Pleaux fête l’eau

Argentat, sur les rives de la Dordogne. © J.Marando/ccas

Argentat, sur les rives de la Dordogne. © J.Marando/ccas

Du 26 au 28 août derniers, les cinq CMCAS d’Auvergne et du Limousin ont invité les collègues de la région, leurs familles et les vacanciers qui séjournaient à Pleaux (Cantal), à participer un week-end consacré au du thème de l’eau. Pêle-mêle, on s’initia à la plongée, on goûta des eaux minérales, et on fit la rencontre d’un barrage électrique…

“L’idée courait depuis un moment entre nous” raconte Patrick Stoop, président de la CMCAS Limoges, “d’organiser une initiative commune autour de l’eau et de ses enjeux” . Du 26 au 28 août derniers, la première édition des Week-ends régionaux a ainsi réuni les CMCAS Tulle-Aurillac, Clermont-Le Puy, Montluçon, Limoges et Moulins-Vichy : “En découvrant le programme, on s’est dit qu’on ne pouvait pas rater ce moment d’évasion et de découverte” raconte encore ce jeune papa venu de Montluçon.

L’eau dans tous ses états

En cette fin de mois d’août, le centre de vacances de Pleaux, ancien lieu d’hébergement des bâtisseurs du tout proche barrage d’Enchanet, de 1946 à 1950, prend, sous un soleil de plomb, des allures de kermesse. Et la piscine celles d’une oasis de fraîcheur, qui devient le centre de ce village éphémère. Grâce au club de plongée de la CMCAS Limoges, elle prend aussi des airs de Caraïbes. Les collègues sont d’ailleurs venus à Pleaux avec palmes et bouteilles : “le baptême est une expérience sympa, pour les petits mais aussi pour les grands” assure Michel, ancien commercial à EDF et membre actif du club. “On vit une expérience d’immersion totale, avec respiration artificielle. C’est toujours un moment étrange, paisible”.

Ce garçon aux grand yeux bleus en revient ruisselant, et confirme : “on n’entend plus rien, mais on voit tout, et on respire!” raconte-t-il au sortir du monde du silence. Le sourire vaut ici explication. Pour Michel, aujourd’hui inactif, le club de plongée “est d’abord une bande de copains” : “j’ai découvert ce sport lors d’une initiation, il y a trente ans maintenant” . Depuis, Michel parcourt le monde avec le club. Son plus beau “spot” ?  “Cuba, découverte il y a une quinzaine d’année : des fonds préservés, un accueil et des gens formidables. Il y a aussi la mer Rouge et sa multitude de couleurs féeriques ! La plongée aura été un beau fil rouge pour parcourir le monde et ses océans. J’espère qu’aujourd’hui certain vont accrocher à leur tour, qui sait ?” .

Baptême de plongé par le club de la CMCAS de Limoges. © J.Marando/ccas

Baptême de plongé par le club de la CMCAS de Limoges. © J.Marando/ccas

Mais la piscine peut aussi se transformer en salle de concert quand la compagnie Aqu’acoustique l’investit pour l’un de ses “concert’eau” : la rame devient flute, l’éclaboussure sonate, l’arrosoir buccin, pour une extraordinaire prestation musicale et théâtrale. Quant aux installations ludiques de l’entreprise Ludibois, son billard excentrique, ses billes ascensionnelles et ses palets d’enfer ont de quoi faire perdre la boule à plus d’un. Idem du côté de la ménagerie du “Manège sans fil” de Léo Paul : ses véhicules fous “à propulsion parentale” forment un carrousel poétique, dont les enfants ont au final très vite pris le commandement. On retrouve ces derniers du côté des expérimentations des Petits débrouillards, autour des principes de la mécanique des fluides. Avec six bouchons, un axe une cuvette, Solène, 11 ans, très concentrée sur son montage, redécouvre une loi de la production hydroélectrique : la puissance de la force dépend de la hauteur de la chute et du débit de l’eau ; plus ils sont importants, plus cette puissance sera élevée.

Avait-il prévu la brusque hausse du thermomètre ? En tous les cas, la chaleur sera l’alliée de   Richard, technicien de la Caisse d’assurance maladie des électriciens et gaziers (CAMIEG), qui a eu la bonne idée d’installer un bar de dégustation des eaux du Massif central : “chacune a sa saveur, qui tient à sa composition minérale, contrôlée par le ministère de la Santé. Les eaux minérales sont puisées à plus de quatre-vingt mètres de profondeur, au sein d’une nappe qui doit être unique et stabilisée dans sa teneur minérale. Quand elle jaillit, elle n’a alors jamais été exposée à la lumière du jour” . Le conseil de Richard : “alterner les eaux, surtout quand leur à teneur en minéraux spécifiques, calcium ou magnésium, est forte” . Partout à travers le monde, l’eau de source ou minérale est devenu un enjeu considérable pour les multinationales qui bataillent pour obtenir des concessions, et rencontrent souvent l’opposition des populations locales. Plus tard Richard proposera courageusement un apéritif aux trois saveurs : tomates, concombre ou fenouil. Qui fut un succès !

