« Chasseurs d’été » : hommage aux amitiés perdues

"Chasseurs d’été", de Soufiane Khaloua, Agullo Éditions, 2025, 272 pages.

Sélection lecture de l’été 2026 : « Chasseurs d’été », de Soufiane Khaloua, Agullo Éditions, 2025.

« Chasseurs d’été », en voilà un joli titre quand on a pour sujet l’enfance ! Avec son dernier roman, Soufiane Khaloua raconte l’histoire d’une bande d’amis, de la primaire à la fin du lycée, ses séparations et recompositions successives, pour révéler avec délicatesse la façon singulière des enfants d’habiter le monde. La force nostalgique de ce récit ramènera les lecteurs, de toute évidence, à la saveur douce-amère de leurs propres souvenirs.

L’histoire

Ramadan a 7 ans lorsqu’il emménage dans le quartier Saint-Exupéry, coincé entre le chemin de fer et le canal. Il est encore émerveillé par cette rue aux maisons flambant neuves et parfaitement identiques lorsque Nelson, jeune blondinet à la coupe au bol, débarque dans sa vie pour la bouleverser à tout jamais. Ensemble, ils font les quatre cents coups jusqu’à ce que la vie les sépare et n’emmène Ramadan de l’autre côté de la passerelle, du côté des privilégiés. Nelson est vite remplacé par Paul, Max et Julien, avec qui il occupe quotidiennement la place de la mairie, mais surtout par l’exubérant Naka, qui vient à nouveau tout chambouler, pour le meilleur et pour le pire.

« Chasseurs d’été », de Soufiane Khaloua, Agullo Éditions, 2025, 272 p.

Ce livre a été sélectionné par la CCAS : retrouvez-le dans les bibliothèque de vos villages vacances !



Vous présentez votre ouvrage comme une exploration de l’enfance plutôt qu’un roman d’apprentissage classique. Pourquoi cette nuance vous paraît-elle importante ?

Soufiane Khaloua : Lorsqu’on évoque un roman d’apprentissage, on suggère implicitement une trajectoire : chaque expérience serait avant tout une étape destinée à conduire le personnage vers un état ultérieur, l’âge adulte. Or j’ai précisément cherché à déplacer ce regard : plutôt que de considérer l’enfance comme une simple antichambre de la maturité, l’aborder comme une expérience en soi, une manière singulière d’habiter le monde, avec ses logiques propres. Dans le roman, les enfants ne se projettent que très peu vers ce qu’ils deviendront plus tard. Il s’agit avant tout pour eux de trouver leur place dans l’instant.

Dans votre récit, les personnages adultes, bien qu’en retrait, exercent malgré tout une influence sur les enfants. En particulier, les absences répétées du père de Ramadan, le personnage principal et narrateur, jouent un rôle déterminant.

Là où les autres adultes – parents et professeurs – sont en périphérie, réduits à des figures limitantes et de contrainte, le père de Ramadan fait exception. Ses absences poussent le garçon à se structurer principalement au sein des cercles amicaux. Ce père n’incarne pas l’autorité, mais une présence flottante, presque adolescente. Chez les amis de Ramadan, comme Naka, elle suscite une fascination : ce mélange de détachement et de contemplation leur donne l’impression que, d’une certaine manière, ce père appartient encore au monde des enfants.

« Pour parler de l’enfance, la géographie est essentielle : grandir, c’est explorer et s’approprier les lieux. Les amitiés naissent souvent plus de la proximité et du temps partagé que d’une réelle affinité. »

À l’inverse, Bloignes, petite ville fictive de campagne – avec sa place de la mairie, sa passerelle, son canal – est au cœur du récit. Pourquoi lui avoir accordé autant d’importance ?

Cette ville ressemble beaucoup à celle où j’ai grandi. Je voulais mettre en lumière ce type de territoire, ni village ni vraie ville, si peu représenté dans la littérature. Et puis, pour parler de l’enfance, la géographie est essentielle : grandir, c’est explorer et s’approprier les lieux. Les amitiés naissent souvent plus de la proximité et du temps partagé que d’une réelle affinité.

Qu’aviez-vous envie de montrer sur l’amitié à ces époques de la vie ?

Il y a au départ un constat quelque peu désabusé : toutes ces amitiés, qui semblent gouverner notre univers à ces périodes de nos vies, finissent le plus souvent par se perdre d’une manière ou d’une autre. Ce constat me paraît d’autant plus frappant quand on a grandi dans une petite ville de campagne comme celle que je décris : à l’âge adulte, on a tendance à les quitter, et les trajectoires des amis les dispersent aux quatre coins de la France.

