ONG-syndicats : objectif climat

Bernard Salamand. © J.Marando/ccas

Bernard Salamand. © J.Marando/ccas

Bernard Salamand, président du CRID (collectif de 48 associations de solidarité internationales), partenaire de la CCAS, revient sur les avancées des Forums sociaux mondiaux. A sept mois de la grande conférence de Paris sur le Climat, il analyse les possibles convergences entre monde associatif et syndical.

Quels résultats concrets le Forum social mondial (FSM) a-t-il produit ces dernières années ?
Les réseaux internationaux sur l’accaparement de terre ont été créés dans les FSM : les premières rencontres ont commencé à Dakar entre des acteurs (communautés paysannes) qui subissaient les mêmes types de mécanismes : exclusion de leurs terres par des autorités locales et une multinationale. Ces communautés, à Madagascar, aux Philippines, en Amérique latine, se sont aperçues qu’elles avaient les mêmes problématiques. Grâce notamment aux ONG, un réseau international d’accaparement s’est créé : les gens s’échangent des informations, s’envoient des alertes de manière à réagir plus vite et à créer de la solidarité. C’est un exemple parmi d’autres.

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Quelle est la force du FSM aujourd’hui ?
Outre le fait d’interconnecter les gens du monde entier, dans un moment où l’économique a fait la preuve qu’il n’était pas favorable au bien de tous ; dans un moment où le politique et même le démocratique donnent des signes de faiblesse pour répondre à ça, en particulier dans les démocraties européennes, que reste-t-il comme échappatoire au désenchantement face au rouleau compresseur de l’économie et de la finance ? Il reste différentes déclinaisons d’un nouveau fascisme ou la prise en main de son propre destin par la société civile « bienveillante ». Et c’est au FSM qu’on voit beaucoup de ces alternatives vécues, mises en œuvre, qui sont parfois hors système, mais qui parfois aussi peuvent atteindre une masse critique.

Un exemple ?
Il y a la notion des biens communs, où les ressources sont gérées par les gens qui occupent le territoire sur lequel ils se trouvent, sans droit de propriété individuel, sans administration. C’est un mode de gestion démocratique partagée. Dans le domaine de l’eau, on assiste dans le monde à un vrai phénomène de remunicipalisation. En même temps, à l’intérieur de ces remunicipalisations, on ne veut pas non plus revenir à des régies simplement contrôlées par un élu et une administration : il y a à chaque fois maintenant la participation des usagers. L’atelier « eau, planète et peuple » auquel le CRID a participé au FSM de Tunis est aussi fait pour que les participants se rendent compte que la privatisation de l’eau n’a pratiquement que des inconvénients (sauf pour ceux qui en tirent un profit à court terme) et que la solution d’un retour à un système national est dépassée. Sur la prise de conscience qu’il y a une vraie urgence et qu’il y a d’autres solutions que la guerre pour régler le problème de l’eau, c’est passionnant et salutaire d’avoir ce type d’espace pour en parler, pour qu’on entende les expérimentations qui ont lieu. C’est ça le FSM : la vision, la finalité et l’application concrète.

Au FSM, les associations côtoient les syndicats. Comment travailler à une convergence entre ces deux mouvements ?
Il y a des sujets sur lesquels on a des contradictions. Celui qui est le plus compliqué, c’est le climat. Aujourd’hui, ce sujet ne peut plus être nié. Avons-nous un problème climatique anthropique, c’est-à-dire qui vient de l’activité humaine ? La preuve scientifique est faite, ou en tout cas la probabilité que ce soit le cas est tellement forte qu’on est obligé de s’occuper de ce problème. Les syndicats sont d’accord avec cela, y compris dans le secteur de l’énergie. Mais ils ne veulent pas que cela se fasse détriment des travailleurs. C’est la même question pour le nucléaire. Chez certaines associations, il y a des tentations de désigner du doigt un secteur industriel sans être attentif aux droits des travailleurs. C’est ce qu’on a vécu en Amérique latine : les gouvernements de la gauche latino-américaine ont été très écologistes sur certains aspects de leur programme et ils ont été rattrapés par la réalité sociale des travailleurs des secteurs extractif et pétrolier, et certains ont dû faire machine arrière. Tout le monde est d’accord pour dire que l’alliance entre associations écologistes et syndicats est nécessaire. Il faut poser les conditions pour trouver des accords gagnant-gagnant. C’est un travail que le FSM peut permettre.

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La préparation de la prochaine conférence de Paris sur le climat (COP21) pourrait-elle être l’occasion d’un rapprochement ?

Depuis un et demi maintenant, nous préparons les mobilisations à l’occasion de cette conférence. Depuis que les initiateurs de ce mouvement (dont le CRID, Attac et Réseau action climat) ont commencé à travailler, les syndicats ont tout de suite été invités et ils ont tout de suite participé. Et ils sont encore là. De la même manière que certaines associations écologistes assez radicale. La nécessité de réussir est très forte.

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