Le service public contre Hercule : chronique d’une mobilisation

illustration plan hercule par frédéric guyot

©Frédéric Guyot/CCAS

[Article mis à jour en continu]
En cette année anniversaire de la nationalisation d’EDF-GDF, l’opposition grandit chez les salarié·es des Industries électriques et gazières, les syndicats et les parlementaires, contre ce qui apparaît comme un plan de démantèlement du service public de l’énergie.

Article mis à jour le 5 février 2021. 

L’opposition au projet Hercule chez EDF et Clamadieu chez Engie grandit de jour en jour en France, rassemblant désormais les salarié·es, les quatre fédérations syndicales représentatives dans les Industries électriques et gazières et l’opposition parlementaire.

Le Premier ministre interpellé

Dans un courrier commun adressé au Premier ministre le 1er février dernier, les parlementaires d’opposition et les fédérations syndicales rappelle que le gouvernement “n’a pas accepté de descendre dans l’arène pour dire publiquement ce qu’il prépare” avec le projet Hercule, malgré que députés et sénateurs ont interpellé publiquement l’exécutif à de multiples reprises à l’occasion de leurs travaux à l’Assemblée Nationale et au Sénat.

Exigeant le retrait du projet Hercule, les signataires “demandent solennellement une audience dans les meilleurs délais” au Premier ministre, pour être informés des intentions gouvernementales s’agissant de la réforme de l’Arenh et de l’avenir d’EDF”.

Lire le courrier au Premier ministre

Jean-Bernard Lévy, Barbara Pompili et Bruno Lemaire auditionnés

Le 4 février, la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili a été auditionnée à l’Assemblée nationale, par les députés de la commission économique et de la commission du développement durable. Le 10 février, c’est au tour du PDG d’EDF Jean-Bernard Lévy d’être auditionné, suivi le 11 février par le ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance Bruno Lemaire.

Autant de nouvelles dates de mobilisation des représentants des salariés et des agents, à l’appel de l’intersyndicale des Industries électriques et gazières, pour le retrait du projet Hercule : le 4 et le 10 février, des rassemblements militants ont lieu devant l’Assemblée nationale.

Lire aussi
Projet Hercule : le 10 février, journée décisive


Voir l’audition de Barbara Pompili à l’Assemblée nationale
(cliquez sur l’image pour voir la vidéo)

vidéo de l'audition de Barbara Pompili par la commission des affaires économiques et la commission du développement durable, le 4 février 2021.

Audition de Barbara Pompili par la commission des affaires économiques et la commission du développement durable, le 4 février 2021. Capture d’écran. Source : videos.assemblee-nationale.fr

“La destruction du service public s’accélère”

Dans leur communiqué de rentrée au mois de janvier, les fédérations rappellent :

“Qu’il s’agisse d’EDF, attaquée dans son modèle de groupe intégré par le projet Hercule, d’Engie menacée de scission et de vente à la découpe à la suite du plan Clamadieu, de l’ensemble de la filière gaz condamnée par la nouvelle réglementation environnementale RE 2020 ou encore de la Shem menacée par la mise en concurrence de ses concessions, la destruction du service public de l’énergie s’accélère.”

Lire le communiqué intersyndical

Contre Hercule, les prises de positions se sont multipliées depuis la mi-décembre : devant l’opacité des négociations entre l’État français et la Commission européenne, des voix s’élèvent parmi les parlementaires, ainsi qu’au sein des organisations syndicales représentatives de la branche, soumises au même manque de transparence et “pas du tout convaincues” par leur rencontre avec les conseillers du Premier ministre d’une part, et avec le PDG d’EDF d’autre part, début décembre.


Lire aussi
Projet Hercule : “Le gouvernement veut aller vite”, dénoncent les syndicats et l’opposition


Un débat au sénat

Au Sénat, à la suite du dépôt d’une proposition de résolution du sénateur communiste Fabien Gay “pour la constitution d’un véritable service public de l’énergie”, le front d’opposition s’est élargi, avec la tenue d’un débat en séance publique le 13 janvier sur le projet Hercule.

La chaîne Public Sénat y consacrait une émission spéciale le 19 janvier dernier.

Une rencontre “inédite” à l’Assemblée nationale

À l’Assemblée nationale, une rencontre a eu lieu le 20 janvier entre l’intersyndicale des Industries électriques et gazières et les députés opposés au projet Hercule, rassemblant “un arc-en-ciel parlementaire” : des députés Républicains, Socialistes, Radicaux de gauche, Insoumis et Écologistes ont échangé avec les organisations syndicales représentatives et les universitaires David Cayla et Jacques Percebois, indique Sébastien Jumel, député communiste de Seine-Maritime.

