Conseil national de l’énergie : la politique énergétique en débat à Nantes

2e rencontre du Conseil national de l'énergie à Nantes

Deuxième rencontre du Conseil national de l’énergie, à Nantes, le 24 janvier 2023. ©DR

Le 24 janvier, quelques jours après que les salariés de la centrale de Cordemais (Loire-Atlantique) avaient arraché le lancement du projet Écocombust, Nantes accueillait la première rencontre régionale du Conseil national de l’énergie. Était notamment invité Philippe Brun, député PS à l’origine de la proposition de loi de nationalisation d’EDF, votée le 9 février à l’Assemblée nationale.

Trois heures d’échanges devant une salle de 200 personnes et 500 internautes connectés en direct : pari réussi pour cette première régionale, qui devrait être suivie très prochainement d’autres en Provence-Alpes-Côte-d’Azur et en Rhône-Alpes. Promesse en avait été faite en mai 2022 à La Bellevilloise à Paris, lors de la création du Conseil national de l’énergie à l’initiative du Conseil supérieur économique et social d’EDF SA : le CNE allait entamer une grande tournée régionale à travers le pays.

C’est au pied des murailles du château d’Anne de Bretagne, à Nantes, sous l’extravagante coupole du Lieu unique, l’ancien site historique des biscuiteries LU, que le CNE a convié le 24 janvier dernier une grande assemblée pour débattre des enjeux énergétiques auxquels la France est confrontée, ainsi que de l’indispensable régulation publique de l’énergie : élus locaux et nationaux ont pris part à la discussion aux côtés de représentants associatifs et syndicaux, mais aussi du rapporteur spécial de la Commission des finances de l’Assemblée, Philippe Brun, dépositaire d’une proposition de loi pour la nationalisation d’EDF.


Revoir les débats du 24 janvier

Débat n°1
Explosion des prix de l’électricité : quel tarif maîtrisé et quelle sécurité d’approvisionnement pour retrouver notre indépendance énergétique ?

Débat n°2
Quel mix énergétique et quel service public pour répondre aux besoins du pays et relever les défis de la transition énergétique ?


Quels moyens pour la transition énergétique ?

Quelques semaines auparavant, la Région Pays de la Loire et le groupe public inauguraient le premier parc éolien offshore de France au large de Saint-Nazaire. Et le 17 janvier, l’État donnait officiellement son accord pour le lancement d’Écocombust, le projet porté par les salariés de Cordemais (Loire-Atlantique). L’objectif est de convertir la centrale thermique, condamnée par l’arrêt prochain du charbon, en centrale biomasse. Gwenaël Plagne, élu CGT de la centrale, secrétaire adjoint du CSEC d’EDF SA et infatigable porte-parole du projet, a souligné l’importance de « voir ainsi pérennisée une centrale pilotable, indispensable au réseau régional ».

Autant d’encouragements pour des élus locaux qui rêvent, comme Matthias Tavel, le député LFI de la 8e circonscription de Loire-Atlantique, d’une Région Pays de la Loire « devenue vitrine des énergies renouvelables » et comme Roland Marion, conseiller régional Divers droite délégué à la transition écologique et énergétique, d’ »une région à énergie positive, sortie de son déficit énergétique et décarbonée à l’horizon 2050″. Cet objectif, la ville de Nantes s’y engage également, a expliqué le premier adjoint de la ville, Bassem Asseh, « en soutenant la rénovation énergétique des bâtiments, en priorité des logements sociaux, le raccordement de 4 000 logements au réseau de chaleur urbain, et l’installation de 36 000 m2 de panneaux solaires ». L’électricité produite dans les Pays de la Loire provient pour 43 % des énergies renouvelables, dont 28 % de l’éolien.

Cette évolution vers une multiplication des sources de production « décentralisées » et de nouveaux usages de l’électricité sollicite naturellement le réseau de distribution. Comme l’a noté Frédéric François, secrétaire du CSEC d’Enedis, « cela nécessitera des investissements lourds ». Dès lors, l’existence d’un groupe intégré public est un avantage, et « l’arrivée d’actionnaires privés ne serait pas forcément en adéquation avec les exigences d’investissement que le monde moderne nous impose ». Pour Frédéric François « les défis d’Enedis sont avant tout techniques » et, pour les relever, a-t-il affirmé, « nous avons besoin de stabilité et d’une vision de long terme ».

