journal d’un colocataire ». La pièce de théâtre raconte la cohabitation d’une femme avec son colocataire, qui est en fait son cancer du sein. Ce témoignage, la parole d’une femme qui a vécu cette douloureuse expérience, m’a séduit. C’était une opportunité : nous avons décidé de lui faire confiance et de lui donner sa chance, car la pièce n’avait été jouée qu’une seule fois devant un public. Notre représentation a été donnée dans les locaux d’Enedis à Amiens, tout à côté de la CMCAS.
La représentation a donc eu lieu sur le site de travail et pendant le temps de travail ?
Nous n’avons pas de salle adaptée pour présenter une pièce de théâtre à la CMCAS. Permettre aux salariées et salariés du site d’assister sur les horaires de travail au spectacle et au débat qui a suivi a été là encore une belle opportunité. Les salariés ont rencontré les artistes, et également des professionnels de santé. Nous avions associé à notre initiative la médecine du travail d’Enedis ainsi que la Camieg des Hauts-de-France. Ils ont fait de la prévention pour le dépistage du cancer du sein avec un atelier d’autopalpation.

La pièce de Théâtre « Journal d’un colocataire », de Sophie Clodion et mise en scène par Amélie Ameglio. © Marine Poron / CCAS
Qu’avez-vous retenu du « Journal d’un colocataire » ?
La pièce a beaucoup touché les spectateurs. Les hommes comme les femmes. C’était émouvant, drôle et léger par moments. Les spectateurs ont pris conscience de certaines réalités face à la maladie. Sophie Clodion raconte sa vie de femme atteinte d’un cancer du sein : l’annonce de la maladie, les traitements, mais aussi les relations avec ses collègues, sa famille…
J’ai beaucoup aimé cette façon originale d’appréhender la maladie : le cancer devient un personnage central, qui fait partie de sa vie. On s’identifie beaucoup. La pièce fait réfléchir, dévoile la solitude du malade, qui mène seul le combat contre le cancer quand bien même il est très entouré. Elle montre l’importance pour le malade de conserver une vie sociale, de ne pas baisser les bras. Elle donne de l’espoir car, se battre, on le sait, participe à la guérison. C’est un beau spectacle que je recommande. Mes collègues de la CMCAS Nord Pas-de-Calais le programmeront l’an prochain à Lille. Cela a été également un bouleversant moment d’échanges avec les salariés après la représentation. Ils se sont beaucoup exprimés.
Que font les Activités Sociales pour les femmes souffrant d’un cancer ?
Bien sûr, il y a les aides sanitaires et sociales nationales et locales (par les CMCAS) dont peuvent bénéficier les femmes malades : aide-ménagère, garde d’enfants… Mais ce n’est pas assez. La pièce « Journal d’un colocataire » ouvre des pistes de réflexion. On peut imaginer un autre accompagnement, peut-être dans le domaine du lien social, avec des invitations à des spectacles par exemple.

Les professionnels de la santé et de la CAMIEG étaient aussi présents pour sensibiliser et répondre aux questions. © Marine Poron / CCAS
En quoi est-ce important de soutenir la campagne Octobre Rose ?
Les chiffres en témoignent : de plus en plus de gens, de jeunes, sont atteints par un cancer, quel qu’il soit d’ailleurs. Chacun d’entre nous, à un moment ou un autre, de près ou de loin, est touché par le cancer. Nous sommes donc tous concernés. C’est bien d’acheter et de porter le ruban rose mais il faut surtout soutenir la recherche médicale, c’est fondamental. Elle est du reste mise à mal.

Stand, présentation et questions que l’on pouvait poser à Catherine Bedier (Catherine.bedier@enedis-grdf.fr), Médecin du Travail – Enedis-GRDF. © Marine Poron / CCAS
Caroline Dufetelle, infirmière chez Enedis à Amiens, bénéficiaire de la CMCAS Picardie
On ne peut qu’être solidaire de l’initiative organisée par la CMCAS Picardie. De notre côté, mes collègues du service de santé au travail et moi, nous avions aussi la volonté de marquer le coup pour Octobre Rose.
J’ai trouvé très bien le spectacle « Journal d’un colocataire », il présente le sujet de façon originale. C’est un témoignage assez parlant. La pièce aborde des facettes de la maladie que l’on ne voit pas forcément de l’extérieur : comment la malade encaisse le choc de l’annonce ; l’image qu’elle renvoie, la trouille, l’extrême fatigue physique et morale qu’elle ressent… Car, aujourd’hui encore, le cancer reste associé à la mort. Le mot même est tabou. Une fois guérie, il faut se remettre physiquement des traitements lourds et du traumatisme moral. La pièce s’adresse aussi à l’entourage, qui formule des phrases de soutien ou d’encouragement qui ne sont pas forcément perçues comme telles par la personne atteinte de cancer. Tout le monde est concerné, de près ou de loin, ou peut l’être. La pièce est en cela un message de sensibilisation.
En parallèle, on comprend également combien le dépistage est fondamental car, plus il est précoce, plus on a de chances de s’en sortir. Et moins les traitements seront lourds : ce n’est pas rien ! C’est un message essentiel pour nous, professionnels de santé, que j’ai bien relayé ensuite. Avec le médecin du travail, nous avions organisé un atelier de sensibilisation à l’autopalpation en mettant à disposition un sein anatomique que l’on peut manipuler. C’est primordial pour les jeunes femmes car elles ne rentrent pas dans le protocole du dépistage systématique à partir de 50 ans. Dans la salle, on comptait une trentaine de spectateurs, dont cinq ou six hommes. Le public était assez ému, très sensible à la manière dont le sujet a été abordé. Le spectacle a été longuement applaudi, très apprécié. Nous, les professionnels de santé, constatons que les messages de prévention et les informations doivent être répétés pour être entendus. Il faut également renouveler la manière de les faire passer. Les témoignages, comme celui de la pièce, marchent plutôt bien : c’est concret. Des campagnes telles qu’Octobre Rose permettent de mettre un focus sur la maladie mais finalement la sensibilisation se fait tout au long de l’année.



