Concurrence libre et non faussée, privatisation qui engendre mécaniquement la baisse des prix… David Cayla, maître de conférence à Angers et membre des Économistes atterrés, dénonçait sur notre site web en 2019 ces “mythes” économiques classiques prévalant au projet Hercule (lire notre article : “Le plan Hercule n’est que la continuité de la destruction de l’outil industriel français”).

Directeur du Centre de recherche en économie et droit de l’énergie, Jacques Percebois pointait quant à lui les dangers du projet Hercule pour le service public, avec lequel, déclarait-il dans un entretien publié en septembre 2019, “vous avec la continuité de ce service, l’égalité de traitement, notamment la péréquation spatiale des tarifs” : “si le privé s’en occupe, ce ne sera plus le cas” alertait cet ancien administrateur indépendant de GRTgaz (lire notre article : “La concurrence dans le secteur électrique est tout à fait artificielle”).

 

Un rassemblement hors-du-commun à l’Assemblée Nationale et en visio cet après-midi pour préserver l’avenir d’EDF face au…

Publiée par Sebastien Jumel sur Mercredi 20 janvier 2021

Mi-décembre, les représentants des groupes parlementaires de droite et de gauche avaient dénoncé le projet Hercule comme celui du démantèlement pur et simple du service public de l’énergie. Dans la foulée, la présidente du groupe Socialistes et apparentés à l’Assemblée nationale Valérie Rabault (PS) avait annoncé son intention de déposer une proposition de référendum d’initiative partagée (RIP) contre le “démantèlement” d’EDF via le projet Hercule.

Une suspension des votes à EDF SA

Le 16 décembre, les administrateurs salariés du conseil d’administration d’EDF SA ont unanimement rejeté le projet de budget 2021 et le Plan moyen terme 2021-2023 présenté par la direction, en signe d’opposition au projet Hercule. Deux jours plus tard, le 18 décembre, les élus du CSE central d’EDF SA (CGT, FO, CGC, CFDT), consultés le 17 décembre sur la proposition industrielle de six centrales de type EPR2 avant sa présentation au gouvernement, déclarent s’abstenir avant que lumière soit faite sur le projet Hercule :

“[Les élus du CSEC] conditionnent leur avis à l’obtention de certitudes concrètes de maintien d’EDF SA intégrée et sans le moindre processus de désoptimisation entre ses moyens de production pilotables.”

Lire le communiqué

Une lettre au président de la République

Le 7 janvier, les confédérations syndicales françaises, par la voix de leurs secrétaires généraux, se sont solennellement adressées au président de la République, lui demandant de “renoncer” purement et simplement au projet hercule et “d’ouvrir un véritable débat pour bâtir ensemble l’avenir de l’électricien national EDF, opérateur de la Nation, et de véritablement lui donner les moyens d’investir”.

Les secrétaires généraux – Philippe Martinez (CGT), François Hommeril (CFE-CGC), Yves Veyrier (FO) et Laurent Berger (CFDT) – rappellent d’abord que “devant l’imminence d’une crise économique et sociale majeure qui plonge d’ores et déjà de plus en plus de Français dans la précarité, la période que nous vivons exige un retour aux valeurs fondatrices de la République. Cette situation inédite nous rappelle l’impératif de solidarité et de souveraineté nationale, l’exigence de protection due par la Nation à ses citoyens et la nécessité de la continuité des services publics”.

Lire la lettre des confédérations syndicales
au président de la République

mediatheque

Cliquez sur l’image pour accéder au document

Et d’affirmer : “Si nous partageons votre volonté de donner à EDF les moyens d’investir dans le modèle français de transition énergétique, comme l’a rappelé le Premier Ministre le 15 décembre dernier à l’Assemblée Nationale, nous considérons que le projet Hercule actuellement à l’étude ne répond en rien aux exigences de notre époque et à l’avenir de nouvelles générations. Ce projet ne règle pas la question de la faiblesse endémique des fonds propres d’EDF depuis sa transformation en 2004 d’EPIC en SA alors même qu’EDF va devoir investir dans la décennie qui vient près de 100 milliards d’euros dans le système électrique français. Il ne répond pas à la question des moteurs de l’endettement de l’entreprise et du portage de la dette, ni à la sous-rémunération chronique dont souffre l’entreprise depuis la mise en place de l’Arenh. Ce projet ne répond enfin en rien à la question du financement du renouvellement du parc nucléaire français alors même que c’est une question centrale pour l’avenir de la filière nucléaire française et ses plus de 220 000 salariés”.

 

Étiquettes :
0 Commentaires

Déposer un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Votre commentaire est soumis à modération. En savoir plus

Qui sommes-nous ?    I    Nous contacter   I    C.G.U.    I    CCAS ©2021

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?