Lors du débat sur l’avenir énergétique du pays, le secrétaire du CSE d’EDF SA, Philippe Page Le Mérour, a souhaité que la réflexion porte aussi « sur la composition d’un mix, certes décarboné – comme il l’est déjà très largement en France – mais aussi et surtout pilotable, c’est-à-dire capable de répondre dans des délais très courts à la demande, pour assurer la sécurité d’approvisionnement ». Une préoccupation partagée par Hervé Machenaud, ancien directeur exécutif d’EDF chargé de la production (2010-2016), auteur de « La France dans le noir », un ouvrage récemment réédité : « Les barrages hydrauliques sont des installations d’énergie renouvelable et sont certainement les plus pilotables ; en revanche, éoliennes et panneaux solaires sont des installations intermittentes, très tributaires de la force des vents ou du rayonnement solaire. »

L’envolée des tarifs en question

Mais, pour l’heure, c’est l’envolée des factures qui inquiète, a noté pour sa part Robin Salecroix, conseiller municipal PCF de Nantes délégué à la grande précarité : « Elle touche les particuliers et les entreprises, et impacte les services publics locaux. » Pour le jeune vice-président de Nantes Métropole, « cette crise n’est pas conjoncturelle, mais celle d’un système qui organise la spéculation, sur le groupe public et les usagers ».

« Il faut suspendre l’Arenh, a tempêté Philippe Page Le Mérour, et revenir aux calculs des tarifs réglementés basés sur les coûts de production d’EDF, pour sortir d’urgence de ce système ‘mafieux’, avant de sortir du marché européen. » Sortir du marché européen « ne veut pas dire suspendre des interconnexions qui existent depuis 1967 ! », a-t-il précisé.

« Aujourd’hui, tout le monde rêve d’avoir un tarif réglementé », a affirmé François Carlier, secrétaire de l’association de consommateurs CLCV (Consommation, logement et cadre de vie), lors de la première table ronde de ce CNE nantais. « Mais cette régulation des tarifs est sans cesse menacée, ruinée par le marché, a-t-il regretté. Notre association est jusqu’à présent la seule institution à avoir engagée des contentieux juridiques contre la toxicité du marché de détail de l’électricité et du gaz. Ni la répression des fraudes, ni aucun des ministères concernés n’a répondu à nos mises en garde. » Reste le fameux « bouclier tarifaire » : « C’est plutôt une bonne chose pour ceux qui peuvent en bénéficier, a reconnu François Carlier. Mais il dissimule une multitude de ‘mauvaises pratiques’ des fournisseurs alternatifs. » La Commission de régulation de l’énergie (CRE) vient d’ailleurs de recommander une hausse de 100 % du tarif réglementé de vente de l’électricité au 1er février 2023 : « On est en plein délire ! », s’est indigné Hervé Machenaud, avant de constater qu’il « n’y a plus de responsable du service public de l’énergie en France ».

Vers une nationalisation « réelle » d’EDF ?

Le député socialiste de l’Eure, Philippe Brun, a quant à lui parlé de la proposition de loi de nationalisation d’EDF, qui vient d’être adoptée par l’Assemblée nationale et qui est désormais soumise au vote du Sénat. Sur les tarifs, Philippe Brun a rappelé qu’EDF « produit son électricité toujours au même coût » et que nous sommes cependant aujourd’hui « à des tarifs 5 % plus chers que ceux de l’Allemagne, quand ils étaient, il y a dix ans encore, 40 % inférieurs ».

Revoir l’intervention de Philippe Brun

Le rapporteur spécial de la Commission des finances de l’Assemblée, chargé des participations de l’État, a eu accès, au ministère de l’Économie et des Finances, aux documents concernant les plans de Bercy sur l’avenir du groupe public, et s’est alarmé d’une nouvelle version du projet de démantèlement d’EDF : « L’étatisation commencée à l’automne est en fait une sortie de cotation en Bourse, qui permettrait à l’état de réaliser un [projet] Hercule bis, par petites touches, au lieu de le réaliser en un coup. », a expliqué Philippe Brun.

N’ayant pu photocopier ces documents, pour s’être vu opposer le secret des affaires, le député a raconté qu’il a dû « les recopier sur un cahier à spirale »… Les documents figurent désormais dans le rapport parlementaire à la Commission publié sur le site de l’Assemblée. Le député a prévenu : « Nous sommes tous à un moment clé, où il nous faut remettre en cause les modèles qui nous ont amenés à détruire ce grand service public de l’énergie qui faisait notre fierté. » Et de conclure : « Nous sommes des reconstructeurs. »

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