Apéro "Fenouil un délice". © J.Marando/ccas

Apéro “Fenouil un délice”. © J.Marando/ccas

Les amis radioamateurs du RCN-EG, spécialistes des ondes, avaient quant à eux choisi de jouer avec l’eau en proposant leur flottille de petits bateaux «Pop-pop» propulsés par un moteur du même nom, inventé en 1891 : une bougie chauffe l’eau dans la fine tubulure de nos frêles esquives, et les voilà voguant par “réaction” à l’autre bout du bassin, au son caractéristique de leur propulseur : pop-pop-pop !

Quand l’eau devient une force

Dimanche, direction la Corrèze. Quinze kilomètres de descente vers la vallée de la Dordogne. Des cinq navires de la « flotte » hydraulique du département (dont Bort-les-Orgues, Marèges, l’Aigle et Argentat), c’est avec le barrage du Chastang que les agents ont à présent rendez-vous, à l’instigation de la CMCAS Tulle-Aurillac.

Magistrale dans le silence presque religieux de la vallée, la voute du Chastang, haute de 80 mètres, surgit au détour de la route : accrochée aux parois de la roche, elle semble la soutenir de son arc puissant. Dans le matin parfumé, le vol d’une buse signe l’immobilité du tableau. Bluffant. Dès les années trente, l’hydroélectricité a trouvé dans ces vallées un “terrain de jeu” naturel. Le “groupement de la Dordogne” s’édifie dans le bassin du fleuve et de ses affluents. Au total, il compte 58 barrages et 28 centrales hydroélectriques pour une puissance installée de 1500 MGW disponibles. Le barrage du Chastang dispose à lui seul d’une puissance installée de 290MW, ce qui en fait une pièce maîtresse du groupement. Lancé en 1947, il sera inauguré en 1951.

Barrage de Chastang, sur la Dordogne. © J.Marando/ccas

Barrage de Chastang, sur la Dordogne. © J.Marando/ccas

Cédric Pouget, le responsable de la maintenance du barrage, veillait il y a encore quelques instants au pied de l’édifice. Souriant et casqué, il accueille maintenant la quinzaine de collègues qui peine à quitter le spectacle qui s’offre à eux. Et c’est parti pour plus d’une heure de visite de l’espace multimédia du site, inauguré l’an passé et qui promet sur deux étages une plongée au cœur de l’hydroélectricité. En découvrant sur les écrans les images en trois dimensions du “monument” : des turbines d’acier capables de mettre en mouvement les trois alternateurs géants aux ponts élévateurs , dans le vrombissement des compresseurs qui résonnent sous l’immense salle des machines, on est vite impressionné par la dimension des forces mises en mouvement.

“Il se passe entre trois et cinq minutes pour que l’énergie produite soit disponible” assure Cédric. “C’est le cas en période de pointe. L’existence des barrages est un atout majeur en cas de menace de rupture du réseau et de risques de black-out, pour ajuster rapidement le réseau”. Chaque jour, le “groupement de la Dordogne” reçoit du RTE une prévision de commande d’énergie. Bien que très précise, le barrage est en mesure de “couvrir” un “dépassement” de cette prévision: “Les 3 Groupes de Chastang étant téléconduits depuis le Centre de conduite hydraulique de Toulouse , les programmes de production sont rentrés directement par le CCH, explique Cédric . Jusque là tout va bien. Mais l’équilibre n’est pas fait, puisqu’il y a toujours un écart entre la prévision (j-1) et le réalisé. C’est là que le CCH rentre en action. Ils sont en contact “permanent” avec RTE pour affiner l’équilibre offre demande”.

Le Chastang est un barrage autonome : “en énergie d’abord, qu’il produit pour ses besoins. Mais aussi, par exemple, pour l’usinage des pièces indispensables aux machines, que nous sommes capables de fabriquer sur place ou de faire appel aux collègues d’Argentat. Même si cette activité reste exceptionnelle, elle est pourtant indispensable” .

On se succède à l’œilleton du pendule : “le pendule est basé sur le système du fil à plomb, mais en nettement plus perfectionné. Il permet de mesurer les mouvements du barrage. Eh oui, il bouge, notamment sous l’effet de la masse de l’eau ou des différences de température ambiante. Les écarts d’aplomb peuvent varier de deux ou trois centimètres. Le “dépassement de crête” est de 17 mm pour le Chastang” .

