À Angoulême, le patchwork ou l’art de la fantaisie

Atelier patchwork à la CMCAS Angoulême, ici en août 2026. ©Marine Poron/CCAS

Longtemps considéré comme ringard, le patchwork est de nouveau tendance. À l’image de nombreux loisirs créatifs, il s’est modernisé et a conquis de nouveaux adeptes. À la CMCAS Angoulême, l’atelier patchwork fait un carton. Les créations s’affichent dans l’air du temps, voire avant-gardistes.

On peut tout faire ou presque en patchwork ! Linge de maison, pochettes, sacs, trousses, boîtes, objets divers et variés… et même des vêtements. Cette technique de couture ancestrale consiste à assembler des morceaux de tissu. À y regarder de plus près, l’assemblage se révèle plus complexe qu’il n’y paraît : il nécessite de la dextérité mais surtout une bonne dose d’esprit créatif.

L’imagination, les couturières de l’atelier patchwork de la CMCAS Angoulême n’en manquent pas. Toutes les trois semaines (de septembre à juin), elles prennent leurs quartiers dans la salle d’activités de la CMCAS pour s’adonner à leur loisir. Après avoir installé le matériel, ces dames papotent autour d’un café : un rituel pour bien entamer la séance.

« Oh les filles, regardez ce que j’ai trouvé. Ce kit est génial : il est numéroté ! Vous découpez vos pièces puis vous assemblez », annonce Danièle Vareille, 76 ans, qui encadre le groupe. Ancienne banquière, Danièle a commencé le patchwork à la retraite. Avec une amie, femme d’agent, elle a créé le club de la CMCAS en 2012. « La condition absolue, c’est de prendre du plaisir et que l’ambiance soit sympa. Et ça dure depuis quatorze ans ! « , se réjouit-elle. 

Atelier patchwork à la CMCAS Angoulême, ici en août 2026. ©Marine Poron/CCAS

Le cœur à l’ouvrage

Danièle se revendique autodidacte. Elle aime avant tout partager son savoir-faire, transmettre son expérience à ses copines. « Je ne suis pas prof, je les guide simplement. Je leur propose d’abord une fiche technique et j’adapte la méthode en fonction des possibilités de chacune. Ensuite elles y mettent leur patte », précise-t-elle.

« Nous sommes le club des bourriques. C’est ainsi que nous nomme affectueusement Danièle quand nous faisons une bêtise », dit en rigolant Véronique Faure, membre de l’atelier depuis le début. « Danièle m’a tout appris. Elle m’a ouvert des horizons, amenée vers des modèles plus compliqués. Grâce à elle, j’ai élargi ma palette », assure cette épouse d’agent en montrant l’une de ses dernières créations : un superbe jeté de canapé représentant une bibliothèque remplie de livres. L’art du patchwork dans toute sa splendeur. À côté, une tenture réalisée par une autre « bourrique » donne à voir un fond marin. Tout en nuances et finesse. De loin, on dirait un véritable tableau.

Autour de la table, chacune s’applique à son ouvrage. Une explosion de couleurs, de motifs et de formes. Une éclosion d’inventivité et de fantaisie aussi. Toutes partagent le même goût pour les belles étoffes – du coton de préférence – et les couleurs. En général, ces dames flashent d’abord sur un tissu puis choisissent le modèle qui lui correspondra le mieux et le sublimera. « Je craque sur les couleurs. J’adore réfléchir à la composition, à la façon dont je vais les agencer, à l’effet que ça produira. Je m’inspire toujours d’un modèle, que je m’approprie », explique Nadège Matais, une infirmière.

Le plaisir se trouve justement là : imaginer un résultat qu’on ne connaît pas à l’avance. Annick Laurent apprécie aussi cette liberté d’inventer, de laisser libre cours à son imagination. « On fait au feeling, comme on le sent, on arrange à sa sauce. On y met de soi et ça donne toujours quelque chose », s’enthousiasme cette ancienne comptable à EDF, passionnée de loisirs créatifs. Multiforme, coloré, gai et joyeux, avec des possibilités infinies de composition pour des pièces uniques faites main, le patchwork est bien loin de l’idée désuète qu’on s’en fait.

Ensemble, c’est mieux

« Mon esprit est occupé, j’oublie tout » témoigne Martine Martigny (à g.). Atelier patchwork à la CMCAS Angoulême, ici en août 2026. ©Marine Poron/CCAS

Dernière arrivée dans le groupe, Martine Martigny, qui est femme de militaire, vient depuis un an. Pas facile de nouer des contacts lorsque l’on déménage régulièrement. Elle confie avoir « été accueillie à bras ouverts », d’autant qu’elle était en traitement de chimiothérapie. Le patchwork, l’accueil amical et l’empathie du groupe l’ont beaucoup aidée. « Ça m’apporte énormément. Mon esprit est occupé, j’oublie tout. Je m’amuse bien. J’apprécie les échanges avec les copines », confie-t-elle, convaincue que cela a participé à sa guérison.

Indispensables interactions sociales… Liliane Étourneau a rejoint l’atelier à sa retraite il y deux ans. « C’est chouette que la CMCAS offre des opportunités créatives et ludiques. Les gens se sentent tellement isolés, désœuvrés. Ça récrée du lien social », précise cette ancienne animatrice clientèle à EDF. Travailler en groupe la stimule. « On s’entend bien, il n’y a pas de jugement mais de l’entraide », ajoute-t-elle.

Jeanine Simonnet, 86 ans, et Annick Laurent, 73 ans, à l’atelier patchwork de la CMCAS Angoulême, ici en août 2026. ©Marine Poron/CCAS

« Je suis épatée par leur créativité, leur énergie, leur convivialité, par la cohésion du groupe aussi », indique Christine Rougerie, la présidente de la CMCAS Angoulême. Elle aussi a réalisé son premier patchwork avec l’aide de Danièle. Elle poursuit : « Surtout, elles sont très attentionnées les unes envers les autres. »

Mais pas seulement : les « bourriques » fabriquent régulièrement des petites couvertures pour les grands prématurés en couveuse au centre hospitalier d’Angoulême ainsi que des coussins douillets avec rembourrage hypoallergénique destinés aux femmes opérées du cancer du sein.

Le club des « bourriques », surnom affectueux que se sont donné les participantes de l’atelier patchwork de la CMCAS Angoulême, ici en août 2026. ©Marine Poron/CCAS

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