Programmation pluriannuelle de l’énergie : l’éolien, bête noire des Français·es ?

La consultation citoyenne sur le projet de programmation pluriannuelle de l’énergie a pris fin en février. ©Frédéric Guyot/CCAS

Le projet de programmation pluriannuelle de l’énergie 2019-2028 a pris du retard, mais suit son cours. Le projet de décret gouvernemental, publié le 25 janvier 2019, a été soumis à la consultation du public, et la phase de concertation citoyenne s’est achevée le 20 février. Les plus de 6 000 avis reçus donnent un aperçu inattendu de l’état d’esprit de la population quant aux questions énergétiques.

La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) a été créée par l’article 176 de la loi sur la transition énergétique pour une croissance verte de 2015. Ces objectifs sont fixés à un horizon de plusieurs décennies : la PPE en cours de finalisation portera ainsi sur les périodes 2018-2023 et 2024-2028.

En bref, c’est un outil de pilotage qui fixe les priorités d’action des pouvoirs publics en matière énergétique, et qui permet d’atteindre un cap en fixant pour dix ans (avec une révision tous les cinq ans) les politiques publiques de l’énergie.

Vidéo explicative publiée par le ministère de la Transition écologique et Solidaire en novembre 2018.

Le projet de PPE en cours fixe quatre grands objectifs :

  • réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici à 2020 ;
  • réduire au même horizon la consommation d’énergie fossile de 40 % ;
  • assurer le tiers, d’ici à 2030, de la consommation finale brute d’énergie par des renouvelables ;
  • et enfin réduire la part du nucléaire dans le mix électrique français à 50 % en 2025.

À plus long terme, la PPE vise à inscrire la France dans une trajectoire qui permettra d’atteindre la neutralité carbone en 2050.


Lire
>
“Stratégie française pour l’énergie et le climat”, synthèse du projet de programmation pluriannuelle de l’énergie
>
Projet de décret relatif à la programmation pluriannuelle de l’énergie


L’éolien, bête noire des Français·es ?

La lecture des milliers de commentaires, souvent très argumentés, déposés par les internautes sur le projet de PPE est des plus intéressantes. Là où l’on s’attendait à lire des diatribes antinucléaires, on trouve en fait d’innombrables messages hostiles au développement accéléré de l’éolien.

“Les éoliennes : non, non ! écrit un certain Renard. Un cadre de vie massacré ; l’immobilier dévalué ; la nature sacrifiée ; la biodiversité locale détruite ; la santé menacée ; le paysage saccagé ; Alors non. Préservez les zones jusqu’alors préservées de ces machines installées non pas pour décarboner notre production électrique mais pour le profit des industriels et financiers de l’énergie. Essayez donc sur la butte Montmartre ou bien le long des Champs-Élysées à Paris.”

“Les parcs éoliens altèrent sérieusement le développement du tourisme. Les randonneurs se détournent des implantations d’éoliennes, le caractère pleine nature a perdu sa raison d’être”, observe Didier Alran.

“Non aux éoliennes qui envahissent et qui saupoudrent le paysage avec des rendements extrêmement faibles, peu ou pas de matériel de fabrication française”, écrit, quant à lui, Roger Brémont.

Parfois, ces avis proposent une autre trajectoire pour la PPE. Dans un “Manifeste pour une PPE responsable”, publié par Alain Desgranges, signataire et se présentant comme “l’ancien directeur de la centrale ¾ du Blayais”, un collectif d’”ingénieurs soucieux du climat” invite ainsi à revenir sur l’objectif de réduire la part du nucléaire à 50 % dans le mix électrique français et à investir “dans les meilleurs délais” dans un plan de construction de six EPR pour assurer le renouvellement du parc électro-nucléaire français.


À lire
> Les commentaires des citoyen·nes déposés sur le projet


Ces avis de citoyens, véritables cahiers de doléances en matière de politique énergétique, en disent long sur le fossé entre l’opinion médiatique dominante, persuadée que le nucléaire est la principale inquiétude des Français, et l’opinion profonde du pays.

Sans doute la question de l’emploi est-elle centrale dans cette perception, les éoliennes en créant, une fois installées, notoirement peu, au contraire des centrales énergétiques. Comme le note la Fédération nationale Mines Énergie de la CGT, dans un communiqué commentant cette consultation : “Sous couvert de diminuer les émissions de gaz à effet de serre, le risque d’accentuer la désindustrialisation de la France est fort” avec l’actuel projet de PPE. Après la mise à l’arrêt de Fessenheim, il est à présent question de fermer une douzaine de centrales nucléaires, ce qui impliquerait la destruction de 10 000 emplois directs et 35 000 indirects.

Le débat sur le PPE est loin d’être achevé. Une synthèse des avis émis lors de cette première consultation doit à présent être rédigée par le ministère. Il faudra ensuite prendre l’avis de l’Autorité environnementale. Et même une fois que le gouvernement aura rendu sa copie définitive sera organisée “une concertation post-débat” sous l’égide de la Commission nationale du débat public, autorité administrative indépendante et neutre. Ce temps de délibération démocratique est, à n’en pas douter, indispensable pour décider d’une question aussi cruciale que la politique énergétique du pays dans les prochaines décennies.


À lire

> L’avis du Conseil national de la transition écologique
> L’avis de l’Autorité environnementale
> L’avis du Comité de gestion des charges de service public de l’électricité
> L’avis du Conseil supérieur de la construction et de l’efficacité énergétique
> L’avis du Conseil économique, social et environnemental
> L’avis du Comité du système de distribution publique d’électricité

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