Électriciens de Mayotte : la bataille du statut

Grève du personnel d’Électricité de Mayotte contre l’entrée du fonds d’investissement Quaero au capital et pour l’application de toutes les mesures sociales en vigueur à EDF SEI aux salariés, février 2020. ©Salim Nahouda

Il y a dix ans, à l’issue d’une longue lutte syndicale, les électriciens mahorais bénéficiaient enfin du statut national du personnel des Industries électriques et gazières. Mais l’égalité réelle avec leurs collègues d’outre-mer reste à conquérir.

Le 1er janvier 2011, après douze ans de combats syndicaux, les salariés d’Électricité de Mayotte (EDM) faisaient leur entrée dans la famille des Industries électriques et gazières (IEG). “Une grande victoire” pour Salim Nahouda et ses collègues. “Les luttes ont commencé en mars 1999”, se souvient le secrétaire général de la CGT de Mayotte (CGT-Ma).

L’organisation syndicale, majoritaire dans l’entreprise, mènera les débrayages, les coupures de courant et les manifestations avant d’être rejointe par Force ouvrière. Pour les quelque 280 agents travaillant aujourd’hui à EDM, l’accès au statut signifie beaucoup : des salaires alignés sur la grille des IEG, une protection sociale de haut niveau (Camieg pour la santé et Cnieg pour la retraite, notamment), des postes adossés à la classification nationale…

En 2013, les électriciens mahorais obtiennent également le versement de l’indemnité spéciale DOM (ISD) qui majore de 20 % leurs salaires et les aide à faire face à un coût de la vie très élevé. Comme leurs collègues ultramarins avant eux, ils obtiennent aussi la prise en charge d’un billet aller-retour en métropole tous les cinq ans.

Chronologie : entre lumière et colère

1977 – Installation du 1er groupe électrogène. Seuls 150 foyers ont accès à l’électricité
1993 – Tous les villages de Mayotte sont alimentés
1997 – Création d’Électricité de Mayotte (EDM), Société d’économie mixte, dont EDF détient 25 % du capital
1999 – Les syndicats d’EDM multiplient 2006 Les grèves pour obtenir le statut national
2011 – EDM intègre le statut des IEG et Mayotte devient le 101e département français
2020 – Quaero, fonds d’investissement basé en Suisse, rachète 25 % du capital d’EDM

EDF, seulement en deuxième ligne

Cette victoire est plus que symbolique sur ce territoire situé entre Madagascar et le Mozambique où 80 % de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté. Quatre mois après l’entrée des électriciens au statut, la collectivité de Mayotte devient, le 31 mars 2011, le 101e département français.

Il aura fallu trois référendums (1974, 1976, 2009), tous favorables au rattachement à la France, pour que ce petit territoire, acheté sous Louis-Philippe en 1841, devienne pleinement français. Mais l’histoire n’est pas terminée. Alors qu’à Paris le parlement vote en 2017 une loi pour l’égalité réelle entre les outre-mer et l’Hexagone, Mayotte continue de revendiquer l’égalité de traitement… avec les autres départements ultra-marins.

Les électriciens mahorais sont les seuls en outre-mer à ne pas être des agents EDF. Lorsque la Société anonyme d’économie mixte (SAEM) Électricité de Mayotte est créée en 1997, le Conseil général de l’île devient l’actionnaire principal (50,01 %), le reste des parts revenant à EDF (24,99 %), à Saur (24,99 %), société spécialisée dans la gestion de l’eau, et à l’État (0,01 %).

Selon le contrat de concession passé avec la collectivité, EDM est en charge de la production, du transport et de la distribution de l’électricité à Mayotte jusqu’en 2027. La renégociation de ce contrat dans six ans aiguise déjà certains appétits.

Quaero, le nouvel actionnaire qui inquiète

Le 12 février 2020, les électriciens mahorais manifestent contre le rachat d’un quart du capital d’EDM par Quaero, fonds d’investissement basé en Suisse. ©Salim Nahouda

Le 27 novembre 2019, Saur annonce son intention de vendre ses parts à Quaero, un fonds d’investissement basé en Suisse : “Quaero est particulièrement sensible aux questions environnementales, sociales et de gouvernance” affirment les représentants de Saur.

“Quaero n’a rien à voir avec notre secteur d’activité”, rétorque le cégétiste Salim Nahouda qui craint une mainmise progressive de ce “fonds de pension” sur la gestion administrative et financière de l’entreprise. “Personne n’est dupe quant aux choix financiers qui seront imposés par ce nouvel actionnaire”, écrit la CGT-Ma dans un courrier adressé à la ministre des Outre-mer, à la ministre de la Transition écologique et au PDG d’EDF.

Le 22 juin 2020, malgré trois nouvelles semaines de grève, Quaero acquiert 24,99 % du capital d’EDM. “Aujourd’hui, aucun Mahorais n’occupe un poste stratégique dans l’entreprise, déplore Salim Nahouda. Nous demandons des formations pour que nos agents puissent monter en compétence.” Une demande appuyée par le député de Mayotte Mansour Kamardine : “Tout est fait depuis quinze ou vingt ans pour mettre les Mahorais en marge. Nous n’imaginons pas la construction d’Électricité de Mayotte sans leur participation aux postes à responsabilité.”

Autre sujet qui fâche : le calcul des retraites pour les agents embauchés avant le passage au statut. Mais la revendication principale n’a pas changé : “Nous voulons que la gestion du personnel d’EDM soit assurée par EDF”, insiste Salim Nahouda. Comme dans les autres DOM.

 

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