En réponse aux questions des collègues visiteurs, tout y passe : les types de turbines (trois turbines “Francis”), le réglage de l’étiage (débit minimal) du niveau du fleuve et des réserves disponibles de l’amont à l’aval du fleuve, le fonctionnement du cycle de production… Cédric répond à toutes les questions avec précision, expliquant par le menu le protocole de surveillance et d’auscultation du barrage : quotidienne, hebdomadaire, annuelle et décennale. “365 jours par an et 24 heures sur 24, les équipes de veille se relaient ici” explique-t-il.

Calé et précis, humble et professionnel, Cédric est aussi passionné et sensible à l’histoire humaine de ces réalisations : l’histoire de ceux qu’il appelle les “anciens” . “Nous avons ici la mémoire de cinquante années de travail”, tient-il à souligner. “Toute la vie du barrage est notée, au jour le jour” . Devant les images du chantier, Cédric explique les prouesses techniques de l’époque pour détourner le fleuve, acheminer le béton, échafauder la paroi.

Cédric Pouget. © J.Marando/ccas

Cédric Pouget. © J.Marando/ccas

A l’extérieur, les eaux du fleuve au pied du barrage tourbillonnent. D’abord imperceptiblement, le courant prend de la vigueur. Les herbages de la rive frémissent : “il y a eu un appel pour un lâcher”, explique Cédric. La force de l’eau libérée quelque cent mètres plus haut par l’action des vannes a déjà mis en mouvement les turbines et les alternateurs. Dans leur cage de fer, les trois transformateurs vont faire passer l’électricité en haute tension et lui donner la force nécessaire pour parcourir des centaines de kilomètres sur le réseau, dont les fils à flanc de rocher, disparaissent dans la forêt.

Une ressource sous haute protection des salariés

Dans cette vallée, les armes à la main, énergéticiens, bâtisseurs français et immigrés se sont organisés en réseaux clandestins de résistance au sein des chantiers de ces édifices pendant toute l’occupation nazie. Ils sont ainsi parvenus à retarder la mise en service du barrage de l’Aigle pendant les trois années décisives de 1942 à 1945, privant ainsi l’occupant de l’énergie nécessaire à son industrie de guerre. Ces hommes, parfois venus de loin, ont risqué leur vie pour l’idée qu’ils se faisaient d’un monde où ces machines seraient un outil de paix, de progrès et de justice sociale, d’indépendance et de liberté – et non des “machines à cash” . A l’Aigle, ce “barrage de la résistance”, qui ornera le 4 septembre prochain un timbre commémoratif, s’élève l’émouvante stèle qui rappelle aux voyageurs le combat des salariés ingénieurs et ouvriers.


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L’eau est un bien commun, fragile et rare. Menacé donc disputé, au point d’être devenu un enjeu stratégique. L’actualité de la prochaine renégociation des concessions et de la directive européenne qui veut l’encadrer, démontre qu’elle est aussi un enjeu fort du secteur énergétique où la volonté de “fabriquer” une concurrence à l’opérateur historique qui soulève bien des interrogations, et la très nette opposition des professionnels salariés de l’hydraulique.

En fêtant l’eau dans tous ses états, ce week-end festif aura eu le grand mérite de rappeler à quel point elle est une ressource cardinale de la vie sur terre, un bien commun de l’humanité dont le partage des usages est la meilleur garantie de sa protection.


Qu’elle est verte ma vallée…

Massif central et Limousin sont des terres connues pour leur élevage : la Salers aux longues cornes et la rousse Limousine sont les taches de couleurs du verdoyant tableau. Régions rudes et agricoles, elles se sont tournées vers le tourisme d’aventure et de découverte. Les paysages y sont, à chaque tournant de la route ou du chemin, il est vrai, époustouflant.

Dans ces villages pluriséculaires, tout, de la plus modeste ferme aux clochers romans, est ici monument. Le contraste est aussi climatique : chaud en été, offrant des crépuscules d’ocre et de feu, glacial en hiver. La richesse qui nourrit toutes les autres, c’est bien-sûr : l’eau.

Les sources, lacs et rivières sont ici présents par milliers. Qu’elle repose dans les grands lacs de Vassivière du Chambon et de tant d’autres, dévale de vieux volcans, creuse les gorges de l’Allier ou de la Truyère ou dégringole en torrents dans les bois de Corrèze, elle a fait du vieux Massif le « château de la France ».

Dès les années trente, l’hydroélectricité a trouvé dans ces vallées un “terrain de jeu” naturel.

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