[Vidéo] En colo CCAS, un atelier pour briser le silence et les tabous sur les violences sexuelles

en colo CCAS à Estagel (Occitanie), en août 2026. ©CCAS

Laëtitia Haro, intervenante de l’association Colosse aux pieds d’argile, partenaire des Activités Sociales, en colo CCAS à Estagel (Occitanie), en août 2026. ©CCAS

Début octobre, l’Assemblée nationale examinera une proposition de loi dite « intégrale » contre l’ensemble des violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants. Sur le terrain, l’association Colosse aux pieds d’argile intervient depuis de nombreuses années auprès des jeunes dans une démarche de sensibilisation et de libération de la parole, notamment au sein des colos de la CCAS.

C’est une association dont le nom raconte une histoire de résilience. Celle de Sébastien Boueilh, ancien rugbyman, victime de viols de ses 12 à 16 ans, par une personne proche de sa famille. Après 18 ans de silence et à la suite du procès qui a condamné son agresseur, Sébastien a décidé de fonder l’association Colosse aux pieds d’argile, pour lutter contre les violences sexuelles, le bizutage et le harcèlement dans tous les milieux où l’enfant est présent : scolaire, animation, culturel…



Il faut savoir qu’en France, les violences sexuelles frappent chaque année plus de 160 000 mineurs, leur causant de graves troubles psychotraumatiques. Elles « constituent une urgence médicale absolue » pour la victime, explique la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), qui a révélé en 2003 l’étendue du problème.

Les numéros à connaître

119 : Service national d’accueil téléphonique pour l’enfance en danger
Numéro gratuit et confidentiel que les enfants et les adolescents peuvent appeler 7 jours sur 7 et 24 h sur 24 h s’ils se sentent en danger ou s’ils ont été agressés ; ou encore s’ils connaissent un autre enfant ou adolescent qui est dans cette situation. Un adulte peut aussi appeler ce numéro pour signaler un enfant en danger.

3018 : cyberharcèlement et violences numériques

Numéro gratuit que les enfants et les adolescents peuvent appeler s’ils sont victimes de cyberharcèlement dans le cadre scolaire. Existe aussi sous forme d’appli.

Informer les jeunes de plus en plus tôt : l’exemple des colos CCAS


Reconnue d’utilité publique, Colosse aux pieds d’argile, sensibilise le grand public, forme des professionnels et assure un accompagnement psychologique et juridique des victimes et des victimes collatérales.

L’association intervient sur tout le territoire national au sein des structures sportives et culturelles, d’établissements scolaires, dans le monde du travail et, depuis 5 ans, dans les colos de la CCAS.

Durant ces ateliers avec la CCAS, sous forme de questions-réponses avec les jeunes, une foule d’informations et de conseils essentiels sont partagés pour se protéger des agressions et apprendre à réagir si on en est victime ou témoin.

Pour Laëtitia Haro, intervenante de Colosse aux pieds d’argile, « ces jeunes sont informés de plus en plus tôt. Il faut éviter que cela soit un sujet tabou parce que c’est très important de connaître son corps et de connaître les limites à poser. »

« Ne pas opposer prévention, protection et justice. Tout est lié ! »

Ancienne gendarme, désormais réserviste et chargée de prévention à Colosse aux pieds d’argile, Laëtitia Haro est intervenue cet été au sein de la colo d’Estagel, dans les Pyrénées-Orientales. Que pense l’association de la proposition de Loi intégrale apportant une réponse intégrale au phénomène des violences sexuelles et sexistes contre les femmes et les enfants ? Comment mieux sensibiliser et protéger les jeunes ?

Vous êtes pionnier en matière de sensibilisation sur ce sujet des VSS, les politiques prennent-ils enfin la mesure de l’urgence ?

Laëtitia Haro : Nous aimerions faire passer trois messages au nom de l’association. Le premier, c’est de faire de la prévention une véritable politique de prévention. L’enjeu, en effet, c’est de sortir de cette logique où l’intervention commencerait essentiellement une fois les violences révélées. Pour nous, il faut réagir avant et il ne faut pas attendre qu’un enfant soit victime pour agir. C’est très important en amont, c’est l’objet de la prévention.

Le deuxième message, c’est de ne pas aborder les violences sexuelles uniquement sous l’angle pénal. C’est essentiel d’agir à toutes les étapes : prévenir, repérer, signaler, enquêter, juger, prendre en charge et prévenir de la récidive. La force de cette loi intégrale et d’une loi intégrale en général, c’est précisément de ne pas opposer prévention, protection et justice. Tout est lié.

Enfin, il faut donner à cette ambition de loi intégrale les moyens de devenir une réalité. Cette loi doit permettre le deploiement pour tous les mineurs d’actions de sensibilisation et doit prévoir une formation obligatoire et régulière – car les lois évoluent !, des adultes qui interviennent auprès des mineurs, que ce soit dans des centres de vacances, à l’école, pendant le sport… Un enfant doit pouvoir bénéficier du même niveau de protection quel que soit le lieu dans lequel il se trouve.

Est-ce que cette proposition de loi pourrait changer les choses ?

Cela suppose des objectifs clairs et des financements conséquents. Malheureusement, nous constatons aujourd’hui que l’on intervient de moins en moins dans les écoles primaires.

Or lorsqu’on est spécialisés dans la formation et la prévention de violences sexuelles, quand on peut apporter cette connaissance et cette compétence, c’est très important de pouvoir continuer à former, sensibiliser dans tous les lieux. C’est essentiel aussi d’intervenir en dehors du milieu scolaire, dans le périscolaire notamment. Les dernières affaires médiatisées en témoignent largement.

On se rend compte qu’il y a encore beaucoup de tabous et qu’il faut continuer nos actions de prévention pour continuer à protéger et libérer les paroles de ces enfants.


Pour aller plus loin

« Le Colosse aux pieds d’argile. Agressions sexuelles dans le sport : briser le silence et briser l’omerta », de Sébastien Boueilh, Nouvelle édition, Michel Lafon, 2023.

À retrouver sur la Librairie des Activités Sociales (13,46 euros au lieu 17,95 euros, grâce à la participation CCAS). Connexion requise à votre compte sur ccas.fr pour accéder aux services en ligne.

Commander sur la Librairie

Une fiction télévisée adaptée du livre de Sébastien Boueilh, avec Éric Cantona. a réuni près de 5 millions de téléspectateurs. Cette fiction a reçu deux prix lors du festival de Luchon 2023 : le Grand Prix de la fiction unitaire et le Prix d’interprétation masculine pour Olivier Chantreau.

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