Je voulais rendre hommage à ces amitiés perdues, qui ont marqué nos vies à un moment où tout compte double, car on se construit. Je crois que cinq années d’amitié dans l’enfance peuvent laisser une empreinte plus forte que des décennies d’une amitié commencée à l’âge adulte.

L’histoire navigue entre douceur et gravité, sur fond d’un drame que nous ne dévoilerons pas ici. Comment la perte d’innocence de ces enfants y trouve-t-elle son expression ?

Elle ne survient pas brutalement : elle s’installe progressivement, presque insidieusement, à travers des gestes, les dialogues comme les silences. Même l’épreuve du drame ne les entraîne pas dans une bifurcation radicale dans leur rapport entre eux et à la société. Le dénouement s’inscrit dans cet entre-deux : le salut trouvé par la bande d’amis traduit une forme de maturité, mais une maturité encore propre à la jeunesse, fragile et inventive. Leur solution est loin de la raison adulte.

Jeux d’enfance, discussions sans enjeu, défis absurdes, complicités muettes – toutes ces scènes renvoient inexorablement le lecteur à ses propres souvenirs. Souhaitiez-vous atteindre cette résonance universelle ?

Je n’y pense pas forcément en écrivant, mais j’aime profondément la teinte que la nostalgie apporte à un texte. Pour moi, ce sentiment n’est pas négatif. Je cherchais à tisser des situations qui font avancer l’intrigue tout en parlant à un maximum de lecteurs, en empilant les détails pour donner à voir au mieux cette texture du passé. Par exemple, au début du roman, les personnages se lient par leur passion pour le football. Même les non-initiés au ballon rond se sentiront concernés, car c’est surtout un prétexte pour décrire une première confrontation aux règles, au fait de les édicter, de les discuter, d’apprendre la vie en société.

« Évidemment, aujourd’hui, le téléphone et les réseaux sociaux ont transformé les manières de se relier aux autres. Les relations se dématérialisent. Mais il me semble que ce qui anime profondément l’enfance et l’adolescence n’a pas tellement changé. »

Vous exercez comme professeur de français en Seine-Saint-Denis (93). Quels points communs et quelles différences remarquez-vous entre la jeunesse des années 1990-2000, telle que décrite dans votre roman, et celle d’aujourd’hui ?

Je reste dans un rapport prof-élèves, donc je ne peux saisir qu’une partie des choses. Mais ce qui me frappe avant tout — et que j’ai voulu explorer dans le roman —, c’est ce noyau : grandir, c’est toujours se construire dans la tension, à la fois contre les autres et avec eux. C’est appartenir à un groupe tout en cherchant à s’en distinguer, admirer un ami au point de vouloir lui ressembler, circuler d’un cercle à l’autre. Évidemment, aujourd’hui, le téléphone et les réseaux sociaux ont transformé les manières de se relier aux autres. Les relations se dématérialisent. Mais il me semble que ce qui anime profondément l’enfance et l’adolescence n’a pas tellement changé.

Vos élèves ont-ils lu « Chasseurs d’été » ?

Récemment, un de mes élèves de troisième l’a lu pendant les vacances et m’a confié qu’il avait adoré – sans aucun enjeu de notation, je le jure ! Plusieurs anciens élèves m’ont aussi dit l’avoir lu et apprécié.

Comment appréhendez-vous les Rencontres culturelles dans les villages vacances CCAS ?

C’est ma première tournée avec la CCAS, et j’ai vraiment hâte ! Ce public familial me correspond parfaitement : j’aime l’idée que mon roman puisse toucher à la fois des adolescents et des adultes. Pour moi, chaque rencontre est une source d’inspiration : les questions, les regards inattendus, tout cela m’amène à réfléchir à des aspects auxquels je n’avais pas pensé. C’est fascinant de redécouvrir son propre livre à travers la sensibilité des autres.


Votre été littéraire avec la CCAS

Flâner dans les bibliothèques de la CCAS. Disponibles dans les bibliothèques des villages vacances, colonies et chez certains partenaires du tourisme social, les ouvrages sélectionnés par la CCAS couvrent tous les styles : BD, romans, polars, documentaires, albums, livres en grands caractères…

Lire en ligne sur la Médiathèque. Certains titres sont aussi consultables librement sur la Médiathèque en ligne.

Rencontrer les auteur·ices. Et ce n’est pas tout, été comme hiver, vous pouvez rencontrer les auteurs directement dans les villages vacances !

Voir la sélection lecture de l’été   Découvrez les Rencontres culturelles 2026

Tags:

Qui sommes-nous ?    I    Nous contacter   I   Mentions Légales    I    Cookies    I    Données personnelles    I    CCAS ©2026

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?