
Sélection lecture CCAS 2026 : « Soli Deo Gloria » de Jean-Christophe Deveney et Édouard Cour, éditions Dupuis, 2025.
Récit initiatique imaginé dans une Europe du XVIIIe siècle fantasmée, doublé d’une ode à la musique baroque, l’œuvre de l’auteur Jean Christophe Deveney et de l’illustrateur Édouard Cour est, selon France Musique, « un des plus beaux romans graphiques jamais écrits ». Plébiscité par la presse, récompensé par le prix BD Fnac France Inter 2026, « Soli Deo Gloria » (À Dieu seul la Gloire) émerveille tout du long de ses 280 planches. Un noir et blanc somptueux inspiré par l’art de la gravure, et traversé de volutes de couleur symbolisant à merveille la musique… On ne peut qu’être en parfait accord avec France Musique !
L’histoire
Rien ne prédestinait les jumeaux Hans et Helma à devenir des artistes, et pourtant, leur don exceptionnel pour la musique va leur permettre de s’élever socialement et rythmer leur vie. Leur destinée tragique les mènera des noires forêts et châteaux du Saint-Empire romain germanique, tout droit sortis d’un conte de Grimm, aux palais d’une Venise et d’une Rome fantasmée aux côtés des figures – à peine travesties – de Vivaldi ou de Stradivarius. À travers eux, ce sont les thèmes de la création artistique, de ses fulgurances et ses travers, des relations entre art et religion qui sont évoqués avec maestria.
« Soli Deo Gloria » de Jean-Christophe Deveney et Édouard Cour, éditions Dupuis, 2025, 280 pages.
Ce livre a été sélectionné par la CCAS : retrouvez-le dans les bibliothèque de vos villages vacances !
Comment est né ce roman graphique ?
Édouard Cour : Jean Christophe Deveney m’a présenté plusieurs projets intéressants, mais j’ai craqué pour « Soli Deo Gloria ». Pour cette histoire de deux enfants qui débute dans une forêt avec un ermite et se poursuit dans le château d’un seigneur de la guerre mélomane, j’ai tout de suite vu des images de gravures anciennes. Rembrandt, Gustave Doré, mes amours de jeunesse… Et cela tombait bien car, à l’époque, je souhaitais me remettre au noir et au blanc. Lorsque l’intuition visuelle se conjugue avec l’envie de raconter une histoire, j’ai vraiment envie de m’investir dans un projet, de tirer le fil.
L’album fait 280 pages. Combien de temps avez-vous passé sur ce projet titanesque ?
Entre le moment où nous avons signé avec l’éditeur et la parution, en octobre dernier, il s’est passé trois ans. En fait, ce sont trois albums condensés en un seul. Dessiner un album d’une centaine de planches prend en moyenne un an ; j’aurais peut-être pu réduire la réalisation à deux ans si je n’avais pris aucun week-end !
Le cadre de l’intrigue est extrêmement riche : des forêts germaniques donc, des cités inspirées de Rome, de Venise ou d’Amsterdam… Quant aux personnages croisés par les jumeaux, ils sont clairement inspirés de Vivaldi, Stradivarius, Bach. Pourquoi avoir choisi la fiction et non le récit historique ?
Je ne me souviens plus qui de nous deux a choisi cette voie, mais nous sommes vite tombés d’accord pour la suivre. Dès le début, j’ai pensé que cette intrigue avait des allures de conte, agrémenté d’une pointe de fantastique. Nous avons parfois fusionné les villes, les lieux, pour les rendre encore plus emblématiques, et Vivaldi devient par exemple Aldiviva. C’était d’ailleurs le surnom qu’on lui attribuait car il jouait, semble-t-il, un peu les divas. Se détacher de la rigueur historique fait que la documentation a été beaucoup fluide à utiliser pour moi, je n’ai pas eu à chercher à être véridique à tout prix.
En revanche, il y a toujours un fond de vérité dans tout ce qui est raconté. Le concert du Saint-Sang est par exemple inspiré d’un miracle napolitain, transposé à Saint-Pierre-de-Rome. Ces pas de côté permettent de faire appel à un imaginaire collectif, qui renforce le côté universel de l’histoire.
« Plus qu’une évocation de la musique baroque, c’est de la création artistique dans son ensemble qu’il est question. »
La création musicale est la thématique majeure, mais n’y a-t-il pas d’autres sujets évoqués dans « Soli Deo Gloria« ?
Plus qu’une évocation de la musique baroque, c’est de la création artistique dans son ensemble qu’il est question. Les jumeaux sont un peu les deux versants de l’artiste, les deux penchants vers lesquels elle/il peut tendre. On peut s’y dédier et en perdre son humanité comme Hans ou s’élever à travers l’art comme Helma. L’autre thème de l’album est l’ascension sociale, qui permet d’échapper à la cruauté du monde : les très riches ont toujours eu besoin des artistes pour se valoriser eux-mêmes. Et puis, il y a aussi une réflexion sur les liens entre la création et le sacré.
Comment êtes-vous parvenu à incarner graphiquement le personnage central qu’est la musique ?
Nous avons exclu d’emblée l’utilisation des notes de musique, le langage propre aux musiciens, pour nous orienter vers quelque chose de compréhensible de manière instinctive, d’où le choix d’une représentation tendant vers l’abstractionnisme abstrait. Et une fois que cette grammaire visuelle a été définie, je suis parvenu à lui donner une véritable cohérence en partant de son expression la plus simple – le chant d’un oiseau, premières notes de l’album – pour visualiser la gamme dans son ensemble, jusqu’à donner à voir l’apothéose du « Resurrectio », le concert final.
Avez-vous un passage, une planche favorite ?
Lorsque Jean-Christophe m’en a fait la description, je savais que je prendrais beaucoup de plaisir à dessiner les passages dans la forêt avec l’ermite. Si la planche représentant le « Resurrectio » me paraît être l’apogée de ces années de travail, j’ai une préférence pour celle qui suit juste après. Elle capture le silence dans lequel Hans et Helma sont plongés après ce moment extrêmement intense de leur existence. C’est sans doute aussi parce qu’elles signifiaient pour moi que j’étais venu à bout de ce travail, je soufflais avec eux !
Les « baroqueux » – les férus de musique baroque – ont-ils apprécié l’album ?
Nous avons eu une chronique sur France Musique et des retours élogieux de musiciens. Et on nous a fait remarquer qu’une des caractéristiques de la musique baroque était l’usage du contretemps. Un concept totalement baroque qui fait écho à nos deux jumeaux, qui sont en quelque sorte les contrepoints l’un de l’autre. Et nous avons surtout eu le retour d’une personne sourde, qui nous a dit avoir entendu la musique en lisant « Soli Deo Gloria ».
Votre été littéraire avec la CCAS
Flâner dans les bibliothèques de la CCAS. Disponibles dans les bibliothèques des villages vacances, colonies et chez certains partenaires du tourisme social, les ouvrages sélectionnés par la CCAS couvrent tous les styles : BD, romans, polars, documentaires, albums, livres en grands caractères…
Lire en ligne sur la Médiathèque. Certains titres sont aussi consultables librement sur la Médiathèque en ligne.
Rencontrer les auteur·ices. Et ce n’est pas tout, été comme hiver, vous pouvez rencontrer les auteurs directement dans les villages vacances !
Voir la sélection lecture de l’été Découvrez les Rencontres culturelles 2026
Tags: Livres Musique Rencontres culturelles Sélection lecture 2026

























